Pourquoi les Français sont-ils antivaccins ?

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Malgré l’épidémie de Covid-19, comment expliquer la défiance des Français envers les vaccins ? L’antivaccinisme est-il un phénomène récent ? Le point avec Françoise Salvadori, coauteure de Antivax, la résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours.

Interview vaccins Francoise Salvadori
Portrait Francoise Salvadori
© DR

Docteure en pharmacie et maître de conférences en immunologie à l’université de Bourgogne, Françoise Salvadori est l’auteure avec Laurent-Henri Vignaud, historien, de Antivax, la résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours*. Leur essai retrace trois siècles d’oppositions à la vaccination.

Françoise Salvadori nous explique quels sont les arguments des antivaccins. Et plus particulièrement en ce moment, en période de pandémie de Covid-19.

* Publié aux éditions Vendémiaire en 2019. Le terme « Antivax » désigne les personnes qui s’opposent à la vaccination.

Un refus de l’obligation vaccinale

La France est l’un des pays les plus antivaccins. Comment l’expliquer ?

Françoise Salvadori : L’antivaccinisme existe depuis l’invention de la vaccination. Les mouvements antivaccins sont nés en Angleterre, suite à l’obligation de la vaccination antivariolique en 1853. Les Anglais protestaient alors contre l’ingérence de l’État dans leur vie privée. En France, ces idées existaient aussi mais elles étaient moins répandues, car il n’y a pas eu d’obligation vaccinale avant le début du XXe siècle. Elles se sont renforcées à partir des années 1950, notamment à cause de cette obligation pour les nourrissons.

En parallèle, depuis une trentaine d’années, les Français ont perdu confiance dans les autorités de santé à cause de scandales sanitaires : le sang contaminé, l’amiante, le nuage de Tchernobyl ou plus récemment le Médiator. Pourtant, ces événements n’ont rien à voir avec la vaccination. D’ailleurs, il n’y a eu aucun accident vaccinal notable dans notre pays depuis très longtemps.

À ces scandales se sont ajoutées des maladresses de communication. C’est le cas de la campagne de vaccination contre l’hépatite B** dans les années 1990, avec des discours contradictoires de deux ministres de la Santé successifs. Puis il y a eu l’épisode de la grippe H1N1 avec un manque de clarté sur la présence ou non d’adjuvants*** dans ces vaccins.

Avec la pandémie de Covid-19, les changements de discours sur les masques ou les tests ne créent malheureusement pas un climat de confiance quand arrive le moment de la vaccination.

** Le vaccin contre l’hépatite B est obligatoire pour les nourrissons nés après le 1er janvier 2018.

*** Un adjuvant est un produit ajouté à un autre pour renforcer son action. On en trouve dans certains vaccins pour aider à produire plus d’anticorps et donc à augmenter la réponse immunitaire.

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En France, 11 vaccins sont obligatoires pour les enfants de moins de 2 ans. Crédit photo : Getty

La peur des adjuvants

Quelles sont les autres raisons évoquées par les Français qui refusent la vaccination ?

F.S. : Historiquement, il y avait également des arguments religieux mais ils n’ont jamais été très majoritaires. Actuellement, seules quelques sectes refusent la vaccination.

En revanche, la revendication de la nature ou la préférence pour des médecines dites « naturelles » sont très présentes. Certains gourous ou praticiens en médecines alternatives prétendent qu’en suivant tel régime alimentaire ou en prenant je ne sais quelle autre potion magique, on peut éviter d’être contaminé par le virus. Il deviendrait donc inutile de se faire vacciner. À l’extrême, certains pensent que la nature est tellement bien faite qu’elle ne peut pas avoir créé ce virus et qu’il a forcément été inventé par l’Homme.

Chez certains « Antivax », il y a ainsi une méfiance envers la Science en général. Et les vaccins sont perçus comme des poisons. La crainte envers les adjuvants, notamment ceux à base d’aluminium, est très forte en France. C’est une peur que l’on ne retrouve pas tellement dans le reste du monde. Il faut d’ailleurs préciser qu’aucun des vaccins contre le Covid-19 actuellement sur le marché n’en contient.

Enfin, il y a parmi les réfractaires à la vaccination des personnes qui croient aux théories du complot. Mais je ne suis pas sûre que ces idées soient vraiment plus répandues en France qu’ailleurs.

Les vaccins à ARN Messager concentrent les critiques

Certains arguments antivaccins sont-ils spécifiques aux vaccins contre le Covid ?

F.S. : La méfiance se dirige aujourd’hui contre une technologie présentée comme nouvelle : les vaccins à ARN Messager. Ils auraient été « vite faits, mal faits ». Et nos grands-parents vivant en maison de retraite seraient de véritables « cobayes ». Certes, la mise au point des vaccins contre le Covid a été plus rapide que d’ordinaire. Mais c’est parce qu’il y a eu beaucoup de progrès ces dernières années. Et cette technique est en réalité étudiée depuis près de 20 ans.

De plus, les vaccins à ARN Messager semblent les plus efficaces contre ce coronavirus et ceux qui pourront le mieux s’adapter aux nouveaux variants. Quant aux effets secondaires possibles, ils existent mais ils sont tout à fait tolérables. Et les réactions allergiques graves restent peu fréquentes. Donc la balance bénéfice-risque est assez peu discutable.

D’une manière générale, beaucoup de gens sont méfiants envers les laboratoires, qu’ils rassemblent parfois sous le terme négatif de « Big Pharma ». Il est vrai que l’industrie pharmaceutique gagne de l’argent avec les vaccins mais ils ne représentent pas l’essentiel de leur chiffre d’affaires. De plus, pour les vaccins anti-Covid, les prix ont été vraiment négociés, grâce aux commandes passées à l’échelle européenne.

Encore et toujours, on entend actuellement chez les antivaccins cette idée que l’on pourrait nous obliger à nous vacciner contre le Covid, alors même qu’il n’en a jamais été question. On le voit bien dès que les médias évoquent l’éventualité de créer un passeport vaccinal. Ce qui leur donnerait l’impression d’y être contraints.

10 à 15 % des Français refusent les vaccins

Il faut toutefois distinguer ceux qui sont vraiment antivaccins et ceux qui se posent seulement des questions…

F.S. : C’est vrai. La proportion de gens qui refusent tout vaccin représente 10 à 15 % de la population française. Leurs convictions sont assez enracinées donc on pourra difficilement les faire changer d’avis.

En revanche, les autres (entre 30 et 50 % des Français selon les sondages) ont en effet des interrogations légitimes auxquelles il faut répondre. En ce sens, on aurait pu imaginer opportun d’avoir une campagne de communication des autorités sanitaires pour parler des différents vaccins anti-Covid, notamment de ceux à ARN Messager. Un moyen de rassurer sur leur fonctionnement et sur leurs effets secondaires.

Il existe également des antivaccins parmi les soignants****. N’est-ce pas inquiétant ?

F.S. : C’est inquiétant en effet. Les autorités sanitaires auraient peut-être pu avoir un discours plus clair sur l’importance de vacciner le personnel soignant en priorité contre le Covid. Car ils peuvent eux aussi transmettre le virus à leurs patients. Et puis si les soignants eux-mêmes se montrent sceptiques envers les vaccins, comment voulez-vous que le reste de la population ait confiance ?

**** Selon une enquête de Santé Publique France, en novembre 2020, 68 % des professionnels de santé libéraux avaient l’intention de se faire vacciner contre le Covid. Avec des différences importantes selon les métiers. 80 % des médecins généralistes et pharmaciens souhaitaient être vaccinés contre 55 % des infirmiers. Au même moment, l’intention vaccinale dans la population générale était de 53 %.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Angélique Pineau-Hamaguchi

rédactrice en chef adjointe d’Essentiel Santé Magazine, spécialisée dans les sujets de société (environnement, économie sociale et solidaire…).

2 commentaires pour cet article

    1. Axolotl58

      Monsieur, Aucune étude sérieuse et portant sur de grands échantillons de population ne montre de sur-risque de maladie auto-immune (si c’est ce à quoi vous faites référence ?) chez les individus ayant reçu l’adjuvant. Ces études statistiques sont les seules capables de prouver la sécurité de cet adjuvant, et le fait de déclarer une telle pathologie suite à un vaccin ne prouve pas le lien de causalité. D’autres adjuvants sont à l’étude, mais rien ne prouve qu’ils ne seraient pas plus toxiques, et vous direz de toutes façons, comme avec tout ce qui est nouveau, que nous n’avons pas assez de recul (un siècle d’utilisation avec l’aluminium). Mais j’attends bien sûr vos propositions si vous avez trouvé le « support » idéal !

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