À quoi sert un jardin thérapeutique ?

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Avec le sport sur ordonnance, on parle de l’activité physique comme d’un médicament. En va-t-il de même pour le jardin, et plus particulièrement pour le jardin thérapeutique ? À quoi et à qui sert-il ?

Une femme plantant des fleurs dans son petit jardin

Qu’est-ce qu’un jardin thérapeutique ?

En France, le premier jardin thérapeutique a été créé en 1997 dans un service de psychiatrie de l’hôpital de la Pitié-Salpétrière à Paris. Depuis, des dizaines ont vu le jour dans des hôpitaux, des EHPAD, des centres de détention, des instituts médico-éducatifs…

Il n’existe pas UN jardin thérapeutique, ils sont tous différents mais ils sont conçus avec des critères communs comme le confort et la sécurité (facilitée de déambulation, pas de plantes toxiques ou agressives sur le plan cutané, pas de pesticides…). « On doit y retrouver trois niveaux de végétation : les arbres, les arbustes et les herbacées, explique France Criou, médecin et paysagiste, conceptrice de jardins à l’hôpital. Ce qui est important c’est la biodiversité. C’est un jardin qui doit être vivant tout en alliant confort et sécurité ». Des espaces de convivialité mais également des espaces plus intimes y sont aménagés ainsi que des coins d’ombre et de soleil.

« Le jardin thérapeutique doit être beau et pas uniquement pratique. On voit encore trop de jardins ou le béton l’emporte sur les espaces verts. Il doit stimuler tous les sens et être familier, comme si c’était le nôtre. L’idée étant que les gens se l’approprient et que ça devienne le leur », précise Estelle Alquier, coprésidente de la Fédération française jardins, nature et santé.

Le jardin thérapeutique n’est pas un jardin paysager classique. Il doit s’inscrire dans le projet d’établissement et être réalisé avec l’implication de la direction, des soignants, des patients et des familles. « C’est un travail d’équipe pour garantir la pérennité du jardin et des activités. Le jardin doit répondre aux attentes des soignés et des soignants », ajoute Estelle Alquier.

À qui s’adresse le jardin thérapeutique ?

Même si le jardin thérapeutique est souvent présent dans des unités Alzheimer ou des services de psychiatrie, il s’adresse à tous : patients, soignants, famille… « Il n’y a pas besoin d’être malade pour bénéficier d’un jardin thérapeutique. Ce qui est important, c’est la relation à la nature et la relation au vivant. C’est la résonance au vivant qui va disposer les soignants à mieux prendre soin de leurs patients et les soignés à une meilleure réception des soins », précise France Criou.

Comment utilise-t-on le jardin thérapeutique pour soigner ?

Des séances d’hortithérapie ou « thérapie par le jardin » y sont organisées plusieurs fois par semaine afin d’éveiller les sens, de stimuler l’imagination, d’apaiser les patients et de les mettre en relation avec la nature. « Les activités varient en fonction des objectifs fixés pour les patients mais également en fonction des saisons, explique Estelle Alquier. Si on veut obtenir un apaisement, on proposera de faire des sachets de lavande récoltée auparavant. Si une personne bipolaire par exemple a besoin de se décharger, elle va désherber. Quelle que soit l’activité, le suivi et l’évaluation des patients sont nécessaires ».

Ces séances sont encadrées par des personnes formées à l’hortithérapie. Un DU Santé et jardins a même vu le jour cette année à Saint-Étienne, il s’agit du premier diplôme universitaire dans ce domaine.

Quels sont les bénéfices des jardins thérapeutiques ?

Les effets du jardin sont bénéfiques pour la santé. Roger Ulrich, un chercheur américain l’a démontré dans de nombreuses études : le lien avec la nature influence le rétablissement des patients mais également le bien-être des soignants. « Dans les unités Alzheimer, les personnes sont plus apaisées grâce au jardin, elles mangent et dorment mieux, ajoute Estelle Alquier. La fréquentation de la nature a des effets sur le système immunitaire, elle apaise la personne d’un point de vue psychique. Sans oublier l’aspect social. On met en relation des personnes qui n’auraient pas échangé à l’intérieur de l’établissement ».

Pour Estelle Alquier, il faut aller plus loin en facilitant de plus en plus l’accès à la nature dans les établissements de santé. « Si le résident d’un EHPAD peut recevoir sa famille dans le jardin, n’est-ce pas plus agréable qu’entre quatre murs ? Ses petits-enfants viendront sans doute le voir plus souvent. Et si les séances de kiné se faisaient dans le jardin plutôt qu’à l’intérieur ? La fréquentation de la nature, que ce soit dans un jardin thérapeutique ou par la présence de plantes vertes dans l’établissement et dans les chambres, constitue une thérapie non médicamenteuse capable notamment de diminuer la sensation de douleur, d’apaiser les tensions physiques et psychiques ».

Peut-on faire chez soi un « jardin santé » ?

Le jardin comme outil de santé n’est pas réservé aux hôpitaux. « Jardiner fait du bien par l’exercice physique mais également par la rencontre avec la plante et les éléments naturels, explique France Criou. Cela permet de réguler le stress et de récupérer de la fatigue mentale. En général, quand on arrive dans son jardin, on ne pense plus au reste. Et même le simple fait de végétaliser sa terrasse fait du bien. Si on n’en a pas, aménager un petit coin de son appartement avec un fauteuil et des plantes autour est bénéfique. C’est un lieu de ressourcement. Il est nécessaire de renouer avec la nature, les plantes et la biodiversité en général. Avoir un coin de verdure chez soi est une manière de prendre en charge une part de sa santé ».

  • Crédit photo : Adobe stock
Auteur article
Cécile Fratellini

rédactrice en chef adjointe d’Essentiel Santé Magazine, spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (handicap, prévention, maladies…)

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