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Médicaments contre le cancer : sont-ils trop chers ?

Plus d’une centaine de médecins cancérologues et hématologues ont écrit une tribune dans la presse pour dénoncer les prix des médicaments contre le cancer. Quelles sont leurs revendications ? Et quelle est, en réponse, la position du syndicat des laboratoires pharmaceutiques ?

110 médecins ont dénoncé, dans les colonnes du quotidien Le Figaro le 14 mars dernier, les prix des médicaments contre le cancer, pratiqués par les laboratoires pharmaceutiques. Par exemple, la molécule imatinib, utilisée dans le cadre de la leucémie myéloïde chronique, coûte environ 30 000 euros par an en France. Et un nouveau traitement contre les mélanomes, prochainement disponible, est estimé à 100 000 euros par an et par patient.

 

Des prix « exorbitants »

Cet appel à « la maîtrise du prix des nouveaux médicaments contre le cancer » a été repris depuis par la Ligue contre le cancer, à travers une pétition en ligne. L’association plaide pour « une équité d’accès aux médicaments contre le cancer pour tous, même les plus onéreux » et demande « plus de transparence dans la fixation des prix ».

Si les cancérologues demandent sensiblement la même chose, ils commencent leur appel en reconnaissant tout d’abord les bienfaits de ces médicaments sur la santé des patients qui en ont besoin. C’est également ce que tient à souligner en premier lieu Éric Baseilhac, médecin et directeur des affaires économiques du LEEM, le syndicat des laboratoires pharmaceutiques. « Ces médicaments améliorent l’espérance de vie des malades, ils seront à terme capables de transformer les cancers en pathologies chroniques, ce qui est une excellente nouvelle ».

Le point de crispation se situe uniquement sur leur coût. « Les prix des médicaments contre le cancer ne cessent d’augmenter. Ce qui nous inquiète car, en France, l’accès aux traitements doit être possible pour tous, explique l’un des signataires de la tribune, le professeur Anthony Gonçalves, oncologue médical à l’institut Paoli Calmette de Marseille. Nous craignons un désengagement de la part de l’Assurance maladie, qui ne pourra plus payer ces traitements, à terme, si leur prix devient trop lourd à supporter ».

 

Recherche et développement

Le plaidoyer des médecins dénonce le fait que les prix des nouveaux traitements soient « déterminés par l’idée que les industriels se font de ce que les marchés sont capables de supporter » et non pas fixés en fonction d’une valeur réelle qui tiendrait compte du bénéfice escompté. Selon Éric Baseilhac du LEEM, « le prix d’un médicament ne peut pas correspondre à la somme des prix de ses composants. Il existe un coût du processus de recherche et de développement (R&D) à prendre en compte, qui est long, risqué et coûteux pour les laboratoires ». Un constat qui n’est pas partagé par les 110 médecins, qui considèrent que les laboratoires « profitent de la recherche publique » et que la durée des R&D est considérablement raccourcie aujourd’hui, « de l’ordre de 4 à 5 ans et avec des coûts moindres donc », évalue le Pr Anthony Gonçalves.

 

Manque de transparence

Ce sont ces données contradictoires qui entretiennent le flou. En France, le prix des médicaments et des dispositifs médicaux est contrôlé par le Comité économique des produits de santé (CEPS), un organisme interministériel qui fixe les prix « de préférence par la voie de conventions conclues avec les entreprises commercialisant les produits » d’après son site internet. Mais les négociations avec les laboratoires pharmaceutiques sont opaques. « Est-ce que pour fixer le prix d’un médicament donné on tient compte du coût de production ? De son développement ? De la part marketing ? On ne le sait pas », précise le Pr Gonçalves. Selon Éric Baseilhac, « les règles du jeu sont connues, elles sont fixées par la loi et c’est le CEPS qui a le dernier mot lors des négociations ».

 

Une concertation nécessaire

Quelles sont les solutions ? Pour les deux parties, une concertation générale est envisagée. « Les décisions comptables sont prises dans la plus grande opacité et sans y associer les principaux intéressés, médecins et patients, il faudrait inclure toutes les parties prenantes », souligne le Pr Anthony Gonçalves. De son côté, Eric Baseilhac du Leem donne « rendez-vous » à ses confrères pour « mettre le sujet sur la table et discuter avec les professionnels de santé et les usagers du système de santé ». Et reconnaît qu’il est « nécessaire d’améliorer la communication des laboratoires pharmaceutiques », afin de lever tout doute concernant la manière dont sont fixés les prix des médicaments.

 

Pour en savoir plus

  • Sihem Boultif
  • Crédit photo : DragonImages / iStockphotos

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