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Quand les animaux aident à soigner

Quand les animaux aident à soigner

La médiation par l’animal a aujourd’hui sa place dans de nombreux établissements français : hôpitaux, centres spécialisés, maisons de retraite… La présence d’un animal comme auxiliaire de thérapie est un vrai « plus » pour de nombreux patients.

Vous ne regarderez plus votre compagnon à quatre pattes ou à plumes de la même manière. En Médor ou Kiki sommeille peut-être un soignant qui s’ignore. Les animaux : des aides à la guérison ? C’est sur ce constat, fait par le psychiatre américain Boris Levinson dans les années 60, que se base la médiation par l’animal, encore appelée zoothérapie. Cette pratique consiste à faire intervenir un animal sélectionné, entraîné, et surtout accompagné par un professionnel, auprès de personnes qui souffrent de certaines pathologies. Le rôle de l’animal : créer des réactions physiques, émotionnelles ou psychologiques, qui vont améliorer la condition de la personne.

 

Prendre soin de l’animal fait du bien

« Globalement, le principe est toujours de solliciter la personne à intervenir auprès de l’animal », précise Emmanuel Doumalin, directeur et fondateur de l’association Umanima. Cette association intervient dans tout l’Ouest de la France en médiation par l’animal. « L’intervenant spécialisé met en place des ateliers personnalisés avec des objectifs individuels adaptés aux participants, afin de travailler sur la mémoire, l’estime de soi, la motricité, le tonus, le temps de concentration… Bref sur la totalité des besoins de la personne, ajoute Emmanuel Doumalin.

Et c’est utile dans le cadre de bien des pathologies : dépression, sentiment de solitude dans les maisons de retraite, maladies d’Alzheimer ou apparentées, maladies psychiques, polyhandicap, traumatismes crâniens… Certains éducateurs spécialisés, intervenants d’Umanima et leur chien interviennent même en milieu carcéral pour libérer la parole et les émotions tues.

 

Moins de fugues, davantage de communication

La compagnie d’un animal est également très efficace au quotidien pour les enfants qui ont des troubles cognitifs ou souffrent d’autisme. Sacha, 5 ans, porteur de trisomie 21, vit depuis moins de deux mois avec un nouveau compagnon : Lobo, un golden retriever formé par l’association Handi’chiens pour être chien d’assistance et d’éveil.

« Dans la rue, les gens sont étonnés, sourit Eloïse, sa mère, ils ont tendance à croire que ces chiens à la cape bleue si reconnaissable sont réservés aux personnes non voyantes et en fauteuil ». Or Lobo est un chien d’assistance dit « d’éveil ». Son rôle est de stimuler et de rassurer au quotidien leur fils qui a parfois du mal à communiquer avec les autres.

Les résultats de la compagnie de l’animal sur le comportement de Sacha sont déjà évidents pour ses parents. L’enfant avait par exemple l’habitude de « fuguer » en courant lors des promenades. « Une grosse angoisse pour nous qui aimons nous balader », rappelle Eloïse. « Dorénavant, on sort le chien avec un « double harnais », tenu en laisse par Sacha et par nous. Et si Sacha est tenté de fuguer, Lobo est sa raison de revenir ! »

Autre changement : « A l’école, Sacha criait, avait du mal à être dans le groupe, poussait ses copains. Depuis quelques semaines, il fait des sourires, il accepte de jouer avec les autres enfants et il a appris aussi le concept de jouer « à tour de rôle » en lançant la balle à Lobo. Plus tard, d’ailleurs, son chien aura le droit de l’accompagner à l’école. »

 

Stimuler une mémoire défaillante

Pas besoin, au demeurant, d’un animal « prodige » ou formé comme les chiens de cette association pour créer une dynamique positive auprès de patients. Cheval, chèvre, âne, « il suffit que l’animal soit coopérant et fasse sens pour le patient, pour qu’une relation se crée. L’envie de faire avec et pour l’animal permet au participant d’être acteur des ateliers que nous proposons », rappelle Emmanuel Doumalin.

Ainsi, dans certains Ehpad (établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) sont proposées des séances de médiation animale en groupe avec les résidents. La Mutualité Française Lorraine a testé durant 5 ans des rendez-vous avec des golden retrievers, lapins béliers nains, cochons d’Inde…

Les effets sur les personnes âgées – beaucoup souffrant d’Alzheimer ou de maladies apparentées sont clairement positifs. La Mutualité Française Lorraine évoque une « réelle opportunité pour les résidents, comme pour l’établissement et ses équipes. » Nourrir l’animal, le caresser, ou même se souvenir des animaux que l’on a eus dans sa vie… sont autant de moyens de stimuler une mémoire défaillante ou des sensations oubliées. Des améliorations, notamment dans l’expression des émotions, ont été observées « au bout de six à huit semaines » à raison d’une seule séance par semaine, selon les soignants.

 

Un animal pour un peu plus d’humain

Alors pourquoi ne pas généraliser la présence des animaux dans les lieux de soin ou d’accueil ? C’est le pari fait par de plus en plus d’instituts médico-éducatifs (IME) ou de maisons de retraite. À La Salamandre, dans l’Aube, c’est Lalou, le « chien d’accompagnement social » formé, là encore, par Handi’chiens qui a fait sa place dans les couloirs de l’Ehpad. Au-delà du réconfort qu’il apporte aux résidents, les soignants eux aussi reconnaissent les bienfaits de sa présence, notamment pour apaiser les patients lors d’un soin difficile et même rétablir une relation plus individualisée entre soignant et soigné.

 

Pour en savoir plus

Association Umanima : l’association, basée à Rennes, est spécialisée dans la médiation par l’animal propose interventions et formations.

Fondation Adrienne et Pierre Sommer : la Fondation Sommer finance chaque année des actions initiées par des acteurs de terrain, avec un intérêt particulier pour les actions de médiation animale.

Handi’chiens : crée en 1989, l’association Handi’chiens éduque et remet gratuitement des chiens d’assistance à des personnes handicapées, des chiens dits “d’accompagnement social” à des établissements pour personnes dépendantes, ou encore des chiens d’alerte pour personnes épileptiques.

Association Agatea : basée à Colmar, Agatea propose des interventions ainsi que des formations en médiation par l’animal, notamment dans des Ehpad.

  • Pauline Hervé
  • Crédit photo : Wavebreakmedia/Getty images

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