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Anorexie : la comprendre et la reconnaître

L’anorexie est un trouble du comportement alimentaire, très souvent associée à d’autres problèmes psychologiques. Elle touche jusqu’à 1,5 % des Français, selon la Haute autorité de santé. Ce chiffre augmente régulièrement, en lien notamment avec le culte de la minceur extrême.

Anorexie : la comprendre et la reconnaître

Trouble du comportement alimentaire (TCA), comme la boulimie, l’anorexie se caractérise par une attitude qui vise à perdre volontairement le plus de poids possible. Une personne anorexique se restreint continuellement, sans montrer de limite. Elle a surtout une peur irrationnelle de prendre du poids. Et ce même si elle a déjà atteint une grande maigreur.

En France, malgré un manque de données précises regretté par la Haute autorité de santé, on estime que l’anorexie touche de 0,9 à 1,5 % de la population, soit presque 100 000 personnes. « Aujourd’hui l’anorexie est un fléau, alerte Pascale Zrihen, psychologue clinicienne et psychothérapeute spécialisée dans les TCA*. Ce trouble se développe de plus en plus, et touche majoritairement des adolescentes, des femmes, mais aussi maintenant des hommes (certes dans une proportion d’un pour neuf femmes) et des enfants prépubères de 8 ou 9 ans ».

*« Anorexie, boulimie. Explications et conseils pratiques pour mieux vivre le quotidien », Pascale Zrihen, éd. Dauphin.

 

Comparable à une addiction

L’anorexie ne doit être confondue ni avec une perte d’appétit, ni avec un long régime. « Souvent, l’événement déclencheur est une première diète, à l’adolescence, précise Pascale Zrihen. Si la jeune femme continue de chercher à perdre du poids et semble perdre pied, au lieu d’arrêter son régime et alors qu’elle a déjà maigri, c’est un signe d’anorexie ».

Ce comportement s’accompagne d’une déformation de l’image du corps, la « dysmorphophobie » : même maigre, l’anorexique se verra « grosse » dans le miroir. La mécanique de l’anorexie s’enclenche. Pascale Zrihen compare ce trouble à une addiction. « Plus la jeune femme maigrit, plus elle se sent bien ! Le corps secrète des endorphines, la sensation de faim finit par disparaître, et surtout la jeune femme ressent un sentiment de toute-puissance car elle pense avoir le contrôle total de son corps ». Ce trouble peut s’accompagner d’hyperactivité, d’une compulsion à faire du sport…

 

Facteurs multiples

Les causes de l’anorexie sont encore mal établies, mais une chose est certaine : les facteurs déclencheurs sont multiples. Parmi les facteurs de risque, détaille l’association Autrement, on retrouve un trouble du comportement alimentaire dans la famille, une tendance dépressive, ou de l’anxiété. La société contemporaine, qui valorise le contrôle du corps et met en avant des images de grande minceur, dans les magazines et sur les réseaux sociaux, joue certainement un rôle auprès de personnes fragilisées psychologiquement.

 

90 % des anorexiques sont des femmes

Il est possible de « soigner » l’anorexie, et on peut en guérir, mais c’est un chemin très long, qui doit commencer par la prise de conscience de la maladie. « Les premiers temps, la jeune femme (90 % des anorexiques sont des femmes, et dans 90 % des cas âgées de 15 à 25 ans) est dans un déni total, et sa famille aussi, explique Pascale Zrihen. Ses parents croient qu’elle fait un régime, elle le pense aussi. Elle se dit qu’elle veut se donner une petite marge en perdant un kilo de plus, puis encore un… » Se développent alors les obsessions corporelles et alimentaires : trier les aliments, en supprimer progressivement de son assiette, jusqu’à ne plus manger que quelques aliments triés sur le volet. Cette attitude entraîne un isolement, puisqu’il devient difficile de partager des repas.

 

L’alimentation est un symptôme

Une fois que le déclic s’est fait dans la tête de la patiente, et qu’elle accepte sa maladie, la prise en charge ne devrait pas se concentrer que sur le trouble alimentaire. « L’alimentation est la partie émergée de l’iceberg, souligne Pascale Zrihen, c’est un symptôme mais la personne a des problèmes plus profonds. À moins d’une urgence vitale, on ne va pas tout de suite s’attaquer à l’alimentation ». Le traitement repose sur une psychothérapie spécialisée. « On va interroger les questions affectives et émotionnelles, les éventuels traumatismes, et surtout beaucoup travailler l’estime de soi », décrit la thérapeute. Un diététicien spécialisé pourra ensuite mener une rééducation de l’alimentation : apprendre à remanger de tout, y compris des aliments qu’on a diabolisés.

Si l’anorexie devient chronique et s’installe jusqu’à l’âge adulte, les risques pour la santé sont nombreux (ostéoporose, dénutrition, et mortalité élevée). Mais plus l’anorexie est prise en charge tôt, plus les chances de guérison sont grandes. Et les complications ne sont pas une fatalité. Ainsi 50 % des malades d’anorexie prises en charge à l’adolescence guérissent sans séquelle alimentaire, ni comportementale, ni nutritionnelle, selon l’association Autrement et l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale).

 

En savoir plus :

Autrement, pour un autre regard sur son poids : L’association regroupe thérapeutes, soignantes, mais aussi familles et anciens malades. Basée à Dijon, elle propose des groupes de travail et de parole dans toute la France et a notamment une antenne en région Paca.

Fédération française anorexie boulimie : association qui regroupe des spécialistes du dépistage, du diagnostic, de la prise en charge, du traitement et de la recherche sur les troubles du comportement alimentaire, ainsi que des représentants des fédérations et associations de familles et d’usagers.

  • Pauline Hervé
  • Crédit photo : Getty Images

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