Maladie d’Alzheimer : quels sont les premiers signes ?

On connaît tous de près ou de loin une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Elles sont 900 000 en France. Quels sont les premiers signes ? Peut-on la « retarder » ? Réponse avec le Pr Philippe Amouyel, professeur de santé publique et directeur de la Fondation Alzheimer.

Maladie d’Alzheimer : quels sont les premiers signes ?

Le trou de mémoire est-il un des premiers signes de la maladie d’Alzheimer ?

Pr Philippe Amouyel
Pr Philippe Amouyel – crédit DR

Philippe Amouyel : Avoir des troubles de la mémoire, à partir d’un certain âge, vers environ 45 ans, c’est commun. Ne plus savoir où on a mis ses clés, où on a garé sa voiture dans un parking gigantesque, courir après ses lunettes, ça vous agace mais cela ne vous empêche pas de vivre au quotidien. C’est souvent les noms propres que nous oublions, mais heureusement, cela nous revient après. C’est le fonctionnement habituel de la mémoire. Ce qui n’est pas normal c’est quand vous oubliez des faits récents qui se sont déroulés dans les heures qui précèdent. Et, surtout, que ces trous de mémoire vous gênent dans votre vie quotidienne : vous ratez des rendez-vous, vous ne savez plus où vous devez aller…

Y a-t-il d’autres signes moins « évidents » que les troubles de la mémoire ?

P.A. : Oui, il en existe d’autres comme les troubles des fonctions exécutives. Un exemple : vous avez un four à micro-ondes, vous êtes habitués à vous en servir pour faire chauffer vos aliments, vous arrivez devant avec votre assiette et… vous ne savez plus ce qu’il faut faire pour le faire fonctionner.

On note également des troubles du langage avec une vitesse d’élocution qui tend à se ralentir. Souvent les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer cherchent leurs mots. Leurs capacités de jugement sont amoindries, elles éprouvent des difficultés à prendre des décisions, à avoir des avis. Et puis arrivent les troubles de l’orientation dans le temps et dans l’espace et les modifications comportementales. Brutalement, sans raison apparente, elles s’agitent, deviennent agressives de manière inattendue.

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Quand faut-il consulter un médecin ?

P. A. : Quand on constate que ces troubles des fonctions intellectuelles vous gênent dans votre vie quotidienne. Si c’est le cas, il vous faut consulter un médecin généraliste. Souvent les personnes concernées s’enfoncent dans le déni, se trouvent toutes les excuses pour justifier leurs oublis et ne veulent pas consulter. C’est pourtant primordial et l’aide de l’entourage est souvent essentielle pour avancer. Il faut savoir que des troubles de mémoire peuvent être liés à beaucoup d’autres choses, autres que la maladie d’Alzheimer, comme une dépression par exemple. Il est donc essentiel de faire le diagnostic des troubles des fonctions intellectuelles dans les meilleures conditions médicales. C’est pourquoi, votre médecin généraliste vous enverra vers un centre mémoire où travaillent des spécialistes de ces troubles. Il y en a environ 400 en France. Ce sont eux qui vont poser le diagnostic, et compte tenu de la difficulté à poser un diagnostic, cela ne se fera pas nécessairement en une seule consultation. En revanche, tous les sites internet ou les applications pour téléphone qui vous disent de répondre à 10 questions pour avoir si vous avez la maladie d’Alzheimer ne vous permettront pas de faire un diagnostic. Des examens cliniques et biologiques, effectués par des spécialistes, sont nécessaires.

Que se passe-t-il lorsque le diagnostic de maladie d’Alzheimer est établi ?

P. A. : A ce jour, nous ne disposons d’aucun traitement curatif. Cependant, quelques traitements symptomatiques, récemment déremboursés, existent. Ces traitements ne fonctionnent que chez 10 à 20 % des patients et ne maintiennent leur effet sur certains neurotransmetteurs importants pour la mémoire que pendant 4 ou 5 ans.

En revanche, des prises en charge vont être possibles, sociales et préventives, en particulier sur des facteurs de risque connus pour accélérer le déclin intellectuel : comme le manque de stimulation intellectuelle, ou les facteurs de risques cardiovasculaires. Il est donc nécessaire d’être suivi et surveillé médicalement. Le diagnostic permet aussi d’anticiper les évolutions, de préparer avec les professionnels de santé l’avenir du patient et ainsi mieux gérer les situations de crise.

L’évolution de cette pathologie est-elle la même pour tout le monde ?

P. A. : Quand les symptômes apparaissent, cela signifie que la maladie est déjà présente depuis 10 ou 20 ans voire plus. Trop de neurones ont été abîmés et le cerveau n’est plus capable de résister à la maladie. L’âge de cette atteinte varie selon les individus. Certains feront un Alzheimer entre 60 et 65 ans et d’autres à 96 ans. Les vitesses d’évolutions sont différentes. Souvent la pente est plus rapide quand la maladie a été développée tardivement.

Peut-on prévenir la maladie d’Alzheimer ?

P. A. : La maladie d’Alzheimer est bien une maladie, ce n’est pas un vieillissement « normal ». Passés 85 ans, 20 à 25 % des gens vont développer cette maladie. Cela signifie aussi que 75 % n’en développeront pas. Pour ceux-là, il y aura un vieillissement des fonctions intellectuelles comme il y a un vieillissement des articulations, ils réfléchiront moins vite mais seront toujours capables de raisonner, de reconnaître leurs enfants…

On constate également que tout le monde ne développe pas une maladie d’Alzheimer au même âge. Nous avons pu mettre en évidence différents facteurs qui permettent de repousser l’âge de début de la maladie. Il y a d’abord tout ce qui concerne l’utilisation du cerveau. Ce qui le stimule le mieux, c’est la lecture. Lisez des choses qui vous intéressent, des journaux, des livres, des magazines… Des activités qui ne sont pas uniquement intellectuelles permettent aussi de stimuler le cerveau comme les voyages, le jardinage, le bricolage, le tricot… Ce sont des activités banales mais très complexes demandant une concentration importante. Pour que le cerveau travaille, il faut le sortir de sa zone de confort. Autre exemple : se servir de sa main gauche 10 minutes par jour si vous êtes droitier, cela va le faire travailler.

Peut-on protéger son cerveau grâce à de bonnes habitudes de vie ?

P. A. : On peut le protéger des chocs en évitant par exemple les sports violents comme le football américain ou la boxe. Ce ne sont pas seulement les gros traumatismes qui sont en cause, mais également les petits chocs répétés qui diminuent le capital cerveau. De petites lésions vont se créer, entraîner des disparitions de neurones et ainsi accélérer l’âge de survenue des premiers symptômes.

On peut aussi le protéger « par l’intérieur » en évitant la consommation de tabac, d’alcool et de drogues qui réduisent notre capital cerveau. Il faut prendre soin de son corps en l’entretenant. La prise en charge de facteurs de risques comme l’hypertension, le diabète, l’apnée du sommeil permet aussi de repousser l’âge de début de la maladie d’Alzheimer.

Concernant l’alimentation, il a été prouvé que les personnes qui suivent un régime méditerranéen (huile d’olive, fruits et légumes frais, viandes blanches…), si elles doivent développer un Alzheimer, le développeront plus tard.

Enfin, il est bon de rappeler l’importance des relations sociales. Notre cerveau est stimulé par l’interaction avec les autres. À noter également que les personnes optimistes font moins d’Alzheimer que les pessimistes. Autant de mesures de prévention à prendre en compte un petit peu chaque jour.

La recherche sur cette maladie est-elle porteuse d’espoir ?

P.A. : C’est une maladie compliquée qui commence bien avant l’apparition des symptômes. La recherche prend du temps. Une centaine d’essais sont menés actuellement dans le monde dont les résultats ne seront connus que sur plusieurs années. De nombreux chercheurs sont engagés dans une lutte permanente contre la montre pour trouver de nouveaux médicaments et de nouveaux moyens de combattre cette terrible maladie. Il faut donc garder espoir et tout faire pour garder un cerveau en pleine forme le plus longtemps possible.

  • Cécile Fratellini
  • Crédit photo : Getty Images

Un commentaire pour cet article

  1. Alain

    J’ai 76 ans et depuis environ 3 ans j’ai des pertes de mémoire pour tout ce qui est récent, les noms et les prénoms des personnes rencontrées en groupe une heure auparavant.Depuis quelques mois il y a des mots courants dont je n’arrive pas à me souvenirn ce sont toujours les mêmes en général. Pour ne pas oublier ce que je dois faire je note tout ce que je fais et ce que je dois faiore dans mon semainier. J’ai une vie sociale normale je lis un peu chaque jour et je travaille sur mon
    ordinateur environ un heure et demi par jour. Donc je peux vivre encore normalement.
    Problème mes trous de méloire augmentent lentement mais surement ce qui énerve mon épouse
    qui dispose d’une excellente mémoire, elle joue beaucoup au bridge.

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