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Bien suivre son traitement pour éviter les complications

L'automédication : une négligence qui peut nuire à l’efficacité du traitement et expose le malade à des risques, et notamment des complications.

En France, une étude menée pendant un an, sur 170 000 personnes, par le Cercle de réflexion de l’industrie pharmaceutique (Crip et IMS-Health France), a montré que 9 milliards d’euros d’économies étaient réalisables si les patients suivaient davantage leur traitement médicamenteux. Mais cette étude a surtout confirmé que cette « non-observance » est aussi responsable de nombreuses complications.

 

Qu’est-ce que la non-observance ?

Un patient est considéré comme « non-observant » lorsqu’il suit son traitement à moins de 80 % de sa durée ou de ses doses prescrites. Par exemple, s’il arrête son traitement au bout de sept jours, alors que celui-ci était prescrit pour dix jours, ou s’il prend moins de huit comprimés sur la durée du traitement alors qu’il est supposé en avaler dix. En dessous de ce seuil de 80 %, l’efficacité du traitement est moindre, ce qui a des répercutions réelles sur la santé.

L’étude française s’est concentrée sur six pathologies chroniques qui représentent le quart des dépenses de médicaments : l’hypertension artérielle, l’asthme, le diabète de type 2 (non insulino-dépendant), l’ostéoporose, l’insuffisance cardiaque et l’hypercholestérolémie.

Les résultats montrent que seuls 40 % des patients en moyenne observent bien leur prescription. Le chiffre varie d’une maladie chronique à l’autre : plus d’un patient sur deux atteint d’ostéoporose suit bien son traitement, alors que seuls 13 % des asthmatiques se conforment à la prescription de leur traitement de fond (le traitement de la crise, à la demande, n’a pas été pris en compte).

 

Comment s’expliquent de telles variations ?

« La mauvaise observance est multifactorielle, précise Stéphane Sclison, directeur de la stratégie d’IMS-Health France et auteur de l’étude. Elle est liée à la pathologie, au vécu du patient et à la relation tissée avec le médecin. » Moins un malade est informé de sa pathologie et des complications éventuelles, plus il risque d’oublier son traitement.

Une diminution des prises n’est pas toujours corrélée à des symptômes immédiats, et un jeune asthmatique à qui l’on explique que prendre son traitement aujourd’hui évitera la dégradation de sa santé dans dix ans peut trouver cette échéance lointaine.

Les profils psychologiques des patients ont également un effet : « Certaines personnes se montrent sensibles à la stigmatisation que constitue le traitement, poursuit Stéphane Sclison. À chaque fois qu’elles prennent, par exemple, un traitement contre le diabète, cela leur rappelle qu’elles sont malades à vie, ce qui peut impliquer une réaction de déni. La non-observance peut aussi se baser sur des raisons très légitimes, si l’on n’est pas prévenu des effets indésirables ou s’ils sont insupportables. »

 

Quels sont les risques ?

Ne pas bien observer son traitement expose à des risques. « Le médecin peut modifier son traitement en le croyant inefficace ou augmenter les doses dans une escalade thérapeutique », souligne Stéphane Sclison. L’étude a distingué la complication la plus importante pour chaque pathologie : l’infarctus du myocarde pour l’hypercholestérolémie, la maladie coronarienne pour le diabète, l’accident cardiovasculaire (AVC) pour l’hypertension, la fracture pour l’ostéoporose, la crise nécessitant une hospitalisation d’urgence pour l’asthme et l’œdème pulmonaire pour l’insuffisance cardiaque. Pour la seule hypertension artérielle, la non-observance accroît le nombre d’AVC et suscite 4,4 milliards d’euros de dépenses qui pourraient être évitées.

Au-delà des chiffres, il y a bien sûr la douleur des patients qui deviennent hémiplégiques ou qui perdent l’usage de la parole. Pour ces six complications des pathologies étudiées, ce sont plus de 9 milliards d’euros qui pourraient être économisés chaque année avec un meilleur suivi des prescriptions.

Dans ce problème de santé publique, chacun détient une part de la solution. Les professionnels de santé doivent veiller à bien informer les patients de leur pathologie, des risques à terme et des bénéfices des traitements. Il revient aux patients d’accroître leur vigilance, mais aussi de questionner leur médecin et d’exprimer leurs difficultés avec un médicament, ses effets secondaires éventuels… Les industries pharmaceutiques doivent s’appliquer à proposer des traitements plus simples, aux prises moins nombreuses (les personnes en activité professionnelle suivent mieux leur prescription s’il n’y a pas de prise le midi).

« Sur cette question de l’observance, patients, professionnels de santé, industriels, payeurs publics et privés ont des intérêts convergents, conclut Stéphane Sclison, ce qui devrait conduire à une réelle amélioration de la situation. »

 

Témoignage

Asthmatique depuis la petite enfance, Hélène, 43 ans, avait largement espacé les prises de son traitement de fond, en dehors des crises. « Je souffrais depuis des années de crampes, désagréables dans la vie quotidienne et lors de mes entraînements de natation, mais qui me réveillaient aussi douloureusement en pleine nuit. Quand j’ai appris que mon traitement en était responsable – ce dont je n’avais pas été informée par le pneumologue –, j’ai commencé à moins le prendre. Je me sentais plus essoufflée, mais c’est une sensation à laquelle on s’habitue en étant asthmatique (inconsciemment, on module ses efforts) et, surtout, je n’avais plus ces crampes invalidantes. »

Lorsqu’elle consulte une allergologue pour envisager une désensibilisation, Hélène aborde la question et se voit proposer d’autres traitements de fond. « On a fini par trouver le bon. La différence est notable : je n’ai plus de crampes, ou très peu, et je peux à nouveau monter un escalier, courir ou nager sans être essoufflée. Je me sens gagnante sur tous les plans. »

 

Pour en savoir plus

  • Corinne Renou-Nativel (ANPM)
  • Crédit photo : www.photl.com

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