Prévention : « On est encore dans un univers de la maladie, il faut passer dans l’univers de la santé »

Avec la crise sanitaire que nous vivons, on entend parler de prévention chaque jour avec notamment les gestes barrière. Mais ces messages d’information à la télévision ou à la radio suffisent-ils à nous convaincre ?

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Le Dr Marc Salomon, cardiologue et spécialiste de la médecine préventive, nous donne sa vision de ce que devrait être la prévention.

La vraie médecine préventive, celle de la modification des comportements, n’est-elle pas trop discrète aujourd’hui ?

Marc Salomon : Oui bien évidemment. Et en plus on s’est aperçu que la prévention était assez efficace. Mais pour qu’elle le soit, elle doit s’inscrire dans des schémas plus personnalisés, plus interactifs, plus adaptés aux gens. Elle ne doit pas se résumer à des campagnes d’information. Donner de l’information c’est essentiel, mais absolument pas suffisant. Pour qu’il y ait un changement de comportement, il doit y avoir un accompagnement à ce changement. En France, nous sommes en retard par rapport à ce qui se passe ailleurs. On est encore dans un univers de la maladie, il faut passer dans un univers de la santé qui devrait prendre en compte la prévention à tous les niveaux.

Comment améliorer cette prévention ?

M.S. : D’abord, il faut faire de l’éducation à la santé dès le plus jeune âge, à l’école. On sensibilise bien à l’environnement, pour moi, la santé c’est aussi important. L’environnement et la santé sont deux valeurs et deux comportements qui sont proches. On parle de comportement pour préserver la nature, il faut aussi préserver l’individu.

Ensuite, il faut lutter contre les facteurs de risque. Cela veut dire changer ses comportements : comment je mange, pourquoi je ne fais pas d’exercice physique, comment je gère mon stress, comment je ne commence pas à fumer ou je vais arrêter de fumer, comment je consomme de l’alcool avec modération… Je suis contre l’interdiction mais pour des comportements raisonnables, adaptés et qui font en sorte de prévenir la survenue de maladies chroniques.

Des programmes d’accompagnement personnalisés

Comment convaincre les Français de changer de comportement ?

M.S. : Pour les convaincre, il faut leur donner des programmes personnalisés, qu’ils soient accompagnés grâce notamment à la e-santé avec la surveillance de leurs paramètres, la remise en sensation : « je vois où j’en suis, je vois ce que je fais et je peux faire évoluer mes comportements de manière raisonnable ». La e-santé est un formidable moyen pour avoir des programmes d’accompagnement personnalisé avec des vidéos, et si nécessaire un rendez-vous en présentiel de temps en temps avec un professionnel de santé.

Et puis il y a un point qui est assez remarquable, c’est celui de la récompense, notre cerveau aime ça. Donc si mon entourage est fier de moi car j’ai adopté un meilleur comportement, c’est une sorte de récompense.

Grâce à la prévention, on pourrait éviter des maladies chroniques et même sauver des vies ?

M.S. : Bien sûr. Il y a une image que j’aime bien : le matin quand vous montez dans votre voiture, si un voyant rouge s’allume, vous foncez au garage. Mais le matin si vous ne vous sentez pas bien, avant de déclencher un comportement différent, il peut se passer des semaines. On n’écoute pas assez son corps ; certaines maladies sont diagnostiquées très tardivement à des stades où les traitements sont moins efficaces.

On change les comportements par de la responsabilité, de la citoyenneté. Avec la crise du Covid-19, les gens ont découvert que la médecine restait inexacte par certains côtés, ils ont découvert l’incertitude. Peut-être que suite à cela, on verra une évolution des comportements. Une consultation annuelle de prévention pourrait également être mise en place à partir d’un certain âge. Autant de moyens qui permettraient d’ancrer la prévention dans le quotidien. Mais le budget pour la prévention est mineur aujourd’hui et il ne bouge pas depuis des années.

« La médecine prédictive est en route »

L’entreprise a-t-elle un rôle à jouer dans la prévention ?

M.S. Oui, l’entreprise à un rôle pour protéger ses salariés mais il ne faut pas tomber dans l’autre excès, ce n’est pas le rôle de l’entreprise de soigner les gens. L’entreprise doit prévenir les risques du travail : le stress, le burn-out, les troubles musculosquelettiques… D’ailleurs, souvent les médecins du travail ont été les plus précocement sensibles à la prévention. Ils jouent un rôle important et sont sensibilisés.

La médecine prédictive remplacera-t-elle la médecine préventive ?

M.S. : La médecine prédictive est en route, notamment autour de la génomique. Plus on en saura sur les gènes, plus on avancera et plus on pourra définir des gens sensibles à certaines choses et on parlera de prédisposition génétique. Concernant l’intelligence artificielle, je suis pondéré. Il va se passer des choses mais c’est encore tôt. C’est l’avenir, il faut y croire, il faut le soutenir mais avant ça il y a beaucoup de choses à faire. Il faut rester les pieds sur terre. Et cela ne doit pas empêcher le changement de comportements. Car une fois que nous aurons des profils, des risques identifiés, on pourra affiner la prédiction personnelle et anticiper. Mais cette anticipation sera-t-elle suffisante pour que les gens changent leur comportement ? Je reste prudent…

  • Crédit photo : DR
Auteur article
Cécile Fratellini

rédactrice en chef adjointe d’Essentiel Santé Magazine, spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (handicap, prévention, maladies…)

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