Médecin de garde : comment améliorer l’accès aux soins ?

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Il est souvent difficile de trouver un médecin de garde le soir, le week-end et les jours fériés. Un phénomène qui amène les patients à s’adresser trop souvent aux urgences. Le Dr Éric Henry, médecin généraliste et président de la maison médicale de garde du pays d’Auray dans le Morbihan, estime pourtant que des solutions existent.

Médecin de garde
Dr Eric Henry
© DR

Le Dr Éric Henry est médecin généraliste et nutritionniste basé à Auray (Morbihan), président et fondateur de la maison médicale de garde du Pays d’Auray, vice-président de la communauté professionnelle du territoire de santé (CPTS) du Pays d’Auray et président de l’association SPS (Soins aux professionnels de santé).

Engagé en matière d’organisation des soins, il a aidé à la création d’un système de 10 maisons de garde dans le Morbihan. Il explique comment certaines mesures, telles que la création d’un numéro unique dédié aux soins non programmés, ou le développement de la téléconsultation, pourraient répondre à la problématique d’engorgement des urgences.

Le 15 saturé par les « fausses » urgences

Quelle est actuellement la situation de la médecine de garde et des soins non programmés ?

Éric Henry : Être médecin de garde aux urgences est aujourd’hui très difficile. Pour moi, le problème vient du nombre d’appels trop important reçu par le 15. Le 15 est saturé de « fausses urgences », c’est-à-dire d’appels qui sont en fait destinés aux médecins généralistes de garde, ce qu’on appelle les « soins non programmés ».

En ville, les personnes ont accès à d’autres acteurs bien identifiés, comme SOS Médecins. Mais lorsqu’on vit à la campagne, on appelle le 15. On connaît dans ces conditions une surcharge de travail importante. Il faut parfois répondre jusqu’à un appel par minute en période hivernale ! La fatigue arrive vite et c’est là que l’on risque l’erreur et l’accident. Mais, bien sûr, certaines urgences vitales en sont vraiment, et il faut les prendre en charge.

Faut-il instaurer un numéro de téléphone dédié aux soins non programmés ?

E.H. : L’expérimentation du 116 117, en cours dans trois régions depuis 2017 (dans les Pays de la Loire, en Normandie et en Corse) est intéressante. Selon moi, la bonne solution serait d’avoir un numéro unique le soir et le week-end en France géré par des généralistes, et le 15 par des urgentistes. Ce numéro, destiné aux soins non programmés, serait géolocalisé afin que les personnes soient dirigées vers la bonne structure de leur territoire. Il pourrait également réorienter en journée vers des spécialistes ayant des créneaux d’urgence.

Grâce à internet et aux outils numériques, mettre un tel système en place est tout à fait possible. Le 15 ne devrait régler que les urgences vitales.

Des maisons de garde dans le Morbihan

Qu’avez-vous mis en place dans votre département, le Morbihan ?

E.H. : J’ai créé la maison médicale du Pays d’Auray en 2004 car la situation était très compliquée. Nous n’avions plus de médecins pour faire les gardes. Une maison de ce type avait été créée en 2001 à Rennes, et elle fonctionnait bien. J’ai donc proposé d’en ouvrir une à Auray. Elle a tout de suite été plébiscitée par 40 médecins. Nous sommes 60 aujourd’hui et la jeune génération est intéressée.

Pour nous joindre, il faut appeler le 15 qui redirige vers la maison de garde. Mais les gens peuvent venir spontanément également. Le temps d’attente est en moyenne de 15 minutes. La maison de garde fonctionne car elle est bien identifiée. Aujourd’hui, grâce à un système bien organisé, il y a 10 maisons de garde dans le Morbihan. Le département est globalement bien couvert au niveau de la permanence des soins et dispose d’une offre lisible.

La téléconsultation pour désengorger les urgences ?

La téléconsultation peut-elle également permettre d’améliorer la situation ?

E.H. : La crise sanitaire a vu l’offre de téléconsultation exploser et se démocratiser très rapidement. C’est une nouvelle médecine qui a un réel intérêt et qui fait gagner du temps. La télémédecine a vraiment pris sa place depuis le début de l’épidémie de Covid-19, et j’espère que cela va perdurer, notamment au niveau de la prise en charge. Un des aspects qui me semble vraiment fondamental est que la télémédecine pourrait résoudre en partie la problématique des soins non programmés dans les déserts médicaux, puisqu’un médecin peut vous répondre même s’il est basé à 1 000 kilomètres de chez vous. C’est une autre façon de rendre service à un patient et de désengorger les urgences.

Par ailleurs, on le sait peu, mais, les infirmiers par exemple, disposent depuis début 2020 d’un avenant à leur convention qui leur permet, en cas de besoin, de faire de la téléconsultation avec le médecin traitant d’un patient (ou un médecin de garde en fonction de l’horaire) lorsqu’il est à son domicile. Il peut alors sur demande du médecin effectuer certains soins directement au patient. C’est encore peu utilisé mais cela fonctionne vraiment bien.

Une réorganisation des soins en période de Covid

Que pensez-vous de la réorganisation actuelle, sur rendez-vous, des soins non programmés ?

E.H. : Certaines associations de médecins ont dû repenser l’organisation de leurs centres de consultations du fait de l’épidémie de Covid-19. Tout se fait désormais sur rendez-vous alors qu’auparavant chaque patient venait quand il le souhaitait dans les créneaux d’ouverture. C’est à mon sens une très bonne idée de structurer l’offre par le biais de rendez-vous pour plusieurs raisons. Tout d’abord car on peut rappeler les personnes s’il y a un problème puisqu’on a leurs coordonnées. Ensuite, il y a moins d’attente, donc moins de tensions, et moins de risques de contamination.

Néanmoins, la prise de rendez-vous, lorsqu’elle s’effectue en ligne, peut exclure une partie de la population moins à l’aise avec ce type d’outils. Et, enfin, il faut à mon sens un peu de souplesse et accepter les soins non programmés plus urgents si nécessaire. Mais tout cela passe simplement par une bonne explication et un affichage clair dans les salles d’attente.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Paola Da Silva

journaliste spécialisée en santé et développement durable.

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