Témoignages : comment ils ont vaincu leur addiction à l’alcool

Ces hommes et ces femmes ont bu, beaucoup bu. Mais ils ont réussi à venir à bout de leur addiction. Ils nous racontent leurs parcours, qui sont autant de messages d’espoir.

Témoignages : comment ils ont vaincu leur addiction à l’alcool

Marc, 59 ans : « L’alcool était devenu mon remède »

« Cela fait plus de 18 ans que je n’ai pas bu une goutte d’alcool. 18 ans d’abstinence totale, définitive et heureuse. Je ne dis pas que cela a été simple. Mais quand je me remémore ma vie d’avant, je n’ai pas envie de revivre cela. J’étais descendu au fond du trou. J’ai développé d’autres pathologies à cause de l’alcool, j’étais un habitué des services de psychiatrie, j’ai fini par divorcer et j’ai même failli me retrouver à la rue…

Heureusement, j’ai pu rester proche de mon fils. C’est aussi pour lui que je me suis battu. J’ai décidé d’arrêter de boire un matin, en voyant mon visage dans le miroir de la salle de bains. Je n’ai pas reconnu celui que j’y voyais. Je me suis dit « c’est toi ça ? C’est ça que tu es devenu ? ». Et cela a été un déclic.

J’avais commencé à boire dès l’adolescence. J’ai beaucoup fait la fête. Plus tard, j’ai eu des problèmes au travail. L’alcool était devenu mon remède. Mais aujourd’hui, j’ai repris goût à la vie. J’ai pu récupérer mon ancien poste. Passionné d’histoire, je pars régulièrement en voyage et je réalise mes rêves. Tout cela, avant, ce n’était même pas envisageable. »

Marc Margelidon est président de la section du Bassin de Moulins de l’association La Croix Bleue.

Catherine, 62 ans : « Si je n’avais pas arrêté, je n’aurais pas connu mes petits-enfants »

« Ma vie était devenue un désastre incontrôlable et je ne pouvais pas m’empêcher de boire malgré ma honte et mes promesses. Désespérée, j’ai fini par me traîner à une réunion des Alcooliques Anonymes. Depuis, je n’ai plus touché une goutte d’alcool, je n’en ai plus envie… L’aide, l’écoute sans jugement et la compréhension de personnes « comme moi » (je me croyais la seule femme alcoolique, un monstre…) m’ont permis de retrouver la belle personne que je suis. Et si je n’avais pas arrêté de boire, il y a 10 ans, je n’aurais pas connu mes petits-enfants.

Toutefois, si je reprenais un verre d’alcool, demain, dans une semaine, dans un mois ou un an, je rechuterais. Alors je continue à aller régulièrement aux réunions, à essayer de m’améliorer et à aider les autres. Car cela a donné un sens à ma vie. »

Lectrice d’Essentiel Santé Magazine, elle nous a envoyé son témoignage.

Philippe, 62 ans : « Aujourd’hui, je me sens libéré ! »

« J’ai arrêté de boire le 7 juillet 2007. On n’oublie pas ce genre de date… C’est le jour où je suis entré pour la dernière fois dans un centre de cure. J’étais parti pour trois semaines et j’y suis resté trois mois. Il y avait eu d’autres tentatives avant, mais sans succès. Cela a été un long processus. C’est la même chose pour ma consommation d’alcool, il n’y a pas eu de déclencheur. Je l’ai simplement augmentée petit à petit, jusqu’à boire parfois deux litres de vodka par jour. Mais aujourd’hui, je me sens libéré !

Et je serai éternellement reconnaissant à ma femme et à mes deux enfants. Ils se rendaient bien compte que j’étais malade, cela les rendait même très malheureux, mais ils n’ont jamais cessé de me soutenir. Sans eux, je n’y serais sans doute pas arrivé.

À mon travail aussi, tout le monde savait. D’ailleurs, à mon retour, après ma dernière cure, mes collègues m’ont avoué que plus personne ne voulait travailler avec moi, car j’étais invivable. Peut-être que s’ils avaient osé me le dire, cela m’aurait fait réagir ? Mais ça, personne ne peut le savoir. »

Philippe Sayer est président de l’association Les Amis de la santé dans les Côtes-d’Armor.

Martine, 65 ans : « J’ai accepté l’idée que, seule, je n’y arriverais pas. »

« Je suis alcoolique, malade alcoolique, abstinente en alcool depuis 22 ans. J’ai bu entre 18 et 43 ans. L’alcool m’a aidée dans un premier temps, à tromper ma timidité, à exprimer mes émotions… Puis, avec les années, je suis descendue au fond du gouffre. J’ai perdu toute estime de moi-même. J’ai connu la dépression.

Ce n’est qu’à 38 ans que j’ai accepté de me faire aider. Par la médecine, d’abord. Cures, post-cures… J’ai beaucoup appris. Sur la maladie, mais aussi sur moi-même. Seulement, après, « dehors », je replongeais à plus ou moins long terme car je n’avais plus ma béquille pour affronter la vie. Et puis j’ai accepté l’idée que, seule, je n’y arriverais pas. Je me suis mise à fréquenter une association d’ancien.ne.s buveurs et buveuses. Semaine après semaine, j’ai appris à vivre heureuse sans alcool. J’ai aussi fait une psychothérapie.

Aujourd’hui, je fréquente toujours cette association et, à mon tour, j’apporte mon aide et mon soutien à ceux et celles qui ont le désir d’arrêter de boire. »

Lectrice du magazine, elle nous a envoyé son témoignage.

« La dépendance à l’alcool est une maladie »

Pr Michel Reynaud
Le Pr Michel Reynaud est psychiatre, addictologue et président du fonds Actions Addictions. Crédit DR.

« La consommation d’alcool a baissé en France ces dernières années. Mais elle reste l’une des plus élevées d’Europe. Chaque année, plus de 40 000 morts sont dues à l’alcool. Et quand il ne tue pas, il cause des dommages importants, en particulier chez les jeunes. Car plus on boit tôt, plus on risque d’abîmer son cerveau.

L’alcool est la plus dangereuse des drogues, et pourtant elle est licite. La réglementation n’est pas assez stricte, notamment sur internet où la publicité n’est pas contrôlée. Et il est important de rappeler que la dépendance à l’alcool est une maladie qu’il est possible de soigner. Ces témoignages le prouvent. »

 

Pour aller plus loin :

Deux tests pour faire le point sur sa propre consommation :

Des sites pour s’informer et se faire aider :

  • Angélique Pineau
  • Crédit photo : Freepik

3 commentaires pour cet article

    1. Martine

      Au contraire, J-C, le mois de janvier, symboliquement, est tout à fait adapté. Justement, parce qu’il nous faudrait sortir de nos têtes l’association fête/alcool. On peut très bien faire la fête sans alcool, et ce n’est pas triste pour autant !

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