Immersion au sein du centre de traitement de la douleur de Montpellier

Les douleurs chroniques touchent 20 % de la population. 1 500 personnes sont hospitalisées chaque année au département douleur du CHU de Montpellier, pionnier du genre.

centre de traitement de la douleur de Montpellier

Michèle Cornier, 76 ans, se déplace à l’aide d’une canne. Longtemps, la morphine a été sa béquille. « J’étais une douleur ambulante », confie celle dont la vie a été ponctuée de lumbagos, hernie discale et sciatique. Les hospitalisations, les opérations n’ont pas soulagé ses douleurs violentes et chroniques. Jusqu’à ce qu’elle soit prise en charge par le département d’évaluation et de traitement de la douleur du CHU de Montpellier, qui fête ses quarante ans cette année. « On nous regardait avec scepticisme car on se positionnait là où toutes les autres disciplines avaient échoué », observe le médecin spécialisé dans la prise en charge de la douleur, l’algologue Patrick Giniès. « À l’époque, on croyait expliquer tout par la biochimie et la biologie. Avec le centre de Strasbourg, puis celui de Paris, nous avons été des précurseurs dans notre façon d’aborder la douleur », poursuit le responsable du centre montpelliérain. Pourtant, il y a 300 ans, François Boissier de Sauvage, médecin et botaniste gardois, disait déjà que la douleur chronique était une maladie « à traiter spécifiquement, au-delà de la gangrène et de la colique néphrétique ».

Qu’est-ce qu’une douleur chronique ?

La douleur chronique est une douleur qui persiste ou récidive pendant plus de trois mois. Elle peut être due à des maladies chroniques (cancer, diabète…), des traumatismes (ligament déchiré, hernie discale…), des syndromes douloureux primaires (fibromyalgie, douleur neuropathique…).

Une approche de la douleur personnalisée

20 % de la population française souffrent de douleurs aiguës ou chroniques. Tous les ans, 1 500 personnes sont hospitalisées au sein du département de la douleur du CHU de Montpellier. Plusieurs types de pathologies y sont traitées : fibromyalgie, douleurs neuropathiques, céphalées résistantes… « La douleur exprime un malaise, un déséquilibre de fonctionnement et n’est pas liée à la gravité de l’état de santé du malade », souligne Patrick Giniès. « À la suite d’un cancer, par exemple, vous pouvez avoir des séquelles neuropathiques, c’est-à-dire une mémoire de la douleur dans les nerfs ». L’approche pratiquée tient compte des particularités de chacun. « Elle est anthropologique, empathique, humaine ». La gestion globale de la douleur est un facteur de raccourcissement de la durée de séjour d’hospitalisation. Elle permet un bon usage du système de soins, qui induit notamment la fin d’arrêts maladie coûteux, d’interventions à répétition, de surmédication. « Les économies sont avérées. Nous devons donc pérenniser les centres de traitement de la douleur », reconnaît Thomas Le Ludec, directeur général du CHU de Montpellier.

Travailler avec le patient à construire un traitement

Le regard bienveillant porté sur le patient est multiple, ne serait-ce que par la spécificité des quinze professionnels qui composent l’équipe soignante du département de la douleur : algologues, psychiatre, rhumatologue, neurologue, gastroentérologue, anesthésiste, psychosomaticienne, infirmiers… Le traitement pratiqué va réveiller chez le patient les phénomènes antidouleur qu’il a oublié de faire fonctionner « pour des raisons complexes d’histoire de vie, parfois sur des générations. Les émotions ont parasité les systèmes automatiques de contrôle de la douleur », commente Patrick Giniès. « Au regard d’un vécu personnel, la douleur est compliquée à supprimer. C’est comme si on disait : ‘‘Il existe un médicament pour tomber amoureux’’. C’est idiot ». L’équipe travaille avec le malade pour instaurer un protocole de soins. Chaque prise en charge est unique et sa durée va varier d’un patient à l’autre. « Les médicaments sont un outil. La relaxation, l’hypnose aussi. La musicothérapie, la sophrologie ou encore le photolangage, des compléments qui vont aider le patient à trouver sa voie. Il va fabriquer ses propres armes antidouleurs », insiste l’algologue.

Adopter une autre philosophie de vie

C’est à quoi s’est employée Michèle Cornier. « J’ai adapté une forme de méditation. Quand la douleur est trop vive, je prends un livre qui me captive ou je fais des mots croisés très compliqués. Mon centre d’intérêt est alors dévié. La douleur est toujours présente mais passe au second plan ». Michèle a adopté une autre philosophie de vie. « J’ai rendu mon histoire positive. Je témoigne de mon parcours auprès du corps médical, des étudiants. J’essaie d’aider ceux qui souffrent. J’ai mal mais je refuse de me laisser dévorer par la douleur ». Ses visites au département de la douleur du CHU de Montpellier se sont espacées en 30 ans de prise en charge. Elle ne s’y rend plus que tous les trois mois. Sa reconnaissance envers l’équipe qui l’accompagne est intacte. Les soins, l’écoute prodigués l’ont, assure-t-elle, « sauvée ».

Légende de la photo : Patrick Giniès, médecin spécialisé dans la prise en charge de la douleur (au second plan) souligne que « la douleur exprime un malaise ».

  • Crédit photo : Gabrielle Voinot
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

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