Jeûne intermittent ou thérapeutique : pas sans avis médical

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Ne pas manger durant plusieurs heures ou plusieurs jours serait bon pour la santé et permettrait de perdre du poids. Qu'en est-il vraiment ? Le point sur le jeûne intermittent ou thérapeutique.

jeûne thérapeutique

Quel est le principe du jeûne ?

Le jeûne est loin d’être une pratique récente : on le trouve dans des rituels religieux comme le Ramadan, Kippour (jour du grand pardon) ou le Carême. Mais il connaît actuellement un intérêt nouveau, notamment pour perdre du poids. Il existe différentes formes de jeûne :

  • Le jeûne intermittent ou intermittent fasting est l’alternance, sur une journée de 24 heures, de périodes sans manger avec des périodes d’alimentation normale. On peut par exemple jeûner durant 16 heures et manger normalement sur les huit heures restantes.
  • Le jeûne complet : on ne boit que de l’eau durant plusieurs jours.
  • Le jeûne thérapeutique est un jeûne pratiqué dans un cadre médicalisé, avec surveillance et activités corporelles, sur une période limitée d’une semaine par exemple et avec une visée thérapeutique (pour les personnes souffrant d’hypertension ou de diabète de type 2, par exemple). Le jeûne thérapeutique est pratiqué dans des cliniques à l’étranger, mais n’est pas autorisé en France, où certains établissements privés proposent des cures de jeûne, mais à des fins de prévention et de mieux-être.

Quel que soit le type de jeûne que l’on envisage, il convient d’en parler d’abord à son médecin traitant afin de savoir si cette pratique est sans danger pour soi.

Quels sont les bienfaits visés par la pratique du jeûne ?

  • Perte de poids

Qu’il soit intermittent ou thérapeutique, le jeûne est présenté comme une façon rapide de perdre du poids et de la masse graisseuse à court terme. « Le jeûne intermittent a montré son intérêt pour la perte de poids chez certaines personnes, notamment celles qui ont peu connu de variation de poids auparavant et n’ont aucun trouble du comportement alimentaire. Mais cette méthode n’est pas adaptée à tout le monde », avertit le Dr Arnaud Cocaul, médecin nutritionniste et auteur du SAV des régimes (éditions Marabout).

  • Bien-être général

« Médicalement, on sait que jeûner de façon intermittente présente un intérêt pour améliorer les paramètres métaboliques comme la glycémie ou la tension artérielle », explique le Dr Cocaul. « Si on a une mauvaise alimentation et que l’on est sédentaire, cela ne peut pas faire de mal de reparamétrer ainsi ses habitudes alimentaires », ajoute-t-il. Mais là encore, « tout le monde ne supportera pas cette méthode ».

  • Soigner certaines pathologies

« À l’étranger, le jeûne à visée thérapeutique sous supervision médicale fait l’objet de recherches sur la lutte contre les maladies ou les douleurs articulaires, certaines maladies cardiovasculaires, les maladies du tube digestif ou encore sur la diminution des effets secondaires des chimiothérapies anticancéreuses », détaille un rapport de l’Inserm sur cette pratique. Néanmoins, aucune étude scientifique n’a encore étayé le bien-fondé de cette hypothèse, selon ce rapport. Surtout, il ne faut arrêter aucun traitement médical au profit du jeûne.

Quels sont les dangers du jeûne ?

Cette pratique présente de nombreuses limites, voire des dangers pour certaines personnes.

  • « L’effet yo-yo » : le jeûne permet de perdre rapidement du poids. Mais si l’on reprend ses anciennes habitudes de vie après, le risque est grand de tout reprendre. « C’est pourquoi je suis très réticent face à cette pratique », précise Arnaud Cocaul. Le nutritionniste le déconseille notamment aux personnes qui ont déjà essayé de multiples régimes.
  • Les troubles du comportement alimentaire : la privation liée au jeûne peut les aggraver chez une personne déjà fragile.
  • Des effets indésirables : déshydratation, maux de tête, somnolence, irritabilité, mauvaise haleine qui sont liés à la fonte musculaire notamment et au processus « cétogène » qui s’enclenche quand le corps doit fonctionner sans les sucres*.
  • Anémie et carences, troubles cardiaques s’il est pratiqué sur du long terme ou chez des personnes plus fragiles (femmes enceintes, enfants, personnes âgées ou sportifs).
  • Aggravation des symptômes si le jeûne se substitue à un traitement dont l’efficacité est prouvée.
  • Jeûne et cancer : on peut lire sur certains sites Internet que jeûner permettrait de mieux lutter contre le cancer. C’est tout à fait contre-indiqué : « En cas de chimiothérapie le jeûne met à mal la masse musculaire qui aide à tenir bon pour les épreuves qui attendent le corps. Cela peut fragiliser », prévient le nutritionniste.

Que préférer au jeûne ?

Pour perdre du poids et gagner en bien-être général, les règles les plus simples sont les meilleures : réduire durablement les aliments trop gras, trop sucrés, trop salés et faire de l’activité physique, même modérée, trente minutes par jour. Il est préférable de changer ses habitudes de vie sur le long terme plutôt que de s’adonner à un quelconque régime. Le Dr Cocaul précise qu’il est notamment important de faire le point sur toutes ses habitudes de vie (stress, sommeil, télétravail, antécédents de régime, grignotage, restriction cognitive qui consiste à s’obliger à manger moins mais augmente paradoxalement la consommation alimentaire) qui peuvent expliquer la prise de poids.

Un programme de perte de poids doit être personnalisé et encadré. Il est recommandé de consulter un professionnel : médecin nutritionniste ou diététicien(ne) diplômé(e).

* Privé de sucres lents et rapides pendant quelques jours, le corps perd ses réserves de glucose, qui ne suffisent plus pour fournir de l’énergie. Il va alors puiser dans les graisses (celles de la masse corporelle et de l’alimentation) pour fonctionner. On parle d’état de cétose.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Pauline Hervé

journaliste spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (prévention, innovation et recherche, soins...)

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