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Les nouvelles missions du pharmacien

Le rôle du pharmacien ne se limite pas à la vente de médicaments. Il a également des missions de dépistage, de prévention et d’éducation thérapeutique.

Un acteur de premier plan dans la coordination des soins. C’est ce qu’est devenu le pharmacien, 9 ans après la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) et 5 ans après la convention pharmaceutique, qui lui ont permis d’élargir ses champs d’intervention. « Un pharmacien est d’abord là pour expliquer le médicament : son action, son fonctionnement, ses risques d’interaction et, éventuellement, sa fabrication, assure Stéphane Pichon, président de l’Ordre des pharmaciens pour la région Paca.

La durée de passage dans une officine est d’environ quinze à vingt minutes. Nous prenons le temps de préciser au patient ce qu’il n’a pas compris pendant sa visite chez le médecin. »

À ce rôle s’ajoutent désormais différentes missions plus précises, notamment dans les domaines de l’éducation thérapeutique, du dépistage, de la prévention et de la vaccination.

Suivi des personnes asthmatiques

Le pharmacien est ainsi habilité à participer au suivi des personnes asthmatiques ou traitées par anticoagulants oraux (anti-vitamine K). Mal dosés ou associés par erreur ou méconnaissance avec d’autres produits, ces médicaments peuvent entraîner des hémorragies et conduire à l’hospitalisation.

Il s’agit donc, en lien avec le médecin traitant, de vérifier la bonne observance du traitement, de s’assurer que les analyses biologiques nécessaires ont bien été effectuées ou de recommander, au besoin, une adaptation de la posologie. « Parfois, le patient ne voit son médecin qu’une fois tous les trois mois, note Stéphane Pichon.

En revanche, il passe fréquemment à la pharmacie et, dès que l’on constate un problème, nous pouvons avertir le médecin et lui demander de voir la personne en urgence. » Pour bénéficier de ce suivi, qui s’organise sous la forme de deux entretiens annuels au minimum, le patient doit s’inscrire auprès du pharmacien.

Depuis le 16 mars 2018, les pharmaciens peuvent également réaliser des « bilans partagés de médication » auprès des personnes en affection de longue durée (ALD) âgées de plus de 65 ans et des patients polymédiqués de plus de 75 ans.

Lors d’un premier entretien, le pharmacien recense les médicaments pris par le malade, recueille ses observations (effets indésirables, difficultés à suivre les prescriptions…), puis établit une analyse pharmacologique dans laquelle il note ses conclusions et ses recommandations. Cette analyse est transcrite sur un dossier médical partagé (DMP) avec le médecin traitant, qui adapte le traitement si nécessaire.

Chaque année, l’analyse initiale sera réactualisée et le pharmacien s’assurera, en parallèle, de la bonne observance des traitements par le patient. Cet accompagnement, destiné aux malades chroniques, devrait bientôt s’élargir aux diabétiques et aux personnes atteintes de pathologies cardiovasculaires.

Des opérations de dépistage

Depuis le 1er août 2016, les pharmaciens d’officine peuvent réaliser trois tests rapides d’orientation du diagnostic : le test capillaire d’évaluation de la glycémie (dépistage du diabète), ainsi que les tests oropharyngés de la grippe et des angines à streptocoques du groupe A.

Pour ces deux derniers dispositifs, l’objectif est de déterminer si un traitement antibiotique est nécessaire et si une visite chez le médecin s’impose pour une prescription. « Le réflexe n’est pas encore entré dans les usages, remarque Stéphane Pichon. Il va falloir un peu de temps pour que les patients s’habituent à demander ces tests. »

Les officines peuvent aussi participer à des opérations ponctuelles de dépistage de la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) avec mesure du souffle ou à des actions de prévention (promotion du calendrier vaccinal, des dépistages organisés ou de la journée sans tabac, par exemple).

Bientôt la vaccination ?

Dernière mission à souligner : la vaccination. Depuis l’automne 2017, les pharmacies des régions Auvergne-Rhône-Alpes et Nouvelle-Aquitaine sont autorisées à vacciner contre la grippe les populations à risque ayant reçu une invitation de l’Assurance maladie.

Pour Stéphane Pichon, l’opération prévue pour trois ans est d’ores et déjà un succès. « Elle a permis de vacciner 200 000 personnes, constate-t-il. On se rend compte que, pour les gens, c’est très facile. La pharmacie, c’est l’accès, en poussant une porte, à un professionnel titulaire d’un doctorat qui a fait six ans d’études. » Vu sous cet angle, il serait dommage de se passer de ses services.

« Cette mesure de santé publique doit permettre d’améliorer la couverture vaccinale, avec le souhait que des résultats probants permettront l’extension de l’expérimentation à d’autres régions et à de nouveaux publics », indique pour sa part l’Ordre des pharmaciens sur son site Internet. C’est d’ailleurs ce qui a été officiellement demandé par l’Union des syndicats des pharmaciens d’officine (UPSO) lors d’une visite à la ministre de la Santé, Agnes Buzyn, au mois de mars 2018.

 

36,5 millions dossiers pharmaceutiques ouverts

À ce jour, plus de 36,5 millions dossiers pharmaceutiques (DP) ont été ouverts par les patients dans les officines françaises. Cet outil recense les médicaments délivrés à son titulaire au cours des quatre derniers mois. Pour les médicaments biologiques, les données sont conservées pendant trois ans, et pour les vaccins, pendant vingt et un ans.

Accessible à tous les pharmaciens et aux médecins exerçant dans les établissements de santé, le DP «améliore la coordination entre les professionnels de santé, le décloisonnement ville-hôpital et favorise l’amélioration de la couverture vaccinale », souligne l’Ordre national des pharmaciens. Il permet aussi de limiter les risques d’interaction médicamenteuse et renforce la lutte contre la iatrogénie (effets secondaires du traitement).

 

 

 

  • Aliisa Waltari (ANPM-France Mutualité)
  • Crédit photo : CIEM

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