Surdité de l’enfant : l’importance du dépistage

Les problèmes auditifs peuvent avoir d’importantes conséquences sur le développement de l’enfant. Il est essentiel de pratiquer très tôt un dépistage auditif afin de mettre en place, si besoin, la meilleure prise en charge possible.

Surdité de l’enfant : l’importance du dépistage

Selon une enquête menée par l’Ipsos, début 2013, plus d’un parent sur deux avoue méconnaitre les conséquences exactes de troubles de l’audition chez l’enfant et les symptômes qui doivent alerter.

Environ deux parents sur trois disent ignorer les moyens de dépistage et les soins existants.

« Le repérage est souvent tardif, note la Docteure Natalie Loundon, ORL responsable de l’unité d’audiophonologie de l’hôpital Necker-Enfants malades, à Paris. C’est quand un enfant ne développe pas un langage qu’on commence à s’inquiéter, vers 2 ans ou 2 ans et demi, alors que la surdité est souvent présente depuis la naissance. Les signes sont masqués : on met le retard de langage sur le compte de la jeunesse de l’enfant, de ses troubles du comportement, de son retrait. »

En France, un dépistage est organisé à différents âges de l’enfant : dès la naissance, à quelques mois, à 18 mois et à 5 ans. Le tout premier, le plus important, a fait l’objet d’une loi, mais les décrets d’application pour les budgets n’ont pas suivi. « On estime que seulement 40 % des nourrissons ont accès au dépistage en maternité », indique la spécialiste.

Il faut dire que cet examen est quelquefois difficile à réaliser en raison de la durée d’hospitalisation de plus en plus courte, après l’accouchement. De plus, des associations de personnes sourdes se sont opposées au principe même du dépistage, dénonçant une médicalisation de la surdité. Un combat pour le respect de leur identité représentée par le langage des signes.

 

Un risque familial

Un nouveau-né sur mille souffre d’une surdité permanente, c’est-à-dire qu’il ne guérira pas. Le chiffre double avec les surdités acquises ou liées aux otites. Les surdités sont de deux types :

  • de transmission, si elles concernent l’oreille externe, quand le son venant de l’extérieur n’est pas correctement transmis à l’oreille interne
  • de perception, lorsqu’elles résultent de cellules de l’oreille interne endommagées, ce qu’on ne sait pas guérir

Les antécédents familiaux constituent le premier facteur de risque pour une surdité congénitale. « Si une personne a présenté un trouble de l’audition, unilatéral ou bilatéral, quel que soit son degré, tous les autres membres de sa famille ont un risque de surdité », prévient la Docteure Loundon.

Autre facteur très important : une infection materno-fœtal par cytomégalovirus* qui peut provoquer des lésions chez le fœtus. Et une grossesse difficile, un enfant né grand prématuré, une réanimation, une jaunisse sévère ou une pathologie périnatale lourde, doivent systématiquement amener à demander un bilan de l’audition. La plupart des surdités de transmission sont liées aux otites séreuses à répétition (inflammation de l’oreille moyenne), favorisées par des allergies, ou un reflux gastro-oesophagien non traité, mais aussi par le tabagisme de l’entourage, la vie en collectivité et les carences en fer.

Un enfant atteint de surdité, allant de sévère à profonde, non dépistée, à un langage très pauvre, voire aucun langage. « Il vocalise, il crie, il s’exprime en montrant du doigt ce qu’il veut », explique la Docteure Loundon. Mais même avec une surdité légère ou moyenne, des troubles s’installent. « Souvent, l’enfant doit être suivi par un orthophoniste, poursuit-elle. Il entend de manière floue, partielle et imprécise, il construit donc sa parole de manière floue, partielle et imprécise. »

*Cytomégalovirus : virus à ADN du groupe herpès, qui entraîne l’augmentation de taille des lymphocytes (cellules sanguines).

 

Des difficultés scolaires

« L’enfant peut être dans une grande agitation ou se mettre en retrait, ajoute la spécialiste. Comme il entend de façon mitée, il lui faut beaucoup plus de concentration pour obtenir une information complète, ce qui peut entraîner des difficultés scolaires. » Dans tous ces cas, les parents doivent faire contrôler son audition.

De même, chez les petits, il est essentiel d’être vigilant à chaque stade de développement du langage. « Si un enfant ne parle pas à 18 mois, il faut se poser des questions, insiste le médecin. Il ne faut pas se dire que les garçons parlent plus tard ou que si un enfant a marché tôt, il parlera plus tard, car l’être humain est programmé pour faire les deux à la fois. »

Un dépistage précoce est important pour une prise en charge rapide afin que l’information auditive circule correctement au moment où le cerveau et le langage sont en pleine construction. Si le trouble auditif peut être soigné, un traitement médical ou chirurgical est mis en place. Dans le cas contraire, un appareil est posé. « Aujourd’hui on a les outils pour réhabiliter tout type de surdité », souligne la Docteure Loundon.

 

Les premiers tests à la maison

Dès que votre bébé a trois ou quatre mois, n’hésitez pas à réaliser de petits tests. Dans un environnement calme, quand il est bien éveillé, placez-vous devant lui pour l’observer, tandis qu’une autre personne, située derrière, pour ne pas stimuler sa vision, l’appelle ou agite un objet bruyant. L’enfant doit alors tourner sa tête vers la source sonore. A douze mois, en cachant ses lèvres pour ne pas qu’il y lise le mot, on peut lui demander de désigner ses chaussures, ou tout autre objet, d’abord d’une voix normale, puis en chuchotant.

 

Pour en savoir plus

  • Corinne Renou Nativel (pour l’ANPM)
  • Crédit photo : Mutualité Française / Gérard Monico

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