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Santé mentale : comment soutenir les jeunes en souffrance ?

Bien que la majorité des jeunes se sente plutôt bien, l’adolescence reste une période de grands bouleversements, qui peut induire une souffrance morale parfois intense. Le point avec Aude Caria, directrice du Psycom, un organisme public d’information sur la santé mentale, partenaire de la Mutualité française.

Santé mentale comment soutenir les jeunes en souffrance

Selon l’Unicef, en 2014, 25 % des 15-25 ans ont présenté des troubles psychiques d’intensité variable. Et, d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la dépression est la première cause de maladie et le suicide la troisième cause de décès chez les 10-19 ans.

 

Comment expliquer de tels chiffres ?

Aude Caria. – Tout d’abord, oui, ces chiffres sont inquiétants, et cette tendance a d’ailleurs été confirmée par la dernière enquête de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) sur les jeunes de 13 à 18 ans, publiée en mars 2015. Celle-ci précise que les tentatives de suicide semblent même être plus fréquentes qu’auparavant et que la dépression touche désormais 12,2 % des adolescents, alors que, selon une précédente étude de l’INPES, ils étaient, en 2010, 8,5 % à être concernés. Evidemment, il faut être prudent lorsque l’on compare de tels chiffres, mais cela confirme bien que les jeunes ne sont pas à l’abri des problèmes de santé mentale.

L’adolescence est une période de changements et de doutes : il faut s’adapter à son nouveau corps, choisir une orientation professionnelle, découvrir sa sexualité, prendre son autonomie… Cette étape de transition peut profondément fragiliser certains jeunes et favoriser les conduites à risque comme la grande vitesse au volant, la mise en danger ou la consommation de substances illicites. Les ados ont besoin de liberté, mais aussi d’écoute, de soutien et parfois de soins. Il ne faut toutefois pas tomber dans la dramatisation : il y a également une très large majorité de jeunes qui vont bien. D’après l’Inserm, 50 % d’entre eux ont confiance en l’avenir et la plupart se sentent plutôt bien dans leurs relations avec leurs parents.

 

Quels sont les signes d’alerte qui doivent conduire à consulter ?

A.C. : Ce sont les mêmes que chez les adultes : isolement social, repli sur soi, violence envers soi-même ou les autres, idées noires, propos dévalorisants… Mais attention, la spécificité de l’adolescence, c’est qu’il s’agit aussi d’un âge où les jeunes ont beaucoup de ressources. Le malaise peut n’être que passager. Et c’est là toute la difficulté : comment savoir si ce mal-être révèle un trouble psychique, une dépression par exemple, ou s’il témoigne d’une simple crise d’adolescence ? Je dirais que l’essentiel, pour les parents, c’est de maintenir le dialogue, de garder une écoute la plus grande possible vis-à-vis des problèmes de l’enfant, en essayant de ne pas avoir de jugement. Il faut instaurer une atmosphère de bienveillance, même si l’on est très inquiet.

Après, si l’on voit que certains comportements perdurent, comme la consommation de cannabis ou d’alcool, un décrochage scolaire, des difficultés relationnelles, des discours incohérents, des idées étranges, des troubles alimentaires ou du sommeil ou encore des scarifications, il faut évidemment penser à consulter. C’est la répétition et l’accumulation de ces signes qui doivent alerter.

 

À qui peut-on s’adresser ?

A.C.  : L’enquête de l’Inserm montre que les jeunes se tournent d’abord vers l’entourage familial, leur mère en priorité. Les adolescents ne doivent pas hésiter à se confier, que ce soit à leurs parents ou à leurs amis. Il ne faut pas qu’ils restent seuls avec leurs problèmes. Ensuite, les familles peuvent s’adresser à leur médecin généraliste, qui oriente vers un psychologue ou un psychiatre si nécessaire. Il y a aussi de nombreuses ressources de proximité spécialement dédiées aux ados et à leurs parents : je pense aux maisons des adolescents (MDA) et aux points accueil écoute jeunes (Paej). Ces structures, au sein desquelles travaillent des psychologues et des éducateurs, aident à poser les problèmes et à dédramatiser.

Il y a également des lignes d’écoute téléphonique et d’orientation comme le Fil santé jeunes, dont le site propose notamment des espaces de discussion en ligne. Cela offre une liberté d’expression aux jeunes qui ne peuvent pas se confier chez eux. Enfin, il faut souligner le rôle des associations d’entraide comme le Phare enfants-parents, qui œuvre à la prévention du suicide et du mal-être chez les jeunes.

Santé Mentale Insertion

Pour en savoir plus

  • Delphine Delarue (Anpm)
  • Crédit photo : www.psychom.org (infographie)

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