L’EMDR : une thérapie pour guérir les traumatismes

mis en ligne le : 07/12/2021 - mis à jour le :

Des événements de vie traumatiques ou stressants peuvent entraîner des séquelles qui rendent la vie difficilement gérable : angoisses, dépression, addictions, maladies… En faisant appel aux mouvements oculaires, mais aussi au son et au toucher, la psychothérapie EMDR débloque les souvenirs négatifs et aide le cerveau à réactiver son système de guérison.

EMDR

EMDR est l’acronyme de Eye Movement Desensitization and Reprocessing. En français : désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires. Cette thérapie a été découverte par hasard en 1987 par Francine Shapiro, une psychologue américaine qui étudiait alors les effets du stress. Elle remarqua que certaines pensées désagréables disparaissaient soudainement grâce aux mouvements involontaires de ses yeux, puis revenaient de manière plus supportable, alors qu’elle n’avait rien fait pour cela. En imitant volontairement ce mouvement des yeux, le résultat était le même.

Des tests menés sur ses proches confirment que les mouvements oculaires ont un effet sur les états émotionnels, et qu’ils diminuent la peur et l’anxiété découlant d’un traumatisme.

Elle conçoit alors la thérapie de l’EMDR qui permet de guérir et soigner les traumatismes et séquelles, en stimulant ce phénomène naturel.

L’EMDR : une thérapie étudiée et reconnue

L’EMDR est une découverte importante en psychothérapie dont l’efficacité est scientifiquement prouvée. De nombreuses études scientifiques dans le monde l’ont validée, principalement pour le trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Elle est recommandée notamment par la Haute Autorité de Santé depuis 2007, pour les troubles de stress post-traumatique et les comorbidités souvent associées (dépression, risque de suicide, dépendance vis-à-vis de drogues ou de l’alcool, etc.).

L’Organisation Mondiale de la Santé préconise également l’EMDR depuis 2013 pour les traitements des troubles psycho-traumatiques comme traitement de première intention pour les enfants et les adultes. Comme toute thérapie, certains patients s’y retrouveront et d’autres pas. L’EMDR est un traitement efficace surtout pour des souvenirs traumatiques et des pathologies qui leur sont reliées.

Cependant, elle ne peut pas tout soigner : elle ne permet pas de traiter la schizophrénie, ni les démences. En revanche, chez un patient stabilisé par un traitement psychiatrique approprié, l’EMDR peut parfois aider comme traitement d’appoint, pour soulager une partie des symptômes qui seraient liés à un traumatisme émotionnel, ou pour réduire la fréquence des rechutes liées au stress (source : Association EMDR France).

Témoignage : Mathilde, 30 ans, a bénéficié de l’EMDR

« Suite à une rupture amoureuse, j’ai eu des crises d’angoisse. Je ne savais pas pourquoi elles se déclenchaient dans certaines situations, ni comment faire pour qu’elles disparaissent. L’EMDR m’a permis de revenir aux origines de ces crises.

J’ai revécu des souvenirs d’enfance et j’ai compris que j’avais un problème d’attachement de l’enfance, dû à la séparation avec ma mère. Aujourd’hui, je me sens beaucoup plus en sécurité, en moi et dans mes relations amoureuses, sans me perdre dans l’autre. »

Qu’est-ce que le trouble de stress post-traumatique (TSPT) ?

Quand des expériences inquiétantes ou violentes se produisent (accident, deuil, agression problèmes familiaux ou professionnels, attentat…), il arrive qu’elles restent stockées dans le système nerveux sans être traitées par le cerveau. Les émotions négatives ressenties (peur, douleur…) se retrouvent donc « emprisonnées », ainsi que toutes les images, bruits et pensées qui les accompagnaient au moment de l’événement traumatique.

« Elles peuvent alors être réactivées par une ambiance (la nuit, la pluie), une odeur, une image ou un son qui rappellent cet événement » explique Sophie Le Quillec Obin, psychothérapeute, superviseuse EMDR Europe*. De nombreux effets négatifs sont susceptibles d’apparaître tels que des cauchemars, de l’anxiété, une dépression, des troubles du sommeil, ou des problèmes digestifs par exemple. On les appelle les « troubles de stress post-traumatiques ».

*EMDR France dépend d’EMDR Europe qui elle-même dépend d’EMDR International. Les membres titulaires de chaque association nationale d’EMDR reconnue font partie d’EMDR Europe. En France, il s’agit de l’Association EMDR France.

Comment l’EMDR permet-elle de faire face à ces troubles ?

La thérapie EMDR « débloque » les souvenirs négatifs stockés dans le système nerveux, puis aide le cerveau à traiter l’expérience pour qu’elle soit « digérée ». Pour parvenir à ce résultat, l’EMDR utilise les stimulations bilatérales alternées. Elles peuvent être oculaires, sonores ou tactiles.

Parmi les exercices emblématiques de cette thérapie, citons par exemple le fait de suivre des yeux les doigts du thérapeute de droite à gauche, d’écouter un son dans un casque, à droite puis à gauche, ou de tapoter alternativement les genoux ou le dos des mains du patient. Cette méthode active un processus psychique qui correspond à l’action naturelle du cerveau lorsqu’il ne se bloque pas. « Les stimulations tactiles et sonores sont particulièrement efficaces sur les enfants », relève Hélène Bigot, psychothérapeute. Comme le cas de ce petit garçon de 14 mois, raconté par Francine Shapiro dans son livre*, qui s’était réveillé en pleine opération chirurgicale. Traumatisé, il souffrait de terribles terreurs nocturnes. Ces stimulations lui ont permis de libérer ces souvenirs traumatisants.

« Le fait de retraiter les événements traumatiques favorise la réémergence des souvenirs positifs », complète Sophie Le Quillec Obin. « Une personne souffrant d’un deuil pathologique par exemple ne se souvient que des événements douloureux (la maladie, la douleur…), et ces souvenirs la maintiennent dans des émotions négatives. Quand on retraite cet événement, le patient retraverse les moments douloureux puis peut se reconnecter avec les bons souvenirs d’avant la maladie, et retrouver une belle image du disparu. Le deuil peut alors se faire. On peut soigner ainsi des séquelles post-traumatiques, même de nombreuses années après. »

*Des yeux pour guérir de Francine Shapiro et Margot Silk Forrest. Ed Seuil

Quel est le déroulement d’une thérapie EMDR ?

Elle débute systématiquement par une phase où est évoquée l’histoire du patient, en recherchant les causes des symptômes actuels dans le passé. Il est ensuite préparé au traitement des souvenirs à cibler, en le sécurisant. Sa demande est précisée, ses zones de fragilités sont identifiées. Comme le souligne Sophie Le Quillec Obin : « On ne traverse pas le désert sans savoir a minima où l’on met les pieds et sans l’indispensable kit eau-nourriture-trousse de sécurité ».

Les souvenirs perturbants sont ensuite retraités un à un, au fil des séances, qui durent en moyenne une heure à une heure trente. Le thérapeute pratique des séries de stimulations bilatérales alternées rapides et, entre chacune, le patient exprime ce qui lui vient à l’esprit. Le praticien poursuit les stimulations jusqu’à ce que le souvenir ne provoque plus de perturbations.
Par la suite, en réalisant toujours des stimulations rapides, il aide le patient à associer une pensée positive à ce souvenir. « L’EMDR est une collaboration, un partenariat entre le patient et le thérapeute. Le patient fait partie de l’expédition. Nous sommes dans le cockpit tous les deux. Et quand on a retraité quelque chose, c’est très durable, c’est réglé », conclut Hélène Bigot.

EMDR : comment est remboursée cette thérapie ?

Si vous effectuez vos séances d’EMDR dans le cadre d’une consultation avec un psychiatre, celle-ci pourra être remboursée par votre caisse primaire d’Assurance maladie. Il est cependant nécessaire de respecter le parcours de soins et de passer par votre médecin traitant. Si vous êtes amené(e) à consulter un psychologue pour ces séances, vos consultations ne seront pas remboursées, sauf si vous vous rendez dans un centre agréé tels qu’un hôpital ou un centre médico-psychologique (CMP). Certains CMP offrent des séances gratuites pour les étudiants ou les personnes à faible niveau de ressources.

Par ailleurs, selon votre contrat, vous pouvez bénéficier d’une prise en charge par votre organisme complémentaire des consultations avec un psychiatre ou avec un psychologue.

  • Véronique Carrara
  • Crédit photo : Getty Images

Un commentaire pour cet article

  1. Martine

    Dans le chapitre « L’EMDR : une thérapie étudiée et reconnue », au 2ème paragraphe, vous différenciez les drogues de l’alcool.
    Or, l’alcool est une drogue dure, contrairement à ce que croient la plupart des usagers ou non usagers. En marquant la différence, vous entretenez cette erreur trop courante.

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