Les médecines douces sont-elles réellement efficaces ?

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Comment s’y retrouver parmi toutes les médecines complémentaires et alternatives qui existent ? Et ainsi éviter les désillusions ? Peut-on évaluer ces méthodes et si oui, comment ? Le point avec Grégory Ninot, auteur de « 100 médecines douces validées par la science »*.

Médecines douces

Acupuncture, hypnose, ostéopathie, psychothérapies, sophrologie, naturopathie, chiropraxie, musicothérapie… Toutes ces pratiques sont ce qu’on appelle communément des « médecines douces ». Mais toutes se valent-elles ou bien certaines sont-elles plus efficaces et sûres que d’autres ? Et quel genre de maux peuvent-elles soigner ?

Gregory Ninot Médecines douces

Chercheur à l’Institut du cancer de Montpellier et codirecteur de l’Institut Desbrest d’épidémiologie et de santé publique à Montpellier, le Pr Grégory Ninot se consacre depuis 30 ans à leur évaluation. Son livre, 100 médecines douces validées par la science*, fait le point sur l’état actuel des connaissances.

Grégory Ninot préside également une société savante d’intérêt général à but non lucratif : la NPIS (Non-pharmacological intervention society). Son objectif : distinguer les pratiques bénéfiques pour la santé de celles qui ne présentent aucun intérêt, voire qui s’avèrent dangereuses. Surtout lorsqu’elles se disent alternatives à la médecine conventionnelle.

Médecines douces : un terme fourre-tout

Soins non conventionnels, médecines traditionnelles, médecines douces, médecines complémentaires et alternatives, médecine intégrative, pratiques de santé naturelle… Il existe bien des termes pour désigner ces pratiques…

Grégory Ninot : C’est vrai et nous sommes le seul pays au monde à parler de « médecines douces », un terme qui est assez trompeur d’ailleurs. On y trouve le meilleur comme le pire. C’est une vraie nébuleuse et je comprends qu’il soit difficile pour le grand public de s’y retrouver. La plupart de ces professions ne sont pas réglementées. Il existe beaucoup de formations privées pour devenir sophrologue, ostéopathe, hypnothérapeute ou encore praticien psychocorporel. Et les méthodes qu’elles utilisent n’ont pas forcément fait leurs preuves.

« Aucune de ces pratiques ne peut prétendre tout guérir. »

Il est donc essentiel d’accélérer la recherche pour faire le tri entre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. En montrant par exemple que telle méthode d’ostéopathie ou de sophrologie peut avoir tel effet bénéfique sur tel trouble, mais pas sur tel autre. Arrêtons de dire « l’ostéopathie » ou « la sophrologie » en général. C’est un peu comme si on disait « le médicament » est bon pour la santé. Cela n’a pas de sens. Aucune de ces pratiques ne peut prétendre tout guérir. Elles doivent être ciblées et suivre un cahier des charges précis.

Plutôt des interventions non médicamenteuses

Pour parler des « médecines douces » qui ont fait leurs preuves, vous préférez utiliser le terme d’interventions non médicamenteuses (INM). De quoi s’agit-il précisément ?

G.N. : Une INM est un protocole qui a une durée donnée, qui vise une indication de santé spécifique et dont les bénéfices et les risques ont été identifiés par des études cliniques. Une INM est donc complémentaire la plupart du temps des traitements biomédicaux conventionnels : médicament, chirurgie, radiothérapie, dispositif médical.

Ce terme a été créé par la Haute Autorité de santé (HAS) en 2011 et est utilisé par la communauté scientifique et médicale depuis une vingtaine d’années. À l’époque, la HAS a estimé qu’il était temps d’évaluer les pratiques de façon rigoureuse afin que les professionnels de santé les prescrivent et les appliquent vraiment. Et ne se contentent plus de dire à leurs patients : allez voir le kiné, l’ostéopathe, le psychothérapeute, le diététicien, l’infirmier…

Parmi les interventions non médicamenteuses, on trouve par exemple des psychothérapies, des programmes d’éducation pour la santé, des méthodes de musicothérapie, des régimes, des compléments alimentaires. Il peut s’agir aussi d’interventions physiques comme des thérapies manuelles (programmes de kinésithérapie ou d’ostéopathie…) ou encore des solutions numériques (applications santé, systèmes de réalité virtuelle, serious games…). Cela comprend également des pratiques plus élémentaires comme le recours à des plantes.

Définition des interventions non médicamenteuses

Les INM sont des interventions « non pharmacologiques, non invasives, ciblées et fondées sur des données probantes », résume le site de la société savante NPIS, la Non-pharmacological intervention society.

Il ne faut donc pas les opposer à la médecine conventionnelle…

G.N. : Non et avoir deux approches de santé qui fonctionnent en parallèle, et qui s’ignorent, est la pire des choses. Les risques sont nombreux, notamment de toxicités, de négligences, de refus de traitements efficaces. Il ne devrait y avoir qu’une seule et unique santé, comme il n’y a qu’une seule médecine. D’ailleurs, les Français utilisent les deux. Ils se servent de toutes les solutions possibles pour aller mieux. Car ils ont compris qu’on pouvait augmenter les bénéfices des traitements biomédicaux, limiter leurs effets secondaires et aller mieux grâce à des « médecines douces ». Avec l’idée que 1 + 1 font 3.

Aujourd’hui, certaines de ces pratiques rentrent dans la médecine conventionnelle et c’est une bonne chose. À l’Institut du cancer de Montpellier où je travaille, l’hypnothérapie, la musicothérapie, la diététique et les activités physiques adaptées par exemple font partie intégrante des soins.

Des méthodes validées scientifiquement

Comment la science peut-elle prouver l’efficacité de ces pratiques ?

G.N. : Comme un médicament, une méthode d’ostéopathie ou de psychothérapie peut aussi s’évaluer, évidemment pas en double aveugle, mais de manière rigoureuse. Par une recherche efficace, sérieuse et intègre, il est possible de vérifier si une méthode de soin ou de prévention est efficace ou non, pour qui, dans quelles conditions, à quel moment du parcours de santé…

Dans mon livre, j’en ai répertorié 100 qui fonctionnent. Cela m’a pris deux ans pour faire ce travail. Mais je pense qu’il y en a bien davantage : entre 5 000 et 10 000. Pour le prouver, encourageons la recherche et arrêtons les discours, les confrontations d’opinions et les querelles de chapelle. Rentrons dans le détail avec des études pragmatiques et ciblées. Formons ensuite les professionnels à ces bonnes pratiques. Et, bien sûr, faisons connaître les méthodes efficaces, celles qui ne le sont pas non et également celles qui sont en cours de validation.

Aussi des dérives parmi les « médecines douces »

Certaines médecines complémentaires peuvent-elles être dangereuses ?

G.N. : Bien sûr. Je dirige un programme de recherche sur les interactions à risque entre les traitements des cancers et l’ensemble des médecines douces. Les plantes sont particulièrement dangereuses, car naturel ne veut pas dire sans danger.

Il arrive qu’un naturopathe, un employé de pharmacie ou un herboriste proposent une plante sur laquelle il y a une interaction avec un traitement biomédical du cancer, une chimiothérapie par exemple. Idem pour les compléments alimentaires. On observe des toxicités pouvant conduire à une ré-hospitalisation. Une étude américaine publiée en 2018 a montré un décès prématuré chez les patients déclarant utiliser des médecines complémentaires par rapport à celles n’en utilisant pas.

Des patients hésitent à en parler à leur médecin de peur d’être mal compris ou mal soignés.

Par ailleurs, certains « thérapeutes » sortent de leur discipline et deviennent des « omnipraticiens ». C’est le cas parfois de diététiciens, d’énergéticiens, de personnes qui se présentent comme des « coachs de vie », des « coachs santé ». À l’Institut du cancer de Montpellier, une patiente dépensait 500 euros par mois dans des minéraux et plantes sans aucune efficacité. Elle finissait par douter de la médecine traditionnelle et se mettait en danger avec des cocktails de plus en plus à risque.

Internet et les réseaux sociaux diffusent de fausses informations santé. Certains pseudo-experts, praticiens ou patients promettent à des personnes diabétiques de type 2 d’être guéries par le jeûne. Au cours d’un stage, on va leur dire qu’elles ne doivent pas prendre certains médicaments. Là, on s’éloigne totalement de la médecine et de la santé fondée sur la science. Sans parler des dérives sectaires possibles. Le pire est que l’on constate que des patients hésitent à en parler à leur médecin de peur d’être mal compris ou mal soignés.

Parmi les risques, il ne faut pas oublier les gestes dangereux lors de certaines thérapies manuelles. Un chercheur anglais a constaté que la chiropraxie avait pu rendre des personnes paraplégiques et même entraîner la mort, simplement parce que des praticiens avaient trop forcé sur une vertèbre. Ces derniers devraient avoir un minimum de connaissances anatomiques, physiologiques et sécuritaires.

En France, il existe des systèmes de pharmacovigilance, de nutrivigilance et de matériovigilance, mais aucun contrôle sur toutes ces pratiques. Il faut que cela change.

Des pratiques remboursées

Les méthodes validées scientifiquement pourraient-elles faire l’objet d’un remboursement par l’Assurance maladie ?

G.N. : Elles pourraient en effet être prises en charge par l’Assurance maladie ou par les complémentaires santé. D’ailleurs, ces dernières le font déjà pour certaines. Il existe aussi des « médecines douces » qui bénéficient d’un remboursement par la Sécurité sociale. C’est le cas de méthodes de kinésithérapie, de diététique, d’éducation pour la santé, de psychothérapie, de luminothérapie…

Mais, à chacun sa place. Je ne suis qu’un universitaire et un scientifique. Je ne suis pas là pour réglementer, encore moins pour financer. Mais quand l’efficacité d’une pratique est démontrée, pourquoi n’est-elle pas inscrite dans les pratiques conventionnelles et remboursée ? On peut se le demander par exemple pour la psychothérapie EMDR qui est efficace pour traiter le stress post-traumatique. C’est d’ailleurs l’une des 100 INM identifiées dans mon livre.

* Publié en janvier 2022 aux éditions Belin.

Médecines douces : 5 conseils pour ne pas se faire avoir

Il peut être facile de tomber dans certains pièges. Quelles sont les recommandations de Grégory Ninot ?

1.     Ne pas cacher à votre médecin que vous avez recours à des pratiques non conventionnelles. Même s’il ne comprend pas votre choix, il est essentiel de dire à votre médecin traitant (ou spécialiste) que vous utilisez telle ou telle méthode. « Il pourra ainsi vous alerter sur d’éventuelles contre-indications ou interactions avec vos traitements », souligne Grégory Ninot.

2.     Ne pas penser qu’une seule personne ou qu’une seule thérapie peut tout guérir. « Quand quelqu’un va prétendre tout soigner avec une même approche, cela doit vous alerter et vous faire fuir. »

3.     Ne pas croire quelqu’un qui vous dit : « On ne sait pas pourquoi ça marche, mais ça marche ». « On entend cela parfois de la part de ceux qui parlent de circulation des énergies, d’amélioration du karma ou autre. Or, l’efficacité de ces pratiques doit être mesurable. »

4.     Ne pas estimer que là où la médecine conventionnelle a échoué, les « médecines douces » vont pouvoir faire mieux. « Je pense par exemple à des personnes malades du cancer qui vont mettre tous leurs espoirs et tout leur argent dans des remèdes inefficaces », indique Grégory Ninot. « Il faut se méfier aussi des personnes aux propos pseudoscientifiques qui auraient découvert un principe miracle. Si cela existait, la médecine l’utiliserait déjà. »

5.     Prendre ses distances avec des praticiens qui chercheraient à vous couper de votre famille ou de votre médecin. « Ces personnes-là sont très dangereuses. Elles cherchent à vous manipuler, à abuser de vous à court ou moyen terme. »

  • Crédit photo : Freepik
Auteur article
Angélique Pineau-Hamaguchi

rédactrice en chef adjointe d’Essentiel Santé Magazine, spécialisée dans les sujets de société (environnement, économie sociale et solidaire…).

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