Méfiance envers les vaccins : entretien avec le Pr Bégué

Le Pr Pierre Bégué, Président de l’Académie de médecine répond à nos questions sur la vaccination et notamment sur la baisse de confiance des Français.

Aujourd’hui, la défiance envers les vaccins est de plus en plus forte. Quelles sont les conséquences ?

Pierre BegueLes « antivaccins » qui existent depuis toujours représentent entre 1 et 2 % de la population. Et depuis vingt ans environ, nous avons les « hésitants » qui représentent entre 15 et 20 % de la population. Conséquence : la couverture vaccinale n’est pas suffisante, notamment pour la rougeole. Et le risque est de voir des épidémies réapparaître. La rougeole est une maladie très contagieuse bien plus que la varicelle. La plupart du temps, on en guérit, bien sûr. Mais dans certains cas, elle peut être grave et parfois mortelle*.

* De 2008 à 2011, la France a connu une flambée épidémique avec plus de 23 500 cas déclarés ayant entraîné 1 500 cas de pneumopathie grave, 34 formes neurologiques compliquées avec séquelles graves et 10 décès (source : inVs). Le virus de la rougeole circule encore.

 

Comment convaincre ou redonner confiance à ceux qui ne l’ont plus ?

En les informant ! La première personne qui peut redonner confiance est le médecin, mais parfois il connaît mal les vaccins ainsi que les maladies infectieuses. Quand un médecin vaccine un nourrisson contre la diphtérie, il doit pouvoir expliquer ce qu’est cette maladie. La formation en vaccinologie doit être repensée. C’est devenu une science, ça s’apprend. Les médecins qui sont en exercice doivent aussi pouvoir bénéficier de formation pour remettre à jour leurs connaissances. C’est comme cela que l’on retrouvera la confiance. C’est vrai aussi pour les pharmaciens, les infirmiers, les sages-femmes… Il ne suffit plus de dire : « Il faut se faire vacciner. » Il faut des arguments.

 

On parle beaucoup de la fin des vaccins obligatoires. Pour vous, ce n’est pas une solution, pourquoi ?

À l’Académie de médecine, nous sommes opposés à la levée de l’obligation. Mais il faut peut-être parler d’exigibilité qui contrairement à l’obligation ne nécessite pas de loi mais un décret. On pourrait alors dire que le vaccin est exigible pour les enfants au moment de l’entrée en collectivité (crèches, écoles…), pour les professions exposées (métiers de la santé, militaires…), dans certains cas particuliers (missions à l’étranger, voyageurs…), dans un contexte épidémique. C’est en tout cas un débat qu’il faut avoir.

 

Pour ne savoir plus

Le calendrier vaccinal 2016 et des informations sur la vaccination sur le site Vaccination Info Service.

  • Cécile Fratellini
  • Crédit photo : Pierre Bégué © Bibliothèque de l’Académie de médecine.

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