Covid long : quels sont les symptômes ?

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Environ un tiers des personnes contaminées par le Covid-19 présente des symptômes persistants : essoufflements, troubles du sommeil, de la concentration, cœur qui s’emballe… C’est le cas des trente-cinq patients, dits Covid long, qui ont fait l’objet d’une étude conduite par le professeur Éric Guedj, chef du service de Médecine nucléaire à l’hôpital de la Timone à Marseille.

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Eric Guedj Les patients concernés par l’étude effectuée ont entre 22 et 77 ans. À l’origine, ces derniers ont développé un Covid-19 de forme plutôt légère à modérée, sans lésion résiduelle sur les scanners ou radios. Toutefois, les examens d’imagerie fonctionnelle effectués par le service de Médecine nucléaire de la Timone à Marseille confirment les lourds symptômes chroniques qu’ils ressentent. Le Professeur Éric Guedj revient sur ces résultats importants pour établir des pistes de traitement.

Il existe plusieurs profils de Covid long

Qu’entend-on par Covid long ?

Éric Guedj : La Haute autorité de santé a publié les critères de diagnostic du Covid long. Il s’agit de la persistance ou de la résurgence de symptômes au-delà de la 4e semaine après le début de l’infection au Covid-19, que les tests biologiques aient pu être réalisés ou non. En effet, beaucoup de patients, issus de la première vague, n’ont pas pu être déclarés positifs, faute de tests alors disponibles. Des études récentes estiment qu’environ un tiers des personnes contaminées par le Covid-19 développe un Covid long.

Il existe plusieurs profils de Covid long. Tout d’abord, les patients qui ont eu une forme grave de Covid-19 et qui souffrent de séquelles de complications de leur maladie. Le scanner permet par exemple de retrouver parfois des fibroses* pulmonaires. C’est alors identifié et on comprend de ce fait les symptômes.

Des patients avec des formes sévères peuvent aussi garder des séquelles de leur prise en charge en réanimation. On identifie ces lésions et ces séquelles sur les examens d’imagerie par scanners ou IRM. Et puis, il y a ce groupe de patients plus mystérieux qui constitue le sujet d’étude de notre dernier travail.

Ces patients n’ont pas ou peu de facteurs de comorbidité

Pourquoi dites-vous que ce sont des Covid long mystérieux et qu’avez-vous démontré ?

E. G. : Ces patients sont plus jeunes que les précédents. Leur moyenne d’âge est de 55 ans. Ils n’ont pas ou peu de facteurs de comorbidité et ont contracté à la base une forme légère à modérée de Covid-19. Ils gardent pourtant au long cours des symptômes dits subjectifs, des plaintes. Ce peut être des troubles de l’odorat et du goût, du sommeil, de la mémoire, de l’attention et de la concentration, des douleurs diffuses, un essoufflement et une immense fatigue. Or, ces patients ne présentent plus de lésions à l’imagerie standardqui permettraient d’expliquer leurs symptômes.

La cohorte observée dans notre étude comprenait 35 patients souffrant de Covid long. Ils ont été explorés en imagerie fonctionnelle pour comprendre la persistance de leurs symptômes. Les données relevées ont été comparées à celles de 44 sujets sains non infectés au Covid-19. On a identifié sur ces examens pet-scans** des anomalies du fonctionnement cérébral qui expliquent les troubles présentés par les patients.

L’importance de la rééducation pour récupérer

De quelles régions du cerveau parle-t-on et peut-on soigner ce dysfonctionnement ?

E. G. : Il s’agit d’abord des régions situées au-dessus du nez et impliquées dans l’olfaction qu’on appelle « bulbes olfactifs ». C’est déjà du tissu cérébral. Les régions connectées à ces bulbes vont dysfonctionner par ricochet : l’hippocampe (la mémoire), l’amygdale (les émotions), les voies de régulation de la respiration, celles de la douleur, la motricité… C’est comme un accident sur une autoroute. Les voies annexes sont impactées, avec des répercussions potentiellement très à distance, de nature fonctionnelle, et avec des ralentissements.

On parle de biomarqueurs avec des anomalies d’autant plus sévères que les symptômes le sont, et avec un Covid long qui aura tendance à durer plus longtemps. C’est important et encourageant de démontrer la réalité de la maladie mais aussi de pouvoir développer des pistes de traitement. Les médecins rééducateurs, les kinésithérapeutes ou encore les orthophonistes ont un rôle majeur à jouer auprès de ces patients. La récupération peut être longue mais devrait sans doute être accélérée avec cette rééducation compte tenu de la nature fonctionnelle des anomalies retrouvées.

Nous avons aussi constaté que les patients traités par irrigations nasales pour lever leur obstruction avaient, par la suite, moins d’anomalies olfactives et cérébrales. Il ne faut donc pas hésiter à pratiquer des lavages quand on est face à des cas d’engorgements nasaux.

*La fibrose est consécutive à la destruction substantielle des tissus ou lorsqu’une inflammation a lieu à un endroit où les tissus ne se régénèrent pas.

**Examen d’imagerie médicale qui permet de visualiser le fonctionnement des organes. Il est utilisé en particulier pour diagnostiquer diverses affections (cancers, problèmes cérébraux, cardiaques, etc.).

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

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