Quelques précautions pour éviter d’atterrir aux urgences

Les accidents de la vie courante touchent chaque année en France 11 millions de personnes. Près de la moitié de ces accidents se terminent aux urgences, souvent pour un « accident bête », selon l’aveu même des intéressés. Le Dr Gérald Kierzek* nous livre ici son expérience d’urgentiste et quelques conseils préventifs.

Accidents de la vie courante

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’écrire un livre de conseils pour ne pas atterrir aux urgences ?

Depuis 10 ans, je travaille aux urgences, où je traite souvent des accidents totalement évitables. J’ai voulu partager avec un public plus large les conseils que je donne aux patients à la fin de la consultation afin de modifier leurs habitudes, d’intégrer des manières de procéder ou des réflexes sécurité qui ne prennent pas plus de temps… mais évitent de se retrouver aux urgences. Rappelons que 11 millions de personnes se blessent chaque année dans les accidents de la vie courante, ce qui conduit 4,5 millions d’entre elles aux urgences !

* Gérald Kierzek est anesthésiste, réanimateur et urgentiste à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris et expert auprès des tribunaux. Passionné de communication et de vulgarisation médicale, il est chroniqueur pour le « Magazine de la Santé » sur France 5 et « Le Grand 8 » sur D8.

 

Qu’est-ce qui génère le plus de blessures et de morts ?

Ce sont les chutes. Sur les 20 000 décès par an causés par des accidents de la vie courante en France, elles représentaient près de 9 800 morts en 2011.

Autre donnée : 80 % des victimes avaient plus de 75 ans. Pourquoi ? Beaucoup de séniors actifs ne tiennent pas compte de certaines déficiences dues à l’âge, comme la vue, l’équilibre, mais aussi les médicaments.

Il est essentiel de mettre des tapis antidérapants dans la salle de bains pour ne pas glisser, de ne pas laisser trainer des objets dans le couloir que l’on traverse la nuit sans allumer la lumière, pour aller aux toilettes.

Les nouvelles technologies sont aussi responsables de certaines chutes. Comme par exemple, envoyer des messages par le biais des smartphones ou des tablettes, en marchant ou dans un escalier, sans prendre le temps de s’arrêter et de se stabiliser. Autre exemple : un jeune qui écoute de la musique, dans la rue, avec son MP3, risque davantage d’avoir un accident, parce qu’il n’entend pas les véhicules et les autres dangers.

 

Les plaies et les coupures sont aussi à l’origine de nombreuses arrivées aux urgences

Il faut rappeler des messages de prévention tous simples, comme de tenir ou de placer ses couteaux dans le lave-vaisselle la pointe vers le bas. Si l’on trébuche dans la cuisine, cela peut éviter une plaie profonde à la main ou, plus grave, d’avoir un enfant blessé au thorax ou à l’abdomen. C’est un geste simple, mais qui limite les visites aux urgences.

Pour les plaies, il faut avoir les bons réflexes : pression sur la plaie pour atténuer l’hémorragie, en l’absence de corps étranger dans la plaie (verre, métal…), s’il n’y a pas de fracture ouverte et si elle est de petite taille (moins large que la main). Lavage de la plaie du milieu vers le bord extérieur pour ne pas amener de bactéries à l’intérieur, désinfection, vaccination antitétanos si elle n’est pas à jour.

 

La maison peut parfois être le lieu de tous les dangers, en particulier la cuisine

C’est dans la cuisine qu’ont lieu 15 % des accidents de la vie courante. Les objets coupants comme les couteaux en sont largement responsables, mais aussi les casseroles d’eau ou de lait, qui sont la première cause de brulures graves chez l’enfant, en particulier sur le visage, le thorax et les membres supérieurs. On ne répétera jamais assez qu’il faut tourner les manches de ces récipients pour ne pas que les jeunes enfants les attrapent.

 

À savoir : si l’huile de la friteuse prend feu, il ne faut surtout pas verser d’eau pour l’éteindre car cela provoque des projections d’huile bouillante et attise le feu, il faut l’étouffer avec un couvercle ou un linge humide (ou avec un extincteur spécifique).

 

Quels sont les risques liés aux loisirs ?

Quand on prend ses repas dehors, des insectes peuvent rentrer dans les canettes de boissons sucrées ouvertes ou tomber dans les verres remplis. Il faut donc vérifier, avant de les boire, qu’aucun hyménoptère – abeille, guêpe, bourdon, frelon – ne s’y est glissé, sous peine d’être piqué au fond de la gorge.

Autre point important, lorsque vous pratiquez un sport ou que vous bricolez, il faut impérativement penser à retirer votre alliance car elle peut rester coincée dans un outil ou un support et endommager votre doigt, jusqu’à nécessiter une amputation. Pour la pratique du deux-roues, motorisé ou non, il faut être équipé(e) de gants et de vêtements qui couvrent le corps car en cas de chute ils protègeront d’une brulure au troisième degré, qui laisserait des traces à vie…

 

Dans quels cas aller aux urgences ?

En cas de blessure et /ou de douleur importante, si vous hésitez, appelez le 15 qui vous permettra d’avoir le conseil d’un médecin sur la conduite à tenir. Il est tout à fait possible de traiter chez soi une plaie dont les bords peuvent être rapprochés par un pansement ou des strips**, mais il est préférable d’aller aux urgences pour la suturer si elle est profonde et afin de calmer la douleur.

« Dès qu’il y a une notion de gravité ou un potentiel évolutif, un trouble neurologique, une hémorragie qu’on ne parvient pas à arrêter, des douleurs abdominales ou thoraciques… il faut appeler le 15 qui décidera de l’envoi ou non d’une ambulance, explique le Docteur Gérald Kierzek. »

** Strips : sutures cutanées adhésives permettant de rapprocher les bords d’une plaie (souvent utilisées en complément des sutures par fils).

 

Pour en savoir plus

  • Corinne Renou Nativel
  • Crédit photo : ANPM / Nathanaël Mergui

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