Syndrome du bébé secoué : quels sont les signes et comment l’éviter ?

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Secouer un bébé est un acte de maltraitance qui provoque de graves séquelles chez l’enfant. Ces secouements sont souvent effectués par des adultes exaspérés par les pleurs du bébé. En cas de difficulté, les personnes épuisées peuvent s’appuyer sur des conseils pratiques ou demander de l’aide.

Bébé secoué

Le traumatisme crânien non accidentel, aussi appelé syndrome du bébé secoué (SBS), fait des centaines de victimes chaque année. Il concerne principalement les nourrissons de moins de six mois. Cela survient lorsque l’enfant est tenu par le thorax ou par les bras et est secoué d’avant en arrière de manière répétée. La tête du bébé est particulièrement lourde par rapport à son corps et les muscles de son cou sont encore faibles. Sous l’effet de secouements violents, sa tête effectue alors des mouvements très rapides qui entraînent de graves dommages.

Cette situation ne relève pas d’un jeu ou d’un accident, mais bien d’une violence volontairement infligée à un enfant. Cela peut notamment engendrer une rupture des veines ponts, qui relient le cerveau à la paroi du crâne. Cette rupture va provoquer un hématome sous dural, un saignement dans les méninges. Le syndrome du bébé secoué peut également entraîner des hémorragies rétiniennes.

Si les victimes ne présentent pas forcément les mêmes signes cliniques, certaines manifestations peuvent néanmoins indiquer une potentielle maltraitance sur un bébé. Un changement immédiat du comportement de l’enfant doit alerter. Les malaises, les convulsions et les vomissements font partie des symptômes les plus courants. L’enfant peut aussi changer d’apparence, devenir pâle et mou, ou à l’inverse rigide, et présenter des difficultés respiratoires.

Une campagne nationale de prévention

Le gouvernement a lancé une campagne nationale de prévention autour du syndrome du bébé secoué. Cette sensibilisation s’appuie notamment sur la diffusion d’une vidéo qui rappelle que les secouements peuvent être fatals aux bébés. Des affiches et des dépliants seront également diffusés dans les institutions de santé pour informer sur les conséquences et présenter des conseils aux adultes en difficulté. Le gouvernement rappelle qu’en cas d’urgence, si un enfant est en danger, il faut appeler le 119, disponible 24h/24.

La plupart des bébés secoués développeront d’importantes séquelles

Le décès intervient dans plus d’un cas sur dix. Près de 75 % des enfants qui survivent garderont un handicap. Les séquelles dépendent de l’importance des lésions. Elles peuvent inclure des troubles – voire une perte totale – de la vision, des épilepsies sévères ou encore des hémiplégies.

Certains handicaps ne présentent aucun signe manifeste, mais sont pourtant bien présents. « Il ne suffit pas que les enfants récupèrent, il faut aussi qu’ils puissent continuer à se développer. Tout ce qui concerne les fonctions supérieures, fait partie de ce qu’on appelle le handicap invisible. Parfois, on a des enfants qui ont l’air d’aller bien, mais sur le long terme, on se rend compte qu’ils ont des pathologies évolutives », expose le Professeur Matthieu Vinchon, neurochirurgien pédiatrique au CHRU de Lille et vice-président de l’association Les Maux – Les Mots pour le dire.

Ainsi, beaucoup de séquelles ne se révéleront qu’au fur et à mesure de l’apprentissage. Les troubles intellectuels, cognitifs, moteurs, du langage ou encore du comportement peuvent apparaître jusqu’à l’adolescence. « A la naissance, le bébé dispose d’un stock de neurones. S’il y a une perte, il n’y a pas de reconstitution de ces neurones », explique le Dr Anne Laurent-Vannier, ancienne chef du pôle de rééducation de l’enfant aux hôpitaux de Saint-Maurice.

Des outils pour les parents exténués

La plupart du temps, ce type de violences survient lorsqu‘une personne ne parvient pas à garder son calme face aux cris de l’enfant. Médecins et associations insistent donc sur un message simple : rappeler qu’un bébé pleure, parfois même beaucoup. Sophie Decis est juriste à Enfance et Partage, association spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux enfants. « Quand un adulte secoue un bébé, cela renvoie à une grande frustration, une incapacité à comprendre ses pleurs. C’est un geste caché, que l’on commet quand on est seul avec l’enfant », indique-t-elle.

Avant d’en arriver à ce geste grave, il faut pouvoir admettre sa détresse. La ligne Allo Parents Bébé d’Enfance et Partage est dédiée aux personnes qui se sentent en difficulté. Ce numéro (0 800 00 3456) gratuit et anonyme permet aux parents d’exprimer leur désarroi et d’obtenir un soutien et une orientation vers des lieux d’accueil.

« Exprimer son exaspération, ce n’est pas la même chose que de passer à l’acte », précise Sophie Decis. « À partir du moment où les parents vont considérer les pleurs comme insupportables, il faut une conduite à tenir. Que faire ? Déposer le bébé sur le dos dans son lit calmement et quitter la pièce », conseille le Dr Laurent Boidin, médecin légiste au Centre Hospitalier Départemental de Vendée. Si on en a la possibilité, passer le relais à un autre adulte de confiance peut être salutaire. Diffuser cette information auprès des personnes à qui l’on confie son bébé, conjoint ou assistante maternelle, est aussi indispensable.

Bébés secoués : prévenir les récidives

Il faut souvent une dizaine d’épisodes de secouements avant qu’un diagnostic soit posé. Il apparaît donc primordial que les professionnels soient formés à détecter ces signes.

Le diagnostic est souvent émis avec du retard, alors même que certaines blessures auraient pu alerter. « Un enfant qui ne déambule pas encore et qui a une ecchymose sur la joue ou une fracture aurait dû attirer l’attention », avertit le Dr Laurent Boidin.

Selon le médecin, il est parfois difficile, en pratique, d’associer une image de maltraitance à certaines personnes. « On va évoquer le diagnostic, mais on va se dire que ce n’est pas possible que ces parents soient auteurs de violence. Il y a une dimension qui est un peu difficile à évaluer. C’est notre ressenti personnel et le déni que l’on peut avoir face à ces situations qui sont pourtant faciles à évaluer. »

  • Anaïs Daniel
  • Crédit photo : Getty Images

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