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Maladie de Lyme : la menace des tiques

Maladie de Lyme : la menace des tiques

La maladie de Lyme, potentiellement grave, reste peu connue. Or, plus le traitement est précoce, meilleur est le pronostic. Mais ce dernier est parfois difficile à poser et son traitement fait encore débat.

Qu’est-ce qui cause la maladie de Lyme ?

La maladie de Lyme, ou borréliose de Lyme, est une maladie causée par une bactérie, la Borrelia. Elle est transmise lors de la morsure d’une tique qui en est porteuse, en Europe et en Amérique du nord. Ce petit acarien (de la même famille que les araignées) « vit sur les hautes herbes et les buissons des forêts mais aussi des parcs et des jardins », indique le Pr Benoît Jaulhac, biologiste et directeur du centre national de référence des Borrelia au CHU de Strasbourg.

Certaines régions semblent plus fortement touchées que d’autres (l’Est, le Limousin, l’Ile-de-France), mais aucune n’est épargnée. La tique s’accroche aux animaux et aux humains qui passent à sa portée pour se nourrir de leur sang. Si elle est infectée, elle peut transmettre la bactérie au bout de 24 heures.

 

Une appli à connaître

L’application Signalement Tique, lancée mi-juillet, permet aux personnes piquées d’indiquer le lieu, le moment et les circonstances de la piqûre et aux chercheurs de mieux connaître les zones infestées. Elle est téléchargeable sur les plateformes IOS et Google Play.

 

Que faire si on a été piqué par une tique ?

Il faut retirer toute tique le plus tôt possible. Il faut la décrocher doucement « avec un tire-tique, en forme de petit pied-de-biche, en tournant et non pas en faisant levier ou en tirant», insiste le directeur du centre national de référence. Et désinfecter juste après. À noter : les tire-tiques se trouvent notamment en pharmacie.

 

Quels sont les symptômes ?

La maladie de Lyme se manifeste de plusieurs façons, parfois discrètement ou par des symptômes qui peuvent être associés par erreur à d’autres pathologies. Cela rend son diagnostic difficile – elle demeure mal connue – et retarde parfois son traitement. Dans 50 à 80 % des cas, un érythème migrant caractéristique apparaît à l’endroit de la morsure. Il ne s’agit pas de la simple réaction cutanée visible immédiatement mais d’une « rougeur en forme de cocarde qui se déplace sur la peau, trois à 30 jours après la piqûre, parfois plus », indique le Pr Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches et vice-président de la Fédération française contre les maladies vectorielles à tiques (FFMVT)*.

Cet érythème, non urticant, est « parfois le signe unique de l’infection, remarque le Pr Jaulhac, et s’il est bien reconnu et bien traité, par des antibiotiques selon des protocoles validés, on obtient 100 % de guérison. » Mais la piqûre voire l’érythème passent parfois inaperçus (dans les cheveux, le dos…).

D’autres symptômes peuvent apparaître, plusieurs jours, semaines ou mois après la piqûre. « Ils peuvent être neurologiques (paralysie faciale, douleurs, migraines, troubles de la motricité), musculaires, articulaires ou, moins souvent, cardiaques ou oculaires, voire psychiatriques », souligne le Pr Christian Perronne. « Après une piqûre, il faut bien surveiller sa santé pendant au moins un mois, conseille Benoît Jaulhac. Et consulter au moindre doute.»

 

Comment diagnostique-t-on la maladie de Lyme ?

Le diagnostic sera posé après une recherche dans le sang des anticorps de la borréliose (tests Elisa et Western Blot), hormis au stade d’érythème migrant, dont le diagnostic doit être uniquement clinique. Le Pr Perronne estime que ces tests sont insuffisamment bien calibrés pour détecter tous les cas de borréliose, ce qui contribue à les sous-diagnostiquer. Mais il n’en existe pas d’autres.

Ces analyses ne doivent pas être réalisées trop tôt après la piqûre car en cas d’infection, les anticorps n’apparaissent pas tout de suite en quantité suffisante pour être détectés. Faussement rassuré, un patient infecté, mais testé trop tôt, ne serait donc pas traité… Un risque qui concerne aussi les autotests vendus en pharmacie. « Le centre national de référence n’y est pas du tout favorable », indique son directeur. L’analyse du liquide cérébro-spinal ou céphalo-rachidien est parfois nécessaire en cas de symptômes neurologiques.

 

Un « plan Lyme »
Lancé par le gouvernement en septembre 2016, le plan Lyme prévoit de standardiser le diagnostic et d’harmoniser la prise en charge des patients atteints.

 

Quels sont les traitements ?

Lorsque le diagnostic est posé, les traitements consistent en une cure d’antibiotiques de plusieurs semaines. Selon Christian Perronne, « 20 % des patients traités s’améliorent très vite et guérissent, 60 % s’améliorent à un rythme variable, parfois après une aggravation, et 20 %, des cas particulièrement sévères, n’y parviennent pas » ou conservent des séquelles importantes. « Plus la maladie est traitée tôt, mieux on en guérit », résume Benoît Jaulhac. Plusieurs cures sont parfois nécessaires, selon le Pr Perronne.

Les traitements symptomatiques (antiparasitaires, anti-infectieux) ou phytothérapeutiques peuvent s’y ajouter ou prendre le relais. Le plan Lyme prévoit l’ouverture de centres de prise en charge spécialisés.

 

Comment éviter de se faire infecter ?

Ne pas se faire piquer lors des promenades dans la nature est la meilleure prévention. Comment ? En portant des vêtements couvrants (chemise dans le pantalon et pantalon dans les chaussettes), clairs pour voir plus facilement les tiques. Les répulsifs pour moustiques à base de DEET, de préférence sur les vêtements, sont également efficaces. Mais ils sont à éviter chez les femmes enceintes et les jeunes enfants (demandez conseil à votre pharmacien). Évitez de marcher dans les herbes hautes ou les buissons, tondez les pelouses très court et clôturez les jardins pour empêcher les animaux sauvages porteurs de tiques d’y entrer. Inspectez-vous (et inspectez les enfants) systématiquement et soigneusement après toute sortie dans la nature, sur tout le corps, y compris les cheveux, le dos et tous les plis. La prévention est à ce prix.

* Auteur de « La vérité sur la maladie de Lyme », éditions Odile Jacob, 2017.

 

TÉMOIGNAGE

Marc, 48 ans, atteint d’une forme tardive et chronique de la maladie de Lyme

« À partir de 2014, j’ai eu plusieurs problèmes de santé, qui étaient liés à la maladie de Lyme avant qu’elle soit diagnostiquée : une inflammation du côlon, des douleurs dorsales puis cervicales, une paralysie temporaire des jambes, des problèmes auditifs, des maux de têtes terribles… Les examens n’ont jamais rien montré. Finalement un médecin m’a fait faire une sérologie de Lyme et le résultat a été positif. J’avais été piqué dans mon enfance. Après un traitement antibiotique d’un mois, il m’a dit que j’étais guéri. Les douleurs et une fatigue immense sont pourtant revenues. Mais les médecins me considéraient guéri et ne voulaient pas me traiter. Grâce à l’association France Lyme, j’ai pu consulter des médecins hospitaliers qui connaissaient la maladie : j’étais atteint d’une forme tardive et chronique de la maladie. Si elle avait été prise en charge plus tôt, je n’aurais pas subi tout cela. J’ai suivi plusieurs traitements par antibiotiques, j’ai commencé la phytothérapie et changé mon hygiène de vie. À présent, je vais un peu mieux et je vais essayer de retravailler à temps partiel. »

  • Géraldine Langlois
  • Crédit photo : Schlegelfotos / Istockphotos

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