La myopie : comment la prévenir et la freiner ?

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La myopie, ce défaut de vision de loin touche aujourd'hui 40 % des Français. Comme partout dans le monde, ce chiffre ne cesse d'augmenter. Explications et point sur les nouveaux moyens de traiter la myopie.

contrôle de la vue myopie

Qu’est-ce que la myopie ?

La myopie est un défaut de vision « de loin », dû à une anomalie de la longueur ou de la courbure de l’œil. Il existe différents types de myopie. La plus fréquente est la myopie axile : la distance entre la cornée et la rétine est trop importante. Elle apparaît le plus souvent durant l’enfance, plus rarement à l’adolescence et chez les jeunes adultes. Elle évolue progressivement, de l’enfance (à partir de 2 pics, à 6-8 ans puis à 3-16 ans) jusqu’à 20 -25 ans, où l’on considère qu’elle se stabilise.

On repère souvent la myopie à l’école, quand l’enfant n’arrive pas à bien voir au tableau. « On sait maintenant que quand elle apparaît avant 10 ans, cela va évoluer vers des myopies fortes qui peuvent être sources de complications », explique Arnaud Sauer, professeur en ophtalmologie au CHU de Strasbourg. Ces complications peuvent être des maculopathies, une dégénérescence du nerf optique, un décollement de rétine ou encore une cataracte plus précoce. Néanmoins, les myopies fortes ne concernent que 2 % des myopes.

La myopie de courbure, beaucoup plus rare, est liée à une courbure excessive de la cornée. Elle peut apparaître dès 5-6 ans.
Enfin, la myopie d’indice peut apparaître chez les personnes âgées, après 70 ans, en lien avec la cataracte.

Pourquoi y a-t-il de plus en plus de myopes ?

Plus de 26 millions de Français sont aujourd’hui myopes. Ce chiffre devrait encore augmenter, comme c’est le cas dans le monde entier, depuis les années 50. « La myopie est une épidémie sans virus, sans contagion qui devrait affecter près de 5 milliards de la population mondiale, dont 10 à 20 % souffriront de formes graves pouvant aller jusqu’à la cécité », alerte le Professeur Ramin Tadayoni, chef de service d’ophtalmologie à l’Hôpital Fondation Rothschild.

Les myopes sont de plus en plus nombreux, et la myopie apparaît de plus en plus tôt chez les enfants, on constate davantage de formes fortes (au-delà de – 6 dioptries).
Si la myopie est liée en partie à des facteurs génétiques, l’augmentation actuelle est liée aux changements de mode de vie des dernières décennies.

La vie urbaine entraîne une baisse de l’exposition à la lumière du jour, notamment avec davantage de travail « de bureau », et beaucoup de travail en vision de près et sur écran. « Une étude récente suggère également que cette augmentation soit liée à une sursaturation en images dans les villes », ajoute Arnaud Sauer.

Comment prévenir la myopie ?

  • S’exposer davantage à la lumière naturelle. Passer deux heures par jour en extérieur réduit de 30 % le degré de la myopie et retarde aussi l’âge de son apparition. Des études sont en cours pour établir précisément le lien entre myopie et lumière naturelle. « Celle-ci provoquerait la fabrication de dopamine dans l’œil, ce qui diminuerait sa longueur », explique le Pr Sauer. Ce conseil est particulièrement important chez les enfants, qui passent de moins en moins de temps en extérieur.
  • Faire des pauses régulières quand on travaille de près, pour défocaliser l’œil. Le Pr Sauer cite la « règle de 20 » établie aux États-Unis : « Toutes les 20 minutes, durant 20 secondes, regarder à 20 pieds (environ 5 mètres). »

Quels sont les traitements de la myopie ?

On ne guérit pas de la myopie. Il existe néanmoins plusieurs moyens de ralentir son évolution (« freination » de la myopie).

  • L’atropine diluée en collyre. En gouttes le soir au coucher, c’est actuellement « le traitement le plus efficace » contre l’aggravation de la myopie selon le Pr. Sauer. Il est utilisé depuis le début des années 2000 et son efficacité de freination a été prouvée par plusieurs études sur des milliers de patients. « Il devrait être prescrit dès lors que l’on perd plus de 0,75 dioptries par an », ajoute-t-il. Le collyre peut être prescrit aux enfants, sous une forme plus diluée que pour les adultes.
  • Les verres freinateurs pour enfants. Ces types de verre de lunettes, très récents, agissent en donnant de la netteté au centre (comme les lunettes classiques), mais aussi sur la périphérie de la rétine ce qui limite l’allongement de l’œil. Ces verres sont assez coûteux et partiellement pris en charge par l’Assurance Maladie. Des études menées en Asie ont montré leur efficacité pour bloquer ou freiner l’évolution de la myopie.
  • L’orthokératologie. Il s’agit de lentilles semi-rigides, à porter uniquement la nuit, qui agissent directement sur la cornée pour remodeler sa courbure, permettant de corriger des petites myopies la journée et limitant modestement l’évolution de la myopie. Celles-ci ne sont pas prises en charge par l’Assurance maladie et coûtent entre 250 et 500 euros la paire, pour un an.

Une fois que la myopie est stabilisée, on peut la corriger par la chirurgie réfractive. Réalisée au laser, en ambulatoire et sous anesthésie locale, c’est une opération très courante. Cependant, elle peut être plus délicate chez certaines personnes, si la cornée est trop fine ou si une astigmatie, ou presbytie sont associées à la myopie. Cette opération n’est cependant pas prise en charge par l’Assurance maladie car considérée comme une opération de confort. En moyenne, il faut compter 1 500 à 2000 euros par œil.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Pauline Hervé

journaliste spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (prévention, innovation et recherche, soins...)

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