De l’addiction à l’accompagnement : ce qu’il faut savoir sur le tabac

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Depuis 1987, la journée mondiale sans tabac a lieu tous les 31 mai. L’occasion de faire le point sur le suivi thérapeutique pour arrêter de fumer avec le docteur Nathalie Lajzerowicz, médecin généraliste et addictologue à l’hôpital du Bouscat à Bordeaux.

journée sans tabac

La journée sans tabac a été lancée par l’Organisation mondiale de la santé afin d’alerter sur les dangers de la cigarette et de lutter contre cette addiction qui fait plus de 8 millions de morts chaque année dans le monde. Les enquêtes annuelles menées en France montrent une réduction notable du tabagisme amorcée depuis 2016. Et ce grâce aux diverses mesures mises en œuvre : augmentations successives du prix du paquet, remboursement des traitements d’aide au sevrage…

Toutefois, comme le souligne le docteur Nathalie Lajzerowicz, médecin généraliste et addictologue à l’hôpital du Bouscat à Bordeaux : « On note une reprise de la consommation à 25,5 % en 2020, en grande partie due à la crise du Covid-19 et au stress provoqué par les confinements ». On ne sait pas encore si cette évolution s’est confirmée en 2021. « Les statistiques n’ont pas été diffusées pour l’instant. »

Le tabac, la plus forte des addictions

On parle le plus souvent des méfaits de la cigarette. Mais il ne faut pas oublier que d’autres produits comme le tabac à pipe, celui à rouler, à mâcher, à priser ou encore les cigares sont aussi nocifs. Douze millions de Français sont aux prises avec le tabac. « Il y a peu de tabacologues et d’addictologues au regard de cette population dépendante et les délais en consultation spécialisée sont souvent de plusieurs mois », reconnaît le docteur Nathalie Lajzerowicz.

Et d’ajouter : « Cependant, tous les professionnels de santé peuvent venir en aide aux personnes qui veulent engager une démarche pour arrêter de fumer ».  En effet, les infirmiers, les sages-femmes, les chirurgiens-dentistes comme les masseurs-kinésithérapeutes peuvent prescrire des substituts nicotiniques si cela est nécessaire.

Dans le livre qu’elle a récemment publié*, l’addictologue met en exergue les témoignages de patients qui parlent de leur ambivalence face à l’arrêt du tabac. Ce ressenti est particulièrement développé dans le domaine des addictions quelles qu’elles soient : alcool, cocaïne, sucre, écrans, achats compulsifs… « L’addiction au tabac est reconnue comme la plus forte de toutes et la plus difficile à quitter du fait de la rapidité de l’action de la fumée sur le cerveau et de la présence d’autres substances et d’addictifs majorant leur impact. »

Arrêter le tabac est un acte très difficile

Cette dépendance engendre des modifications cérébrales, réversibles toutefois, qui ancrent « le besoin impérieux de fumer ». Elles s’accroissent avec le temps. « Et progressivement, elles constituent la maladie addictive qui, idéalement, devra bénéficier d’un vrai accompagnement pour être soignée », reprend le médecin.

Une fois que l’on est pris dans les filets du tabac, on pense que l’on n’a pas la volonté de changer les choses. « En fait, ce qui manque, c’est le sentiment de capacité à le faire. On a la volonté de sortir du tabac mais on ne le peut pas », explique la tabacologue. C’est là que l’aide apportée par le médecin s’avère utile. « Nous allons déculpabiliser celui ou celle qui demande à être aidé et lui apporter des informations utiles pour saisir les mécanismes de l’addiction et retrouver la capacité d’agir. »

L’arrêt du tabac doit être progressif. « Le patient peut bénéficier d’un soutien thérapeutique via les substituts nicotiniques transdermiques et/ou oraux. » Le patch, par exemple, amène à réduire progressivement le nombre de cigarettes fumées en modifiant leur goût et les effets bénéfices perçus.

Un suivi à mener plusieurs mois après l’arrêt du tabac

La thérapie comportementale permet de gérer les pulsions à fumer par des actes simples : respirer profondément, boire un grand verre d’eau, pratiquer une activité physique… « On peut aussi modifier l’attrait du tabac en fumant sans faire autre chose en même temps ou en inhalant la fumée un peu plus fort, un peu plus vite pour créer un trop-plein », conseille le docteur Nathalie Lajzerowicz.

Les consultations avec le médecin traitant sont l’occasion de conforter l’assurance, la confiance en soi. « Il est utile de débriefer les progrès réalisés sans se mettre toutefois la pression. Et de continuer ce suivi plusieurs mois après l’arrêt, en espaçant les consultations au fil du temps ».

* Ma cigarette : pourquoi je t’aime, comment je te quitte, paru en mars 2022 aux Editions De Boeck Supérieur.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

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