Médicaments : mode d’emploi

Le médicament n’est pas un produit de consommation courante. Ses principes actifs ont des effets sur l’organisme. Quelques règles simples sont nécessaires pour bien l’utiliser lors d’un traitement ou en automédication.

Médicaments mode emploi

Bien suivre son traitement

Le bon usage du médicament commence par le respect de quelques règles simples. Lors d’un traitement, il est important de respecter la durée, les doses prescrites et la fréquence des prises. « Il ne faut en aucun cas modifier son traitement sans en parler à un professionnel de santé », insiste Béatrice Saint-Salvi, pharmacologue responsable de l’activité « Interactions médicamenteuses » à l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé).

Un exemple : l’association de médicaments contre l’hypertension avec des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), tels que l’aspirine ou l’ibuprofène, peut créer des effets indésirables, notamment des insuffisances rénales aiguës. Donc même si ces anti-inflammatoires sont en accès libre chez le pharmacien, leur utilisation n’est pas anodine surtout si l’on suit déjà un traitement.

«Toute prise de médicament comporte des risques potentiels qui sont en général acceptables, au regard du bénéfice attendu. Mais si un médicament est pris par une personne qui n’en a pas besoin, aucun bénéfice thérapeutique n’est attendu et le risque devient inacceptable. La solution ? Utiliser le médicament chez les bonnes personnes, pendant la bonne durée, et aux bonnes doses », explique le Pr Bernard Bégaud, pharmacologue.

 

Un régime alimentaire spécifique

Certains traitements nécessitent un régime alimentaire spécifique. Les patients sous anticoagulants oraux (destinés à fluidifier le sang) doivent consommer avec modération (environ 150 grammes de légumes par jour) des aliments riches en vitamine K tels que les choux, les brocolis ou les épinards par exemple.

Ces aliments rendent le traitement moins efficace et augmentent le risque de formation de caillot dans les veines. Il est aussi conseillé de ne pas modifier soudainement ses habitudes alimentaires.

Autre exemple : le pamplemousse. Il peut augmenter la fréquence et la gravité des effets indésirables de certains médicaments contre le cholestérol.
Dans tous les cas, il est donc primordial de bien lire la notice du médicament et de demander conseil à son médecin ou à son pharmacien.

 

L’automédication pour des symptômes bénins

L’automédication est adaptée pour la prise en charge de symptômes bénins. « Si les symptômes s’aggravent ou durent, il ne faut pas hésiter à consulter son médecin », explique Alain Delgutte, président du conseil de l’ordre des pharmaciens titulaires d’une officine. Les personnes souffrant de maladies chroniques, les femmes enceintes, les personnes âgées doivent être encore plus vigilantes et demander à leur médecin ou à leur pharmacien quels médicaments elles peuvent utiliser.

Autres conseils : ne pas réutiliser de médicaments prescrits auparavant comme des antibiotiques par exemple, respecter la date de péremption des médicaments et leur durée de conservation après ouverture (indiquée sur la notice).

Des infections bénignes comme le rhume guérissent spontanément en 7 à 10 jours sans traitement. Alors que la mauvaise utilisation de médicaments pour diminuer la sensation de nez bouché (vasoconstricteurs) peut être à l’origine d’effets indésirables graves au niveau cardiaque ou neurologique. À noter également qu’un médicament contre la toux ne doit pas être donné à un enfant de moins de deux ans sans l’avis du médecin ou du pharmacien.

La toux est un réflexe naturel et indispensable de défense de l’organisme. Il ne faut donc pas chercher à la bloquer par un médicament antitussif qui empêcherait l’évacuation des glaires et crachats.

 

Déclarer les effets indésirables

Et pour renforcer la surveillance autour du médicament, depuis juin 2011, chaque patient peut déclarer lui-même ou par l’intermédiaire de son pharmacien les effets indésirables.

Comment ? Soit en remplissant un formulaire de signalement (disponible sur le site internet de l’ANSM), soit sur papier libre, et en envoyant le tout au centre régional de pharmacovigilance dont le patient dépend géographiquement.

Les coordonnées sont disponibles sur le site internet de l’ANSM. Il est recommandé de téléphoner à ce centre avant de transmettre les informations par écrit. Le patient peut également se rapprocher d’une association de malades et d’usagers du système de santé pour demander quelques conseils.

 

Ouvrir un dossier pharmaceutique

Toujours dans un objectif de plus de sécurité, chaque patient peut faire ouvrir un dossier pharmaceutique auprès de son pharmacien. Ce dossier informatique, consultable dans la très grande majorité des pharmacies de France (96,8 % des officines), recense tous les médicaments prescrits ou conseillés par un pharmacien et délivrés au cours des quatre derniers mois. Depuis janvier, la consultation du dossier pharmaceutique par les praticiens hospitaliers de certains établissements est en expérimentation. Pour en ouvrir un, il suffit de le demander à son pharmacien en présentant sa carte Vitale.

 

En chiffre

22,8 milliards d’euros. Ce sont les dépenses de médicaments remboursés en 2011 en France, ce qui représente 2,6 milliards de boîtes. Le médicament est ainsi le premier poste de dépenses des soins de ville. Il représente également un des premiers postes de dépenses de la mutuelle.

 

Le nouveau rôle du pharmacien

Le rôle du pharmacien évolue. Sa mission d’accompagnement est renforcée. Dans un premier temps, ce sont les patients traités par anticoagulants oraux et notamment par les antivitamines K qui en bénéficient. Pourquoi ? Tout simplement parce que les anticoagulants sont associés à un risque hémorragique élevé et qu’ils représentent la première cause d’effets indésirables graves.

Deux entretiens de suivi par an avec le pharmacien vont donc être proposés aux patients. « L’objectif est vraiment d’aider le malade à bien s’approprier son traitement en lui rappelant des points clés comme le suivi biologique, les signes de surdosage ou le rôle de l’alimentation », explique Jean-Luc Audhoui, pharmacien. Ce dispositif doit être mis en place à partir du mois de mars.

Les patients concernés recevront un courrier de l’assurance maladie. Dans le courant de l’année, les patients souffrant d’asthme devraient également bénéficier de ces entretiens pharmaceutiques.

 

La vente de médicaments autorisée sur internet

Dans le cadre de la nouvelle législation mise en place au niveau européen, la vente de médicaments sur internet est désormais autorisée en France. Mais seulement pour les pharmaciens titulaires d’une officine de pharmacie. Selon cette nouvelle réglementation, seuls les médicaments en libre accès, c’est-à-dire « devant le comptoir » des pharmaciens, peuvent être vendus.

Les médicaments délivrés sur ordonnance, qu’ils soient remboursés ou non, ne sont pas autorisés à la vente sur internet en France. « Mais il faut rester très prudent, insiste Alain Delgutte, président du conseil de l’ordre des pharmaciens titulaires d’officine, en s’assurant que ce site est bien rattaché à une officine autorisée. Un bon moyen pour s’en assurer est d’aller consulter le site de l’ordre des pharmaciens qui répertoriera tous les sites autorisés. »

Les sites doivent recevoir l’aval de l’autorité régionale de santé dont ils dépendent et ils devront afficher un logo commun reconnaissable dans l’ensemble de l’Union européenne.

 

« Avoir toute confiance dans le médicament générique »

Le point de vue de Martine Jannot, administratrice d’Harmonie Mutuelles

« Les médicaments génériques sont soumis aux mêmes règles de fabrication et de contrôle qualité que les médicaments de référence, comme le rappelle un rapport d’étude sur les génériques, publié en décembre dernier par la Mutualité Française.

Nous pouvons donc avoir toute confiance dans cette forme de médicament. Et le recours au générique serait plus évident si la prescription médicale se faisait couramment avec le nom de la molécule et non avec le nom de la marque.

Aujourd’hui, par exemple, nous parlons facilement de paracétamol ou d’ibuprofène. Connaître le nom de la molécule est une voie à poursuivre et à intensifier. Et puis, c’est un langage international. »

 

Pour en savoir plus

  • Cécile Fratellini

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