Comprendre les médecines complémentaires et alternatives

Une majorité de Français y ont recours. Pourtant, les médecines complémentaires ou alternatives peinent à acquérir un statut clair dans notre système de santé. Des cas de dérive sectaire, voire des drames attachés à certaines pratiques, entretiennent des oppositions entre les « pour » et les « contre ». Un ouvrage collectif tente d'apaiser le débat.

Comprendre les médecines complémentaires et alternatives

Ostéopathie, hypnose, activité physique adaptée, mais aussi méditation de pleine conscience, méthode Hamer de déprogrammation biologique, accompagnement spirituel, thérapie de conversion… l’univers des médecines complémentaires est infini et, surtout, peu défini car très hétérogène. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) en recense 400. C’est un minimum…

Certaines pratiques sont connectées à notre système de soins avec des médecins formés à l’ostéopathie ou à l’acupuncture. D’autres, à l’autre bout du prisme, se développent en opposition à la médecine conventionnelle, alors comment faire la part des choses ? Le livre Médecines complémentaires et alternatives, pour ou contre ? Regards croisés sur la médecine de demain et un premier colloque, organisé au ministère de la Santé à l’occasion de sa publication, tentent de poser les termes d’un débat apaisé.

Une certaine défiance envers la médecine conventionnelle

Le recours aux « MCA » (médecines complémentaires et alternatives) se développe au cœur d’une société occidentale en pleine mutation marquée par une quête de bien-être, un retour à la nature, un attrait pour le spirituel. Les MCA se déploient dans un contexte de valorisation des libertés individuelles, notamment en matière de soins. Mais également dans un climat de relative défiance vis-à-vis de la médecine conventionnelle. Soit parce qu’elle est en échec face à la guérison, soit parce qu’elle ne répond plus aux attentes de patients désireux d’être mieux considérés par les soignants et plus impliqués dans leur parcours de soins.

Les autorités sanitaires, elles, sont plus réticentes à reconnaître l’éventuelle utilité de ces nouvelles médecines. La décision du ministère de la Santé, en juillet 2019, de ne plus rembourser les traitements homéopathiques dès 2021 en est l’illustration la plus récente. Agnès Buzyn, ministre de la Santé, avait alors suivi l’avis de la Haute Autorité de santé qui avait conclu à « l’efficacité insuffisante » de ces traitements.

Devant ce contexte, Serge Guérin, sociologue et co-directeur de l’ouvrage, tente d’ouvrir une voie médiane : « Les médecines complémentaires et alternatives existent, c’est un fait. Elles interrogent notre société et nos modes de choix. L’honneur d’une société est de parvenir à accompagner des choix différents. »

Santé et dérives sectaires

La ligne de fracture entre les « pour » et les « contre » est double. D’une part, ses détracteurs reprochent aux médecines complémentaires de ne pouvoir avancer la preuve de leur efficacité. Et ses promoteurs avancent des centaines d’études et essais cliniques qui prouveraient le contraire, tout en soulignant l’inadaptation des critères conventionnels : un médicament cible un objectif précis, alors que les pratiques complémentaires contribuent souvent à un mieux-être. L’une des pistes évoquées serait de décloisonner les typologies d’études, pour le moment scindées entre les sciences médicales et les sciences humaines et sociales et de croiser les outils d’évaluation quantitatifs et qualitatifs.

D’autre part, des organismes officiels comme la Miviludés (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) s’alarment des cas de dérive sectaire. « Un tiers de l’activité de la Miviludés traite de la santé. Cela ne date pas d’aujourd’hui : dans le drame du Temple solaire*, la technique d’approche était la santé et son dirigeant était médecin », explique Samir Khalfaoui, conseil santé de la Miviludés, lors du colloque. Ce à quoi rétorque Antoine Bioy, professeur des universités et responsable scientifique du centre de formation et d’étude en hypnose Ipnosia : « Il y a autant d’affaires avec des analystes ou des sexologues. La question est celle de l’influence qu’un soignant peut avoir avec un patient dans une relation de soins et d’accompagnement. Il y a un besoin de formation des professionnels de santé sur ce sujet. »

* L’Ordre du Temple solaire est une secte dont les adeptes ont été assassinés ou poussés au suicide par son fondateur et médecin, Luc Jouret, dans les années 90, au Québec, en France et en Suisse.

Encadrer les formations

L’institutionnalisation des formations aux médecines complémentaires et alternatives est l’un des points d’appui pour une meilleure reconnaissance. Elle contribue à la validation de compétences et, par conséquent, à l’encadrement des pratiques. L’hypnose et l’acupuncture, notamment, disposent déjà de formations – dont certaines sont dispensées par les universités – qui donnent accès à des qualifications reconnues par les pouvoirs publics. Mais d’autres ne le sont pas, ce qui impose au patient d’être vigilant lorsqu’il décide de consulter. Et pour certaines pratiques alternatives, on peut s’auto-désigner praticien après des formations qui, parfois, n’excèdent pas trois semaines.

Sous un autre angle, la réforme des trois cycles d’étude de médecine, prévue d’ici deux ans, pourrait favoriser l’acculturation du corps médical aux nouvelles médecines puisque, « nous avons obtenu que les principes de la médecine intégrative devront être appris ainsi que les principales médecines complémentaires et alternatives », salue Julien Nizard, professeur en médecine au Collège universitaire de médecines intégratives et complémentaires (CUMIC), rattaché à l’université de Nantes.

Médecine intégrative ?

Le concept de médecine intégrative représente aussi un terrain favorable pour une conciliation entre les deux univers. Né aux États-Unis dans les années 90, il désigne une approche thérapeutique qui associe médecine conventionnelle et méthodes complémentaires. Deux exemples : l’acupuncture ou les massages dit « bien-être » peuvent accompagner une chimiothérapie dans le but d’atténuer certains effets secondaires.

L’activité physique adaptée, initialement dispensée auprès de personnes âgées, est aujourd’hui reconnue comme une pratique non médicamenteuse et intégrée à d’autres services de soins, par exemple en cancérologie. Les EHPAD disposant de PASA* proposent également une variété de thérapies non médicamenteuses (exemples : ateliers diététiques, groupe de parole…) et s’ouvrent dans le même temps aux médecines complémentaires (art-thérapie, qi gong…). Le traitement conventionnel se trouve alors conforté par l’apport de la pratique complémentaire.

Véronique Suissa, docteur en psychologie et co-initiatrice de l’ouvrage estime que, pour réduire la fracture des « pour » et des « contre », « il faut suivre cette dynamique du care [complémentaire du curatif, N.D.L.R.], car le patient s’oriente de plus en plus vers ces pratiques », tout en « soutenant la lutte contre les dérives en santé et la dénonciation des charlatanismes. »

* PASA : Pôles d’Activités et de Soins Adaptées

Pour en savoir plus :

Médecines complémentaires et alternatives, Pour ou contre ? Regards croisés sur la médecine de demain, sous la direction de Véronique Suissa, Serge Guérin, Dr Philippe Denormandie, éd. Michalon Éditeur, 2019.

  • Philippe Chibani-Jacquot
  • Crédit photo : Getty Images

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