5 questions sur les troubles bipolaires

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Cette pathologie psychique toucherait au moins une personne sur cent en France. Comment reconnaître les troubles bipolaires ? Les traiter ? Et vivre avec ?

Troubles bipolaires

Que sont les troubles bipolaires ?

Les troubles bipolaires sont des troubles de l’humeur. Ils sont caractérisés par au moins un épisode maniaque, souvent alterné avec des dépressions. « En phase de manie, la personne est exaltée, se sent pleine d’énergie, parfois toute-puissante. Elle ressent une accélération de son processus de pensée, avec un discours décousu et une logorrhée (flux de paroles très important). Elle fait des insomnies sans fatigue », explique le Dr David Masson, psychiatre à CURe Lorraine (Centre universitaire support de remédiation cognitive et rétablissement) au Centre Psychothérapique de Nancy. La manie diffère d’une simple euphorie par la persistance de ces signes sur plusieurs jours.

On distingue deux types de troubles bipolaires. Celui de type 1 se caractérise par des dépressions et au moins un épisode maniaque (hyperactivité, idées de grandeur, débit de parole accéléré, insomnies sans fatigue), celui de type 2, par des dépressions et au moins un épisode hypomaniaque. L’hypomanie engendre elle aussi une accélération des processus de pensée. « Mais la personne touchée se sent simplement très en forme », explique le psychiatre. Elle est donc plus difficile à repérer.

Pour certains médecins, il existerait même un type 3 où la maladie est provoquée par des antidépresseurs. Mais ce troisième type n’est pas reconnu dans le DSM – 5, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.

Il existe une prédisposition génétique aux troubles bipolaires. Ensuite, des événements de vie peuvent déclencher les premiers épisodes dépressifs ou maniaques.

Comment diagnostiquer les troubles bipolaires ?

Ils toucheraient entre 1 et 2,5 % de la population française, selon la Haute Autorité de santé (HAS). Il s’agit d’une estimation car cette pathologie est sous-évaluée. Beaucoup de personnes bipolaires sont d’abord diagnostiquées avec des dépressions à répétition et les épisodes maniaques ou hypomaniaques peuvent passer inaperçus. C’est pourtant sur leur existence que repose le diagnostic.

« Les patients souffrant de troubles bipolaires connaissent souvent une errance diagnostique – dix ans en moyenne – avant que leur pathologie soit reconnue », explique David Masson. Les psychiatres sont les plus à même de la diagnostiquer, mais le médecin traitant sera le premier interlocuteur en cas de doutes.

Repérer les épisodes de manie ou d’hypomanie peut prendre du temps. Il est pourtant crucial de diagnostiquer ces troubles, car cette maladie psychique est une de celles qui génèrent le plus de tentatives de suicide. La HAS estime qu’un malade sur deux en fera au cours de sa vie.

On peut trouver sur internet des quiz et tests autour des troubles bipolaires, comme celui de la fondation Fondamental. Attention cependant à ne pas s’auto-diagnostiquer. « Un médecin pose un diagnostic après analyse d’un ensemble de données. Donc s’il y a un doute ou une question suite à la passation d’un test, la règle est de consulter », souligne David Masson.

Comment traiter les troubles bipolaires ?

Les troubles bipolaires sont traités avec des médicaments, une psychothérapie et des règles d’hygiène de vie importantes. Le médicament de référence est le lithium, un régulateur de l’humeur. « Si le patient ne le supporte pas bien, on peut prescrire des antiépileptiques ou des antipsychotiques », ajoute David Masson.

S’y ajoute un suivi psychothérapeutique, notamment pour apprendre à gérer le stress et les émotions fortes qui peuvent provoquer des crises. Enfin, il est très important de veiller à conserver un bon rythme veille/sommeil et à faire de l’exercice physique pour éviter les rechutes.

Où et par qui se faire soigner pour des troubles bipolaires ?

Il faut en premier lieu se tourner vers son médecin traitant, pour éliminer tout autre problème de santé possible. Ensuite, un psychiatre pourra poser un diagnostic et proposer un traitement. Un psychologue (non-médecin N.D.L.R.), ne peut pas poser le diagnostic de trouble bipolaire mais il peut intervenir plus tard, dans le cadre de la psychothérapie. « Celle-ci est nécessaire pour une meilleure gestion du stress et des émotions, indispensable quand on souffre de troubles bipolaires », ajoute le Dr Masson.

Il existe en France des centres de référence qui proposent un suivi global avec des soignants spécialistes de cette pathologie. On peut citer :

Les associations de patients et de proches jouent un rôle de soutien important, par exemple :

  • Argos 2001 : accueil, groupes de parole, permanence téléphonique.
  • Unafam (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) : accueil, écoute, conseils, formations pour les proches.
  • Bipolarité France : association de patients experts qui conseille, informe et sensibilise sur cette pathologie.

Les troubles bipolaires touchent-ils les adolescents ?

Les adolescents peuvent être concernés par les troubles bipolaires. La maladie apparaît entre 15 et 25 ans, selon la Haute Autorité de santé (HAS). Il peut être difficile de la diagnostiquer au moment de l’adolescence où les variations d’humeur sont assez courantes. « La différence, c’est la persistance des symptômes dépressifs ou maniaques », rappelle David Masson.

Il faut être attentif aux changements de comportement brutaux chez l’adolescent. Et en cas de tentative de suicide, il est impératif de rechercher un trouble bipolaire, souligne la HAS.

Comment vivre avec des troubles bipolaires ?

Une fois cette maladie diagnostiquée, il est possible de mener une vie familiale et professionnelle avec des troubles bipolaires. Il est important que le patient soit partie prenante de son traitement avec son psychiatre. Le traitement médicamenteux et psychothérapeutique sera au long cours. « Mais certains patients arrivent à bien gérer sans médicament », précise le Dr David Masson.

On peut aussi demander un aménagement de son poste de travail (éviter les horaires décalés, par exemple).

Témoignage : « On peut avoir une vie normale et heureuse malgré un trouble de l’humeur »

Frédéric Grobost, 51 ans.

« À 31 ans, j’ai fait une grosse dépression. Mon médecin m’a prescrit un antidépresseur classique. Je me suis senti beaucoup mieux. Mais en fait, cela a déclenché ce qu’on appelle « un virage maniaque iatrogène (causé par un médicament, N.D.L.R.). » En me voyant dans un état anormal, mon médecin m’a référé à un professeur en psychiatrie. Celui-ci m’a expliqué avec tact les troubles bipolaires et m’a proposé un traitement thymorégulateur. J’y ai tout de suite adhéré.

J’ai beaucoup souffert de l’incompréhension de certains de mes proches qui me disaient : « Secoue-toi, tu as tout pour être heureux » quand j’étais en dépression. La stigmatisation est parfois plus dure que la maladie ! J’ai trouvé de l’aide – et des amis – auprès d’Argos 2001, une association de patients et de proches.

Le stress m’a causé beaucoup de soucis. Je me suis débrouillé comme je pouvais. Aujourd’hui, je m’estime rétabli grâce à plusieurs choses : un traitement médical adapté, ma participation à des groupes de parole (Argos 2001), une pratique sportive régulière et une vigilance à mon sommeil.
Ma vie affective est stable et heureuse. On peut avoir une vie normale et heureuse malgré un trouble de l’humeur ; cela s’appelle être rétabli et vivre avec une bonne santé mentale. »

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Pauline Hervé

journaliste spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (prévention, innovation et recherche, soins...)

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