Qu’est-ce que le takotsubo, le syndrome du cœur brisé ?

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Le takotsubo, ou syndrome du cœur brisé ou joyeux, touche neuf femmes pour un homme. Il est provoqué par une situation de stress aigu, après un événement dramatique ou heureux. Le cœur ne peut alors plus se contracter et assurer sa fonction de pompe. Le climat anxiogène lié au Covid-19 a fait augmenter le nombre de cas.

takotsubo

Le cœur a son burn-out. Les Japonais l’appellent le takotsubo (ou tako-tsubo). Ce qui veut dire « piège à poulpe », un pot de terre dans lequel l’animal marin se réfugie, pensant se protéger, et que l’on remonte à la surface. Ce pot ressemble à une amphore, forme que prend le cœur quand il se ballonne et ne remplit plus sa fonction de pompe sous l’effet d’un stress aigu, d’une émotion forte.

Le takotsubo a été identifié pour la première fois au Japon en 1991, d’où son nom. « C’est le syndrome du cœur brisé par un chagrin, un décès, une rupture amoureuse, un accident physique… C’est aussi, à l’inverse, le syndrome du cœur joyeux, provoqué par une demande en mariage, une naissance, un évènement heureux », évoque la professeure Claire Mounier-Véhier, cardiologue au CHU de Lille.

En effet, les émotions vécues intensément submergent le cœur au point de donner l’impression qu’il pourrait exploser. L’accumulation de stress conduit alors à une fragilité pouvant provoquer une sidération, une paralysie du muscle cardiaque.

Une libération massive des hormones du stress

Cette cardiomyopathie de stress a longtemps été prise à tort pour un infarctus. À la différence de ce dernier, elle n’est pas liée à une obstruction des artères coronaires. C’est ce qu’explique Claire Mounier-Véhier : « Le stress aigu déclenche une libération massive des hormones de stress, les catécholamines. Une partie du cœur, c’est-à-dire la pointe et les parois latérales, ne peut alors plus se contracter. »

Ces troubles du rythme ventriculaire peuvent engendrer des situations graves : embolie artérielle, arrêt cardiaque… « C’est pour cela qu’il y a une vraie urgence face à ce syndrome. Il faut appeler le 15 ou le 112 tout de suite », insiste la professeure de médecine vasculaire, à l’origine d’Agir pour le cœur des femmes, fond de dotations pour la prévention, l’éducation et la recherche cardio-vasculaire.

Le takotsubo touche neuf femmes pour un homme. Les artères des premières sont plus sensibles aux effets des catécholamines. Les femmes de 50 ans et plus, ménopausées, sont les plus exposées car elles ne sont plus protégées par leurs œstrogènes naturels*. « Ça arrive le plus souvent chez les personnes anxieuses, stressées de nature », ajoute la cardiologue.

Davantage de takotsubos durant le confinement

Les symptômes les plus fréquents observés dans le takotsubo sont l’essoufflement, les palpitations, le malaise vagal, une douleur brutale dans la poitrine qui irradie dans le bras, la mâchoire… Une étude américaine récente a fait état d’une recrudescence des cas depuis que le Covid-19 s’est installé dans nos quotidiens. « Il a été enregistré 4,57 % takotsubos de plus aux États-Unis durant la période de confinement. Pas étonnant en cette période anxiogène », rappelle Claire Mounier-Véhier.

Ce n’est pas Nathalie Tournez qui dira le contraire. Le 18 octobre 2020, cette professeure des écoles de 54 ans a cru ne plus jamais revoir les siens. Elle se lève avec une sensation de mal-être et de fièvre. En fin de journée, elle prend la route pour aller récupérer sa fille au travail. Irritable, angoissée, elle peste contre un tracteur qui ralentit sa course.

Nathalie est progressivement prise de nausées, de maux de tête, de douleurs épigastriques, d’une immense fatigue. Si bien qu’elle passe le volant à sa fille au retour. Cette dernière, inquiète devant l’état toujours plus alarmant de sa mère, appelle les pompiers. L’échocardiogramme et l’IRM cardiaque effectués à l’hôpital mettent en évidence une déformation du ventricule gauche et une hypokinésie** des parois du cœur de Nathalie.

Le takotsubo est réversible au bout de quelques jours ou semaines

Le diagnostic du takotsubo tombe. Nathalie en comprend l’origine : « J’ai été soumise à beaucoup de stress. Septembre et octobre ont été éprouvants en classe pour les élèves et pour les enseignants. Les conditions sanitaires ont apporté plus de travail et de fatigue. Parler avec un masque suffisamment fort pour couvrir le bruit, toute la journée, est épuisant. »

Et puis, il y a l’entrée dans la cinquantaine, douloureusement assumée. « On voit son corps qui change, ses parents qui vieillissent et ses enfants qui grandissent trop vite », confie la mère de famille. La perte de son chien, chéri pendant de longues années, vient ternir le tableau. Depuis son takotsubo, Nathalie est en arrêt de travail. Essaie de lâcher prise, de s’occuper d’elle. Suit un protocole de soins à base de médicaments, comme les bêtabloquants, et de la rééducation cardiaque.

Pris immédiatement, le takotsubo est réversible. Le cœur reprend sa forme et ses fonctions initiales au bout de quelques jours ou semaines. « On y parvient avec le traitement médical de l’insuffisance cardiaque, une rééducation cardio-vasculaire et un suivi cardiologique régulier », poursuit la professeure Claire Mounier-Véhier. Et de conclure : « Il est primordial d’adopter une bonne hygiène de vie, de connaître l’origine de son stress et comment le gérer pour éviter la récidive qui touche un patient sur dix ».

* L’œstrogène est une hormone présente chez la femme qui participe notamment à l’ovulation, l’activation et la production du lait maternel.

** L’hypokinésie ventriculaire est une diminution de l’amplitude des mouvements des ventricules cardiaques.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

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