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L’infertilité masculine en cinq questions

Trente mille hommes seraient concernés chaque année, en France, par des problèmes de fertilité. Quelles en sont les causes principales, quels diagnostics et quels traitements ? Les problèmes de fertilité masculine sont-ils courants ?

L’infertilité masculine en cinq questions

En France, environ 60000 couples consultent chaque année pour des difficultés à concevoir. Les causes sont autant d’origine féminine que masculine. « Très schématiquement, sur dix couples qui viennent pour un problème d’infécondité, un tiers a une cause masculine, un tiers une cause féminine et le dernier tiers est lié à des facteurs à la fois masculins et féminins », détaille le Pr Eric Huyghe, urologue, andrologue et spécialiste de la fertilité. Cela signifie qu’environ 30000 hommes sont concernés chaque année par des problèmes d’infertilité. Rappelons que le terme d’infécondité désigne, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’impossibilité pour un couple de parvenir à une grossesse après un an de rapports réguliers avec arrêt de toute contraception. Il est recommandé, notamment par l’association européenne d’urologie (EAU) d’explorer les deux partenaires, homme et femme, simultanément, pour catégoriser une infécondité du couple.

La fertilité masculine est-elle en diminution ?

De nombreuses études suggèrent une diminution de la fertilité masculine sur les dernières décennies, pour des raisons encore mal identifiées. Une analyse menée sur des données recueillies entre 1973 et 2013 dans le monde entier indique que le nombre de spermatozoïdes dans le sperme a chuté de 50 % sur ces quarante années. Les baisses les plus marquées sont relevées en Amérique du Nord, en Europe et en Australie. « En France, depuis l’après-guerre, on a fait régulièrement des spermogrammes à des hommes dans des situations d’infécondité mais aussi chez des donneurs de sperme (qui ont déjà eu des enfants), abonde le Pr Huyghe. On se rend compte que la fertilité masculine a eu tendance à baisser au cours de ces dernières années dans de nombreux centres. »

Comment diagnostiquer l’infertilité masculine ?

Le spermogramme est l’examen de routine qui permet de diagnostiquer les principaux problèmes de fertilité. Il s’agit d’un examen du sperme après recueil en laboratoire. « Il permet d’examiner le nombre de spermatozoïdes, leur mobilité, leur vitalité (pourcentage de spermatozoïdes vivants), mais également leur morphologie : « s’ils ont des anomalies de la tête, de la pièce intermédiaire et/ou du flagelle », détaille Eric Huyghe.

Si les résultats du spermogramme sont bons, on n’en refera pas d’autre. En revanche, si on constate une anomalie, la règle est de refaire un second examen à trois mois d’intervalle. « Il ne faut pas nécessairement s’inquiéter. Il est très fréquent de constater des perturbations temporaires de la qualité ou de la quantité des spermatozoïdes. Fièvre, fatigue, virus… provoquent des baisses passagères de la fertilité » explique l’urologue.

Le spermogramme ne permet pas, en revanche, de rechercher des problèmes d’origine génétique, comme la fragmentation d’ADN sur certains spermatozoïdes qui peut jouer sur la capacité de fécondation ou de développement d’un embryon viable. Il existe d’autres examens pratiqués en laboratoire pour vérifier l’intégrité de l’ADN. « Il est regrettable que ceux-ci ne soient pas encore bien standardisés ni pris en charge par l’assurance maladie », remarque Éric Huyghe.

Quelles sont les principales causes d’infertilité masculine ?

On distingue principalement deux situations : l’azoospermie (absence totale de spermatozoïdes dans le sperme) et l’oligoasthénotératospermie (0ATS). Celle-ci associe un nombre diminué de spermatozoïdes, une mobilité trop faible de ceux-ci ou encore une trop grande proportion de spermatozoïdes porteurs d’anomalies.

L’azoospermie est souvent la conséquence d’un problème de fonctionnement du testicule et les causes génétiques comme le syndrome de Klinefelter, ou les micro délétions sur le chromosome Y sont fréquentes. On retrouve également fréquemment des anomalies du développement comme la cryptorchidie (un testicule qui n’est pas descendu dans les bourses), par exemple, ou des causes acquises (traitements du cancer, pathologies infectieuses…).

Les causes d’OATS sont nombreuses. La varicocèle, une varice du testicule, est fréquente et peut se traiter. Certaines infections génitales causent aussi des problèmes de fertilité. L’homme peut aussi avoir rencontré des problèmes au cours de son développement (notamment la cryptorchidie). Les habitudes de vie jouent également un rôle : la consommation de tabac et de cannabis, la consommation abusive d’alcool, l’obésité… Enfin, un homme peut présenter des problèmes de fertilité pour plusieurs de ces causes en même temps. On dit qu’elles sont multifactorielles (par exemple, tabagisme et varicocèle peuvent avoir un effet synergique).

Qu’en est-il de l’âge ? « Il n’y a pas d’infertilité par arrêt de la spermatogenèse chez l’homme après un certain âge comparable à ce qui se passe chez la femme à la ménopause, ce qui explique que certains hommes deviennent pères très tard. Cependant, l’âge semble bien jouer un rôle chez l’homme, même si ce n’est pas dans les mêmes proportions que dans la fertilité féminine », remarque le Pr Huyghe.

Quels traitements pour améliorer la fertilité masculine ?

« Dans toutes nos consultations, on insiste d’abord sur le changement de certains modes de vie : arrêt du tabac, du cannabis. On propose de refaire du sport, de lutter contre l’obésité », détaille le Pr Huyghe. Si le problème de fertilité est d’origine infectieuse ou inflammatoire, il existe des traitements très efficaces. De même, si l’homme a une varicocèle, on peut améliorer sa fertilité en la traitant. « On peut aussi proposer au patient un traitement antioxydant », ajoute le spécialiste, « à base de vitamines A, C et E, de zinc, de sélénium, notamment, qui ont des effets positifs sur la qualité du sperme si l’homme a une carence ».

Il reste toujours en dernière occurrence la possibilité de l’assistance médicalisée à la procréation (AMP) : une simple insémination si l’on compte un nombre suffisant de spermatozoïdes mobiles dans le sperme lors de tests dits de « migration survie » effectués au préalable. S’ils ne sont pas en nombre suffisant, il faut avoir recours à une fécondation in vitro (souvent de type ICSI, pour Injection IntraCytoplasmique de Spermatozoïde).

« En cas d’azoospermie (absente totale de spermatozoïdes sur 2 spermogrammes), si on n’arrive pas à trouver un traitement (comme une cure de varicocèle, un traitement hormonal, antibiotiques, ou anti-inflammatoires), on peut effectuer une biopsie pour aller rechercher des spermatozoïdes dans les tubes séminifères », détaille le Pr Éric Huyghe. S’il n’y en a vraiment plus, on peut alors avoir recours à un donneur ou à l’adoption.

Aller plus loin :

  • Pauline Hervé
  • Crédit photo : Getty Images

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