Pass’Mirail, un lieu d’accueil pour les jeunes en souffrance psychique à Bordeaux

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Comment remettre un jeune de 18 ans en souffrance psychique dans le chemin du soin ? C’est en partant de cette problématique qu’un lieu innovant a vu le jour en 2016 à Bordeaux. Pass’Mirail est une maison où des jeunes de 18 à 25 ans viennent se confier à des professionnels qui les aident dans leur parcours de vie.

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L’endroit est chaleureux. On y discute, on y mange, on y joue de la musique… Dans une rue piétonne du centre-ville de Bordeaux, Pass’Mirail est un lieu d’accueil anonyme et gratuit pour les jeunes âgés de 18 à 25 ans en souffrance psychique. Son nom, Pass’Mirail, indique bien que c’est un lieu de passage et évidemment aussi un clin d’œil au personnage de Marcel Aymé, le Passe-Muraille. Ici, pas de rendez-vous, pas de dossier d’admission à remplir, tout est informel ou presque. Ce dispositif innovant ouvert en 2016 a d’ailleurs obtenu un prix des Trophées de l’innovation de la Fehap*, en 2018, dans la thématique « Pratiques professionnelles et innovations médicales ».

Un manque de structures pour jeunes adultes en souffrance psychique

Tout est parti de la rencontre de plusieurs professionnels de santé exerçant au sein de différents organismes du secteur de la santé mentale (MGEN-Groupe VYV, SHMA-société d’hygiène mentale d’Aquitaine, le centre de soins psychiatriques Montalier et l’association Rénovation). « Nous avons fait le constat que nous avions du mal à garder les jeunes de 18-20 ans dans nos institutions. Il était difficile pour eux de côtoyer des patients plus vieux. Dans le médico-social, les prises en charge s’arrêtent à 18 ans, ensuite, les jeunes ont du mal à se relancer et à aller vers une prise en charge adulte. Il y a un vrai fossé entre ce qui existe pour les adolescents et les adultes, il n’y a rien pour les jeunes adultes », explique Julien Muzard, psychologue coordinateur du dispositif Pass’Mirail.

L’objectif de Pass’Mirail est donc d’amener les jeunes en souffrance à s’intéresser à leur fonctionnement psychique. Repérer, identifier et orienter sont les maîtres mots de ce dispositif. « On voulait sortir de nos institutions et proposer un lieu afin de tisser un lien avec ces jeunes autour d’un café ou d’un repas. Ce n’est pas un lieu de soins », ajoute Julien Muzard.

Un accueil par des professionnels de la santé mentale

Une équipe de 15 professionnels (psychiatres, pédopsychiatre, psychologues, éducateurs, animatrice, infirmière, assistante sociale, psychomotricienne, cadre administrative) se relaient, du lundi au vendredi, chaque après-midi pour accueillir ces jeunes. En 2019, ils ont été près de 2000 à franchir la porte de Pass’Mirail. Les profils sont très différents, cela va de l’étudiant qui rencontre des bouffées d’angoisse à cause d’un examen ou d’une rupture amoureuse au jeune avec des troubles psychotiques comme la schizophrénie qui a arrêté son traitement par exemple.

« Nous sommes là pour éviter que les jeunes se retrouvent en plus grande souffrance, lâchés du soin. L’idée est que ce lieu soit un passage et que l’on construise un projet avec le jeune afin qu’il ne refuse plus le soin et qu’il s’intéresse à son fonctionnement. Avec notre aide, il construit un projet de soins. Il ne part pas forcément vers une hospitalisation ou un rendez-vous chez le psychiatre. On peut aussi tirer un fil du côté du logement, de la formation. On essaie qu’il y ait la reprise des médicaments, ou un suivi thérapeutique », précise le coordinateur du dispositif.

En arrivant, le jeune ne remplit aucun document, il donne juste son prénom et son âge. Les professionnels aussi se présentent avec leur prénom et non avec leur fonction. « L’objectif étant que la parole vienne plus facilement », explique Julien Muzard.

« Un besoin de créer pour échanger »

Des activités et des ateliers sont régulièrement proposés. Le mercredi midi par exemple, un repas en commun est organisé. Chacun vient avec ce qu’il veut : une recette, une boisson, des pâtes… Ils réfléchissent ensemble au menu, vont faire des courses si nécessaire et préparent le repas. Le vendredi après-midi, les jeunes viennent jouer de la musique. Des projections, des jeux de société, des groupes de paroles sont organisées régulièrement. « Ce que les jeunes apprécient, c’est de créer à travers des dessins ou de la peinture. Ils ont besoin de cela afin de pouvoir échanger, ils remettent ainsi quelque chose en route », se réjouit le coordinateur de l’établissement.

L’équipe a su s’adapter à la crise sanitaire. Lors du premier confinement, l’équipe restait en lien avec les jeunes en visio ou par téléphone. Le lieu est de nouveau ouvert mais le nombre de personnes est limité.

*fédération des établissements hospitaliers et de l’aide à la personne.

  • Crédit photo : DR
Auteur article
Cécile Fratellini

rédactrice en chef adjointe d’Essentiel Santé Magazine, spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (handicap, prévention, maladies…)

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