Arthrose : mieux la comprendre pour mieux vivre avec

L’arthrose touche près de 10 millions de Français et met les articulations à rude épreuve : genoux, hanches, doigts, chevilles… toutes peuvent être touchées. Et l’arthrose a un véritable impact sur la qualité de vie des personnes atteintes. Quels sont les symptômes de l’arthrose ? Quelles personnes sont les plus touchées ? Y a-t-il des traitements pour la combattre ?

Arthrose : mieux la comprendre pour mieux vivre avec

L’arthrose est la maladie articulaire la plus courante. « Il s’agit d’une maladie chronique qui détruit le cartilage et rend les articulations très douloureuses. Le cartilage, et plus largement l’articulation est petit à petit détruit. Pour y remédier, le corps lutte en produisant des tissus osseux supplémentaires (ostéophyte ou bec-de-perroquet) et, lors de poussée inflammatoire, du liquide synovial en abondance, ce qui peut faire gonfler les articulations », explique Laurent Grange, rhumatologue et président de l’association française antirhumatismale (AFLAR).

Les articulations les plus touchées sont la colonne cervicale (75 %) et la colonne lombaire (70 %). Ensuite viennent les doigts pour 60 % des patients de plus de 55 ans, on parle d’arthrose digitale, puis les genoux pour 40 %. Enfin, les chevilles et les hanches pour 10 % des personnes atteintes.

Les symptômes douloureux et invalidants de l’arthrose

La douleur et la raideur sont les deux principaux symptômes. Vous avez mal au cou quand vous tournez la tête en cas d’arthrose cervicale ou il devient difficile de monter les escaliers quand votre genou est touché. Et cette douleur est progressive. Au début, elle apparaît après un effort, puis disparaît ensuite. Elle peut aussi devenir invalidante.

La raideur elle, survient particulièrement après une longue période de repos. Il peut, par exemple, être compliqué ou impossible de plier votre genou au petit matin. Autant de symptômes gênants au quotidien. Le docteur Grange précise : « L’arthrose a des impacts forts sur la vie personnelle, sexuelle et professionnelle des patients. Elle provoque une gêne fonctionnelle, des douleurs, et le handicap s’installe. Il devient bien souvent difficile de faire des gestes simples de la vie quotidienne comme ouvrir un bocal en cas d’arthrose digitale ou se déplacer en cas d’arthrose des genoux, des hanches, des chevilles ».

Les facteurs de risque pour l’arthrose

L’arthrose touche principalement les personnes âgées : 65 % des plus de 65 ans et 80 % des plus de 80 ans. « Mais l’arthrose n’est pas encore considérée comme une vraie maladie, ni par la population, ni par les pouvoirs publics… On considère à tort qu’il s’agit du vieillissement inéluctable des articulations et qu’il n’y a rien à faire. Or on s’aperçoit que l’arthrose n’atteint pas uniquement les personnes âgées, même s’il ne faut pas se le cacher, les risques augmentent avec l’âge », explique Laurent Grange. D’autres facteurs de risque peuvent en effet, à tout âge, être la cause d’une arthrose précoce :

  • la sédentarité ou l’absence d’activité physique. Si vous ne bougez pas assez régulièrement vos articulations souffriront. Cela entraînera un surpoids qui augmentera la pression sur vos articulations, vos genoux notamment et vos doigts (la graisse produisant alors des petites molécules qui favorisent l’arthrose digitale) ;
  • des maladies telles que le diabète par exemple, sont liées à l’arthrose.
  • la pratique intensive de certains sports au niveau de compétition : le ski par exemple, à très haute intensité chez les jeunes ou avec un mauvais équipement ;
  • une fragilité due à d’anciennes blessures ou à une sollicitation excessive répétée, si vous portez quotidiennement des charges lourdes ;
  • l’hérédité, en particulier pour l’arthrose de la main et du genou ;
  • les défauts d’axe comme par exemple le genu valgun (appelé « genou à la Lucky luke », c’est-à-dire que les genoux dévient vers l’intérieur) ou les malformations de naissance comme la dysplasie de hanche (déformation de la hanche) favorisent des contraintes mécaniques fortes sur une zone de l’articulation.

Ces facteurs, parfois liés entre eux, peuvent entraîner d’autres problèmes de santé plus graves encore. « Avec l’arthrose, on le voit bien, c’est un cercle vicieux qui s’installe… Lorsque l’on est en surpoids, on risque de déclencher une arthrose. Lorsque qu’elle se déclenche, on bouge moins donc on prend davantage de poids. Et tout cela augmente les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète, et au final augmente la mortalité liée à l’arthrose » affirme le docteur Grange.

Le rôle d’une alimentation saine et équilibrée

On dit souvent que l’alimentation est la première des médecines et que l’équilibre alimentaire est la clé pour rester en bonne santé. S’il n’existe pas de recette miracle contre l’arthrose, adopter un régime sain et équilibré s’avère être efficace. « Du côté de l’alimentation, il n’y a pas d’ingrédient magique qui permet de guérir l’arthrose. En revanche, quand le surpoids est en cause, les repas équilibrés vont faciliter la perte de poids et soulager les genoux, précise le docteur Laurent Grange. Le seul régime que l’on conseille est le régime méditerranéen. Équilibré et sain, il apporte des anti-inflammatoires naturels utiles pour l’organisme ». Il est composé de poissons gras (sardines, saumon, maquereau) riches en oméga 3 et en antioxydants. Les huiles d’olive et de colza sont bienvenues dans les salades, et aident en cas d’inflammations causées par l’usure du cartilage. Le rhumatologue ajoute : « Le régime méditerranéen c’est aussi beaucoup de fruits et légumes qui apportent les vitamines et minéraux dont le corps a besoin. Il est riche en micronutriments, antioxydants et fibres alimentaires. »

Atténuer les douleurs quotidiennes de l’arthrose

Si la recherche poursuit ses avancées, aucun remède capable de retarder ou de stopper l’arthrose n’a été trouvé pour le moment. Il n’empêche qu’il convient de consulter un médecin généraliste, un rhumatologue, un médecin de rééducation ou un médecin du travail si vous souffrez de douleurs articulaires. « Le message disant qu’il n’existe aucun traitement pour soigner l’arthrose est faux ! En fait, il y a beaucoup de choses à faire. De petits moyens qui, pris les uns indépendamment des autres, ont une efficacité limitée, mais qui, ensemble, vont soulager le patient et surtout améliorer sa qualité de vie », explique le docteur Grange. Vous pouvez donc prévenir l’arthrose en adoptant quelques bons réflexes au quotidien :

Pratiquez régulièrement une activité physique. Marche à pied, gymnastique, natation, yoga, vélo, rameur… À raison de 20 minutes, trois fois par semaine, ou 6 000 pas par jour, cela oxygène vos articulations et renforce votre tonus musculaire.

Bon à savoir : En fonction du type d’arthrose, certains sports sont à éviter car ils sollicitent trop l’articulation atteinte. Par exemple, en cas d’arthrose de la hanche ou du genou, le football n’est pas conseillé. Mieux vaut dans tous les cas demander l’avis de votre médecin.

Perdez du poids. La surcharge pondérale accentue tous les symptômes de l’arthrose. C’est pourquoi rééquilibrer votre alimentation pour perdre du poids est indispensable.

Bon à savoir : Même une réduction de poids de 5 % peut réduire la douleur et la gêne ressenties. Quelques kilos peuvent faire la différence pour vos genoux.

Portez des chaussures confortables et évitez les talons hauts le plus souvent possible (ils favorisent l’arthrose de la rotule). En cas d’arthrose du genou, le médecin pourra vous prescrire des semelles plantaires pour mieux repartir le poids sur vos pieds.

La kinésithérapie est également recommandée en prévention et en rééducation. Les séances soulagent les contractions musculaires et corrigent les mauvaises postures. Elles réduisent progressivement les douleurs et permettent de travailler la souplesse des articulations.

Les cures thermales ont aussi fait leurs preuves d’efficacité. Elles sont recommandées en cas d’arthrose pendant 3 semaines, avec administration de soins physiques, et de programmes d’auto-exercices. Les curistes bénéficient ainsi de bains et d’applications de boues, d’exercices de mobilisation en piscine et de massages. Le rhumatologue précise : « La cure thermale, qui n’est pas une médecine douce car ses effets sont scientifiquement prouvés, est efficace sur le traitement de l’arthrose. Elle permet de diminuer la douleur, d’améliorer la mobilité, de réduire la prise d’antidouleur et de retrouver une vie de meilleure qualité dans l’année suivant la cure. » Elles peuvent d’ailleurs être prises en charge par l’Assurance maladie et votre mutuelle, contrairement aux médecines douces.

Enfin, il existe des aides techniques qui, utilisées au quotidien, permettront de vous soulager. « Les genouillères, les orthèses au niveau du pouce, les semelles absorbantes, les cannes… On peut aussi surélever la lunette des toilettes ou aménager sa salle de bains… Toutes ces aides techniques vont aider le patient à mieux vivre avec l’arthrose », ajoute Laurent Grange.

Des médicaments pour aider le corps à lutter

La plupart du temps, ce sont les antalgiques et/ou des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) qui sont prescrits pour soulager la douleur et réduire l’inflammation des articulations. « Attention, les antalgiques et anti-inflammatoires ne vont pas retarder la destruction du cartilage, et ne vont pas guérir le patient. Ils permettent d’aider le corps à lutter contre la douleur. Et il faut bien respecter la posologie du médecin. Il ne faut pas abuser de ces médicaments qui, pris trop longtemps et trop régulièrement peuvent avoir des effets secondaires, notamment sur le foie, les reins ou les intestins », explique le rhumatologue.

De plus en plus rarement, en cas d’arthrose de la hanche et/ou du genou, les anti-arthrosiques symptomatiques d’action lente (AASALs) comme le glucosamine ou la chondroïtine peuvent être utilisés sur le long cours. « Il existe aussi des gels anti-inflammatoires non stéroïdiens qui ont des effets sur la douleur, et les gels à base de capsaïcine (extraits de piment) en application locale. On peut aussi mettre en œuvre des infiltrations de cortisone en cas de poussée inflammatoire dans une articulation, et les injections d’acide hyaluronique soulagent en général durant une année. Certaines interventions peuvent aussi être envisagées pour retirer des débris de cartilage, on parle alors de lavage articulaire. Ce sont des traitements administrés au cas par cas et en fonction des patients », poursuit Laurent Grange.

La chirurgie : aussi bien pour prévenir que guérir l’arthrose

Quand l’arthrose devient invalidante, une opération chirurgicale peut être envisagée. Il est possible de faire de la chirurgie prothétique, c’est-à-dire mettre en place une prothèse de hanche ou de genou, qui viendra « remplacer » l’articulation malade.

On peut aussi recourir à la chirurgie dans une logique de prévention pour corriger un défaut d’axe de l’articulation qui pourrait entraîner de l’arthrose plus tard. « Attention, on opère uniquement lorsque la qualité de vie des patients est très altérée et que la douleur est très présente et peu supportable et non sur l’aspect des radiographies », indique le docteur Laurent Grange.

Les médecines douces qui mènent la vie dure à l’arthrose

Suivant la tendance du « naturel » recherchée par les Français aujourd’hui, telle que « le manger sainement » et la « cosmétique bio », les personnes souffrant d’arthrose se dirigent de plus en plus vers les médecines douces. Ces méthodes thérapeutiques naturelles, non-validées scientifiquement peuvent offrir à certains patients une meilleure qualité de vie et améliorer leur quotidien.

En voici quelques-unes :

  • l’ostéopathie pour soulager manuellement la douleur et l’inconfort et maintenir une certaine souplesse de l’articulation ;
  • l’acupuncture, avec une certaine efficacité sur l’arthrose de genou ;
  • la mésothérapie, qui consiste à effectuer des injections locales et très superficielles (sous la peau) avec de faibles doses de médicaments à l’endroit où le trouble ou la douleur sont ressentis ;
  • la phytothérapie, qui permet de traiter la douleur grâce aux plantes, mais attention, même les plantes peuvent être toxiques ou entraîner des interactions avec ses autres traitements.
    Laurent Grange précise : « En cas d’utilisation de plantes dans les traitements, mieux vaut en parler à son pharmacien ou à son médecin pour éviter le moindre problème ».

Pour en savoir plus

  • Rendez-vous sur le site de l’Association française de lutte antirhumatismale, la seule association de patients en France qui défend les patients atteints d’arthrose, d’ostéoporose. L’association est reconnue d’utilité publique depuis 1937.
  • Visitez le site stop-arthrose, qui vise à aider les patients pour mieux vivre avec l’arthrose et propose différentes fiches pratiques ;
  • Vous pouvez aussi vous procurer le livre du Docteur Laurent Grange, Stop à l’arthrose, aux éditions Solar. Un livre très pratique et grand public pour comprendre l’arthrose.
  • Lydie Eliashberg
  • Crédit photo : Getty Images

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