Gouttières d’alignement dentaire achetées sur internet : quels sont les risques ?

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Les offres publicitaires pour des gouttières d’alignement dentaire à bas prix se multiplient sur internet. Le port d'une gouttière nécessite pourtant la consultation d’un orthodontiste ou d’un chirurgien-dentiste. Se passer de l’avis d’un professionnel n’est pas sans danger.

gouttières dentaires

La gouttière d’alignement (ou aligneur dentaire) est un dispositif médical amovible et transparent qui intervient sur la dentition pour « corriger » le sourire. « La différence avec des « bagues » ou un appareil classique est qu’elle est à la fois plus esthétique et moins douloureuse, explique Emmanuelle Sharps, directrice nationale dentaire VYV3. Les traitements classiques ont tendance à blesser la joue, ce qui n’est pas le cas de la gouttière. » Autre point positif : l’autonomie. « La gouttière est facile à mettre et à enlever, ce qui offre un confort supplémentaire par rapport aux autres dispositifs », poursuit-elle.

Compte tenu de ses atouts, la gouttière d’alignement a été largement adoptée par les orthodontistes ces dernières années. Elle reste toutefois principalement proposée aux adultes : les professionnels considèrent souvent le traitement et l’entretien du dispositif trop complexes pour des patients plus jeunes : changement d’aligneur chaque semaine ou toutes les deux semaines, retrait de l’aligneur au moment du repas, etc.

Un frein majeur demeure néanmoins : son coût. « Il varie en général de 2500 à 5000 € selon la durée du traitement », précise Emmanuelle Sharps. Comme les traitements classiques, il n’est pas éligible à un remboursement par l’Assurance maladie pour les patients adultes. Seules certaines mutuelles proposent une prise en charge.

Comment les gouttières d’alignement à bas prix sont-elles apparues sur le marché ?

Les gouttières d’alignement ont été popularisées ces dernières années par de nombreux influenceurs qui affichent sur les réseaux sociaux leur sourire « parfait ». Cette mode a suscité un intérêt croissant et une demande exponentielle chez les patients. « Face à cette attente, certains fabricants ont décidé de s’adresser directement au grand public avec des produits bon marché, en court-circuitant les professionnels de santé », explique Emmanuelle Sharps. Sur les plateformes de vente en ligne, certains opérateurs proposent ainsi aux patients de recevoir chez eux un « kit d’empreintes » afin de réaliser eux-mêmes leurs empreintes. L’aligneur est fabriqué dans la foulée et envoyé au patient par courrier. Le tout pour moins de 50 euros par mois.

Pourquoi ces offres de gouttières à bas prix représentent-elles un danger ?

« Ces offres sont proposées sur le web sans diagnostic préalable, sans examen clinique ni radiographique, et sans suivi, pointe le Dr Gérard Motto, orthodontiste et président du Syndicat des spécialistes en orthodontie (SFSO). Or, quand on fait un traitement orthodontique qui suppose un déplacement dentaire, il est essentiel de prendre un certain nombre de précautions. S’assurer, d’abord, qu’il n’y a pas un terrain clinique qui contre-indique un traitement immédiat (présence de caries dentaires, kystes ou problèmes osseux). Prendre en compte, également, la présence de bridges ou d’implants, dont le moindre déplacement est interdit sous peine de les dégrader voire de les perdre. »

Selon le SFSO, un autre type de pratique a cours sur le web, tout aussi problématique : « des protocoles par correspondance avec l’intervention d’un chirurgien-dentiste. » Un rendez-vous en présentiel est bien programmé, qui vise à « réaliser un scanner de la dentition », note le syndicat. Mais « il n’y a pas, ensuite, de suivi par un professionnel de santé, des gouttières sont simplement envoyées au patient par voie postale. » Comme le rappelle le SFSO, les rendez-vous de suivi périodique sont pourtant indispensables, dans la mesure où ils permettent « d’ajuster, d’adapter, voire de modifier la thérapeutique en cours ».

Quel est le risque de réaligner des dents sans un plan de traitement et sans un suivi adapté ?

« Lorsqu’on déplace une dent, on crée nécessairement une inflammation autour de cette dent, souligne Emmanuelle Sharps, directrice nationale dentaire VYV3. Or, si ce déplacement dentaire est trop rapide ou mal contrôlé, il peut y avoir un impact dramatique sur l’os, sur la gencive et sur la dent elle-même, jusqu’au déchaussement dentaire. » Sans compter les conséquences possibles sur l’équilibre de la sphère « orofaciale » et ses différentes fonctions : la mastication, la déglutition, l’élocution, la posture de la langue, etc.

Ainsi, seul un professionnel de santé qualifié – chirurgien-dentiste ou orthodontiste spécialisé – est capable d’évaluer correctement les risques et de proposer un suivi adapté. « L’expertise apportée par nos années d’étude consiste justement à établir un plan de traitement personnalisé pour chaque patient, rappelle Emmanuelle Sharps. Quant à ces aligneurs vendus sur le web, au mieux, ils n’ont aucune action et sont totalement inefficaces, au pire, ils engendrent des dommages… ».

Pourquoi ce matériel est-il en vente libre en France ?

« Le phénomène étant relativement récent (et les remontées des patients encore limitées), toutes les dispositions n’ont pas été prises pour encadrer ces ventes, indique le Dr Gérard Motto, président du Syndicat des spécialistes en orthodontie. Mais nous craignons qu’il se passe la même chose qu’avec le blanchiment dentaire dont la pratique a été encadrée (avec une mise à l’écart des produits dangereux) lorsqu’on a commencé à constater des dégâts sur la santé bucco-dentaire des patients. »

C’est pourquoi le Syndicat des spécialistes en orthodontie a choisi de prendre les devants en alertant les autorités : la Direction générale de la santé (GDS), l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et la Caisse primaire d’assurance maladie. « Notre volonté a été de les informer sur la dangerosité de ces dispositifs et le coût à prévoir pour la société si des soins de « réparation » s’avèrent nécessaires à moyen terme », remarque l’orthodontiste.

Le SFSO a également lancé des procédures de mise en demeure adressées aux plateformes du web sur lesquelles les aligneurs sont vendus. Avec déjà des avancées. « Exemple avec Amazon, qui a répondu favorablement en retirant de la vente toutes les gouttières d’alignement, après qu’on leur a expliqué le danger que cela représentait », note le Dr Gérard Motto. Des initiatives dont le syndicat assure qu’elles pourront être suivies d’actions judiciaires « pour faire cesser les risques que ces dispositifs font courir aux patients ».

  • Émilie Gilmer
  • Crédit photo : Getty Images

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