Les maladies rares, ce sont d’abord des chiffres : elles touchent moins d’une personne sur 2 000 en France mais concernent 3 millions de personnes. « Aujourd’hui, environ 7 000 maladies rares sont recensées, indique le Pr Brigitte Chabrol, chef du service neurométabolisme pédiatrique de l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille et coordinatrice de centres de référence maladies rares. Mais il en reste beaucoup à découvrir. Il subsiste un certain nombre de patients en situation d’impasses diagnostiques, présentant des symptômes sur lesquels aucun nom de maladie n’est encore posé ». Quelques-unes affectent vraiment de très faibles échantillons de population. « Cela peut ne concerner que deux naissances par an », pointe le Pr Chabrol.
Les maladies rares les plus connues du grand public sont neuro-musculaires. « L’AFM-Téléthon, association française contre les myopathies, les a rendues visibles avec le Téléthon », explique la médecin. « Mais la plupart du temps, si on n’est pas concerné soi-même, ou dans son entourage, on ignore tout de leur existence », ajoute-t-elle. D’où l’intérêt d’une journée dédiée, qui permet de communiquer sur ces maladies, de montrer les progrès effectués dans les traitements, de mettre en avant les structures spécialisées.
3 millions de personnes, le chiffre en impose. Pour autant, les personnes porteuses de maladies rares ne sont pas plus nombreuses qu’avant. « Ce sont les diagnostics qui sont aujourd’hui plus pertinents grâce aux progrès de la recherche médicale », glisse la pédiatre Brigitte Chabrol. Et de préciser : « de nombreux diagnostics sont posés très tôt, grâce au dépistage néonatal, permettant de mettre en place un traitement spécifique lorsqu’il existe. En effet, plus le traitement est précoce, meilleure sera son action ». Dans 75 % des cas environ, les patients atteints vont présenter des symptômes dès le plus jeune âge.
Pour environ 80 % de ces pathologies rares, il s’agit de maladies génétiques. Avec bien souvent des ascendants porteurs sains ignorant tout de l’anomalie transmise.
Les autres sont notamment des maladies auto-immunes. Par exemple, la myasthénie, maladie neuromusculaire chronique liée à un défaut de transmission entre le nerf et le muscle.
José, parqueteur en île de France, a découvert à l’âge de 30 ans qu’il était porteur d’une maladie rare. « Du jour au lendemain, j’ai connu des crises inconnues : une grande chaleur m’envahissait en partant des pieds, des boutons apparaissaient sur mon visage et mon corps, qui me démangeaient beaucoup. Le tout accompagné d’un grand épuisement général », décrit le quadragénaire. Il pense spontanément être allergique à une des essences de bois qu’il manipule au travail.
Comme les poussées ne durent qu’une à deux heures, il lui est difficile de se trouver au bon moment dans le cabinet d’un médecin. C’est donc armé de photos que José s’est présenté chez son généraliste. Celui-ci fait des recherches sur internet, pose le bon diagnostic, et envoie son patient à l’hôpital pour des examens complémentaires. Biopsie, prises de sang et examens des organes vitaux confirment une mastocytose cutanée (il existe une forme organique). Cette maladie génétique rare touche en moyenne chaque année deux personnes sur 300 000 patients.
Maladie chronique chez l’adulte, elle n’a pas de traitement permettant de la guérir, seulement de quoi calmer les démangeaisons. « Je fais un contrôle tous les 3 ans pour vérifier que les autres organes ne sont pas touchés, indique José. Et, heureusement, je connais des périodes de répit pouvant durer plusieurs mois. »
Mais est-ce que maladie rare signifie médecins rares ou moyens rares attribués à la recherche ? « Pas du tout, l’État a fait depuis une quinzaine d’années un effort considérable avec trois éditions d’un Plan national maladies rares », se félicite le Pr Brigitte Chabrol, chef du service neurométabolisme pédiatrique de l’Assistance publique des hôpitaux de Marseille. Un premier en 2005, un autre en 2015 et le plus récent, pour la période 2018-2022. Ils ont permis de structurer l’offre de soins. Et surtout de mettre sur pied 23 filières de santé, 388 centres de référence et 1 845 centres de compétence* dédiés aux maladies rares, répartis sur tout le territoire.
Les centres de référence labellisés maladies rares ont 6 missions :
« Dans mon service de neuropédiatrie, illustre le Pr Brigitte Chabrol, nous avons ainsi 5 centres de référence et 2 centres de compétence sur des thématiques distinctes pédiatriques : maladies rares d’origine musculaire, métabolique, épilepsies rares, déficience intellectuelle, maladies mitochondriales, neurofibromatose, maladies neuroinflammatoires ».
*Les centres de compétences maladies rares ont, depuis 2008, vocation à assurer la prise en charge et le suivi des patients, à proximité de leur domicile et à participer à l’ensemble des missions des centres de référence. Ils travaillent dans le cadre d’un travail en réseau, permettant ainsi de compléter le maillage territorial.
Le maillage existant constitue une ressource précieuse pour les médecins traitants. Dès qu’ils soupçonnent une maladie rare, ils peuvent adresser le patient au centre de référence ou de compétences approprié, sur leur territoire de santé.
Du côté des traitements, là encore la science progresse. À chaque maladie une ordonnance adaptée : régime, greffe, thérapie génique… Les centres de référence sont d’ailleurs très impliqués dans la recherche, qu’il s’agisse de recherche fondamentale, d’essais thérapeutiques ou d’études en sciences sociales et humaines (portant sur le poids psychologique de la maladie ou la qualité de vie des patients, par exemple).
Les attentes des patients sont immenses car sur ces 7 000 maladies, seulement 200 à ce jour bénéficient d’un traitement spécifique. Ce nombre qui augmente d’année en année suscite beaucoup d’espoir au niveau des patients, leurs familles, des équipes de soignants et de chercheurs.
La Plateforme Maladies Rares a été créée en 2001 à l’hôpital Broussais (Paris) pour faire avancer le combat contre ces pathologies et améliorer la vie des malades et de leurs proches. Et ainsi en faire une priorité de santé publique.
Ce centre de ressources unique au monde concentre sur un même site associations de malades (notamment l’ONG Eurordis qui compte 929 organisations de 72 pays), professionnels de santé et acteurs publics. Un tel regroupement favorise les collaborations entre malades, familles, équipes soignantes, chercheurs, industriels, pouvoirs publics…
Par ailleurs, la force du collectif permet de mutualiser et d’optimiser les moyens techniques, financiers et humains. Ce qui fait de la plateforme un accélérateur de projets en réponse aux attentes et besoins des malades. Mais aussi une bibliothèque de connaissances et d’informations exceptionnelle.
J’ai une maladie rare détectée il y a 16 ans. L’article que je viens de lire donne de l’espoir, mais dans la vie réelle, je me sens très seule, isolée avec cette maladie. j’habite en province où il y a un CHU mais je ressens bien le désarroi de mes soignants devant ces nouvelles maladies. Ils font des essais de traitement, espèrent du mieux, je pense être parfois un « cobaye » parfois, également, je craque et refuse un nouvel essai, c’est lourd mais pas trop le choix, il faut continuer à avancer, demain apportera peut-être des réponses positives.