Handicap : qu’est-ce que le sport adapté ?

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La Fédération française du sport adapté fête ses 50 ans. Elle propose aux personnes en situation de handicap mental et/ou psychique de prendre part à des activités physiques et sportives dans un cadre sécurisé. Au-delà des apports bénéfiques sur la santé, le sport adapté offre à ses pratiquants l’occasion de développer du lien social et de regagner en autonomie.

sport adapté

Les bienfaits d’une activité physique régulière ne sont plus à prouver, tant sur le plan physique que mental. Pourtant, une partie de la population souffre de sédentarité. Les personnes en situation de handicap mental ou psychique sont les premières à subir cette situation. Afin de favoriser leur accès à une discipline sportive, la Fédération française du sport adapté (FFSA) s’emploie à créer des environnements propices à l’accueil de ce public. 75 disciplines sont ainsi proposées à travers la France. Football, natation, athlétisme ou encore judo : les 1 300 clubs affiliés forment une offre étendue. Pour s’inscrire, il faut prendre contact auprès d’un club de sa région. Les personnes concernées sont celles qui sont prises en charge par un établissement sanitaire, médico-social ou psychiatrique. C’est le cas aussi des personnes qui ne sont pas en établissement mais qui présentent un handicap mental ou psychique affectant leurs compétences dans les domaines de l’autonomie, la communication, la socialisation et la motricité.

Les bienfaits du sport adapté

L’un des principaux intérêts de la pratique sportive réside dans la dynamique de groupe. « Le sport permet de sortir de l’isolement et de développer sa capacité à accepter de perdre. Il permet aussi de développer ses capacités physiques et cognitives (attention et mémoire) », analyse le Dr Catherine Fayollet, psychiatre, médecin du sport et médecin fédéral national.

Tandis que la relation aux autres permet au sportif de s’intégrer à la société, la confrontation à son propre corps l’aide à surmonter des difficultés. « Il s’agit souvent de personnes stigmatisées et le sport leur donne une vision valorisante d’eux-mêmes. En relevant des défis, ils regagnent de la confiance et aussi de l’autonomie », note Philippe Com, responsable haut niveau cyclisme et membre de la commission handicap psychique de la FFSA. Cette prise en charge s’inscrit « dans un continuum qui peut tendre à une autonomie générale comme avoir son propre appartement », poursuit-il. Moins angoissées, les personnes seraient alors plus affirmées dans leurs choix.

Sortir de la sédentarité via des programmes sur mesure

Ce cercle vertueux se prolonge jusque sur le terrain médical : le simple fait de bouger contribue à réduire les risques de développer du diabète, de l’obésité ou de l’hypertension. Or, comme le souligne le Dr Fayollet, « les personnes en situation de handicap ont une espérance de vie diminuée de 15 ans par rapport à la moyenne, faute de prévention. »

L’exercice physique a des effets sur les neurotransmetteurs tels que les endorphines, la sérotonine et la dopamine, qui sont impliqués dans la régulation de l’humeur. Cela offre parfois la possibilité d’alléger le traitement médicamenteux, notamment chez les personnes dépressives. L’activité physique pratiquée régulièrement tout au long de la vie a un effet de prévention et est désormais reconnue comme un traitement adjuvant des troubles psychiques. De son côté, Philippe Com remarque quelquefois une diminution de la prise des neuroleptiques chez des patients schizophrènes. Les représentants de la Fédération rappellent néanmoins que cela n’est possible que dans le cas d’une pratique intense et régulière. Bien souvent, le sport adapté consiste à reconditionner les personnes à la reprise d’exercices physiques et à une bonne hygiène de vie.

Si la Fédération du sport adapté comporte des pôles dédiés aux sportifs de haut niveau, nul besoin d’être un adepte de la performance pour commencer un sport. Les personnes les plus sédentaires peuvent se tourner vers une activité physique modérée.

Aurélie Charasse, coordinatrice du programme sport santé « Bouger avec le sport adapté » en définit l’objectif : « Ce public est très hétérogène : certaines personnes ont des pathologies associées, comme un handicap moteur ou une affection de longue durée. On a parfois affaire à des personnes qui se déplacent exclusivement en minibus. On les incite alors à une reprise en douceur de l’activité, par exemple via la marche ou le vélo pour les trajets. » Des référents sont disponibles dans chaque région pour accompagner les demandes des personnes dans le cadre du programme « Bouger avec le sport adapté ».

Préserver la sécurité des participants

La sécurité des sportifs représente un enjeu majeur du sport adapté. Les profils très variés des pratiquants requièrent des aménagements spécifiques. Dans le cadre du rugby, les tests généralement appliqués pour les suspicions de commotion cérébrale ne conviennent pas aux personnes porteuses de trisomie 21.

De la même manière, les caractéristiques comportementales sont à prendre en compte pour ne négliger aucune blessure. « Les modes d’expression de la douleur peuvent être différents. Il arrive que la personne avec un handicap psychique n’exprime aucune plainte ou l’exprime autrement : agressivité, symptômes hallucinatoires… », illustre le Dr Fayollet.

L’observation et l’attention exigées obligent à un fonctionnement par petits groupes. « C’est une force mais aussi une exigence en termes de moyens humains. À l’échelle nationale, il y a un besoin de professionnels formés », signale Aurélie Charasse. Pour contrer ce manque, la FFSA prévoit ses propres parcours destinés à former moniteurs, entraîneurs et éducateurs.

Ses représentants s’accordent sur les efforts énormes fournis au cours des dernières années en France pour favoriser l’inclusion des personnes en situation de handicap. Mais ils estiment que beaucoup reste à faire auprès de ce public. Philippe Com le résume : « L’accès au sport paraît évident mais il ne l’est pas encore pour tous. Il faut qu’il soit reconnu comme une dimension primordiale pour chaque citoyen. »

  • Anaïs Daniel
  • Crédit photo : Getty Images

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