L’Organisation mondiale de la santé fête ses 75 ans d’existence

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Constituée le 7 avril 1948, au sortir de la Seconde guerre mondiale, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a pour ambition d’amener tous les peuples au niveau de santé le plus élevé possible. Son rôle est purement consultatif mais ses actions, menées en collaboration avec ses États membres, ont permis notamment d’enrayer des maladies comme la poliomyélite.

Photo principale OMS

La Journée mondiale de la santé est célébrée le 7 avril. Cette date n’a pas été choisie au hasard. En 1948, elle a marqué la constitution de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’institution internationale, rattachée à l’Organisation des Nations Unies (ONU), réunit aujourd’hui 197 pays et fête son soixante-quinzième anniversaire.
En 1919, la Société des Nations, future ONU, créé un comité d’hygiène à la suite de l’épidémie de grippe espagnole qui a fait des millions de morts dans le monde. Au sortir de la Seconde guerre mondiale, ce comité deviendra l’OMS. Dans ce conflit meurtrier sans merci, les systèmes de santé ont été fortement ébranlés, les infrastructures sanitaires dévastées. Les maladies contagieuses, la malnutrition se sont propagées.
« La situation était très préoccupante. La création d’une organisation internationale indépendante chargée des questions de santé s’est imposée dans le vent de la réparation et de la pacification d’après-guerre », observe Yves Beigbeder, juriste, ancien de la direction des ressources humaines de l’OMS et auteur de livres sur les organisations et les relations internationales. L’aide à la reconstruction des services de la santé a été l’une des premières tâches de l’institution.

La France, partenaire de poids pour l’OMS

Depuis la crise du Covid-19, la France a doublé sa contribution à l’OMS qui est passée de 67 à 130 millions d’euros. Le pays s’est associé au Fonds de réserve pour les situations d’urgence, qui permet à l’OMS d’intervenir rapidement et de mettre à disposition des crédits et des fournitures partout dans le monde en cas d’urgence sanitaire.
Outre l’apport de son expertise technique, la France soutient le renforcement des systèmes de santé pour parvenir à la couverture sanitaire universelle, qui permet à tous de bénéficier à la prévention, aux traitements, aux soins palliatifs… sans être exposé à des difficultés financières.
« Nous avons des liens particuliers avec la France. Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), agence spécialisée de l’OMS, se trouve à Lyon », remarque le docteur Ruediger Krech, directeur de la promotion de la santé à l’OMS. Et en 2024, ouvrira, toujours dans la ville des Lumières, l’Académie de l’OMS, campus d’apprentissage et de formation.

L’OMS veille à l’accès aux médicaments et aux vaccins pour tous

L’OMS travaille en étroite collaboration avec les pays. Elle assure un rôle de surveillance de la situation sanitaire mondiale, de prévention et d’étude des risques. Elle veille à l’accès aux médicaments pour tous et à l’extension de la vaccination, à la formation et à l’information. Elle intervient dans les situations d’urgence et d’épidémie, comme cela a été le cas pour Ebola ou pour le Covid-19. Elle donne l’alerte, propose des mesures de lutte.
Elle peut coordonner les partenariats entre les états quand des actions groupées sont nécessaires. « Notre force est la diplomatie. Nous ne sommes pas une police sanitaire. Nous discutons avec les pays, étudions les différentes options afin de dégager des moyens efficaces pour améliorer la situation », souligne Ruediger Krech, directeur de la promotion de la santé à l’OMS. La présence de l’institution dans 150 bureaux répartis en six régions dans le monde lui permet sa réactivité et son analyse pointue.
« 8 000 personnes travaillent à l’OMS dont 1 500 au siège à Genève. On trouve des médecins de santé publique, des épidémiologistes, des juristes, des économistes, des experts en sciences sociales… ». La France fait partie du bureau régional européen basé à Copenhague au Danemark. « L’OMS est présente à la commission européenne pour coordonner avec elle le travail de santé publique et les priorités sanitaires de l’Union européenne », indique le directeur de la promotion de la santé à l’OMS.

OMS
La 3e édition de « Walk the talk : le défi de la santé pour tous » organisé par l’OMS a eu lieu le 22 mai 2022 à Genève. ©Who-Christopher Black

L’OMS en lutte contre les lobbyings du tabac, des énergies fossiles

À ses débuts, l’OMS disposait d’un budget réduit et ne comptait que 50 États membres à prédominance européenne et nord-américaine. Au fur et à mesure, ses rangs se sont étoffés. Jusqu’à la fin des années 80, ses ressources étaient assurées principalement par les contributions des États, dont un quart par les États-Unis. « Théoriquement, la part budgétaire est basée sur les moyens et l’économie de chaque pays », indique Yves Beigbeder.
La part versée par les États membres s’est réduite à 20 % des ressources. En effet, en 1994, les Nations Unies ont pris la décision de limiter son budget, et celui des institutions spécialisées, à une croissance nominale nulle. Les 80 % restants sont assurés par des contributions volontaires, dont celles de mécènes comme Bill Gates ou encore Waren Buffett. « Notre mandat est vaste et important pour la sécurité du monde. À côté de cela, notre financement est incertain et nous rend vulnérables, remarque Ruediger Krech. Nous avons un besoin urgent de soutiens plus durables. Heureusement, les états ont accepté de revoir leurs cotisations afin qu’elles représentent 50 % de notre budget total ».
Bien que l’OMS pèse de tout son poids, son directeur de la promotion de la santé se dit inquiet devant certains choix politiques et économiques engagés. Certaines subventions, mal distribuées, ont un impact direct et indirect sur la santé des populations. « Par exemple, la Convention-cadre pour la lutte antitabac est un accord juridiquement contraignant dont le respect est contrôlé par l’OMS via un secrétariat indépendant ». Mais la pression de lobbyistes reste très forte sur le tabac, l’alcool, les énergies fossiles… au détriment de la planète, des politiques de santé publique et des systèmes sanitaires. « Le tabagisme fait plus 8 millions de morts dans le monde chaque année ».

L’OMS répond aux besoins de santé dans un souci d’égalité et de solidarité

La mission fondamentale de l’OMS est d’amener tous les peuples au niveau de santé le plus élevé possible. « Toutes les vies se valent. Quand on parle de santé, on compte le bien-être physique, mental et social. Cela ne s’illustre pas seulement par une absence de maladie ou d’infirmité », précise le docteur Ruediger Krech, Dans les premières décennies de son existence, l’institution s’est concentrée sur la santé maternelle et infantile, le paludisme, la tuberculose, les maladies sexuellement transmissibles, les problèmes d’hygiènes alimentaires, d’assainissement, etc.
Puis, la veille s’est élargie aux maladies chroniques comme le diabète, le cancer, aux épidémies et pandémies*… « Le monde a beaucoup évolué en 75 ans. Chaque décade a son lot de menaces pour nos sociétés mais aussi son florilège de progrès considérables. Ainsi, nous avons pu quasiment éradiquer la poliomyélite** », poursuit le docteur Krech. L’OMS s’est aussi illustrée, rappelle Yves Beigbeder, « dans des croisades porteuses contre la variole, le VIH ou encore l’onchocercose***, maladie parasitaire des yeux et de la peau ».
L’OMS répond aux besoins de santé des populations dans un souci d’égalité, d’équité et de solidarité. « Nombre de ses préconisations sont tournées vers les populations les plus vulnérables et les pays les plus modestes. Ceux notamment dont les politiques de santé sont reléguées à un rôle mineur », commente Yves Beigbeder. Cependant, son rôle n’est que consultatif. « Mais comme nous travaillons avec de nombreux partenaires, y compris la société civile, le milieu universitaire et les différents partis politiques, et que notre travail est suivi de près par le public, la pression politique pour qu’un gouvernement mette en œuvre l’une des options élaborées est élevée », conclut le docteur Krech.

L’OMS face au Covid-19

L’Organisation mondiale de la santé a œuvré en étroite collaboration avec les gouvernements et les chercheurs pour élargir les connaissances scientifiques sur le Covid-19 et prodiguer des conseils pour s’en protéger et éviter son expansion. Cependant, Ruediger Krech déplore le manque de solidarité des pays dans certaines circonstances. « Les états les plus riches ont acquis un grand nombre de vaccins. Ce n’est que plus tard qu’ils ont mis ce qu’ils ne pouvaient pas vacciner à la disposition d’autres pays ». Covax, initiative codirigée par l’OMS pour un accès équitable à la vaccination, a expédié plus d’un milliard de vaccins à travers le monde.
« Nous devons absolument apprendre de cette pandémie. A la promotion de la santé, nous appliquons avec succès le principe de la co-conception, de la participation sociale et citoyenne. Pourquoi ne l’avons-nous pas fait pendant la pandémie ? questionne le docteur Krech. Il est regrettable que les écoles aient été fermées pour gérer la problématique de la distance sociale, sans penser à ce que cela induirait ». Les conséquences sur l’éducation et le développement des enfants s’observent déjà. « On ne peut que regretter que d’autres options n’aient pas été appliquées ».

*L’épidémie se définit comme le développement et la propagation rapide d’une maladie contagieuse, le plus souvent d’origine infectieuse, dans une population. La pandémie est une épidémie étendue à toute la population d’un continent, voire au monde entier.
**La poliomyélite, ou plus communément polio, est une maladie virale qui touche les enfants de moins de 5 ans. Une infection sur 200 entraîne une paralysie irréversible. Grâce au vaccin, le nombre de cas dus au poliovirus sauvage a diminué de 99 % depuis 1988, passant de 350 000 cas estimés à seulement six cas notifiés en 2021.
***Les personnes infectées par l’onchocercose ressentent de fortes démangeaisons et présentent des lésions cutanées. Elles risquent une cécité irréversible.

  • Crédit photo : © Who-Pierre Albouy
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

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