Qu’est-ce que le syndrome du canal carpien ? Et comment le soigner ?

Pathologie de la main et du poignet, le syndrome du canal carpien est un trouble musculo-squelettique fréquent qui peut devenir, dans certains cas, très invalidant. Heureusement, des solutions existent.

canal carpien

Il touche environ 600 000 personnes chaque année en France. Le syndrome du canal carpien (SCC) est une pathologie de la main et du poignet fréquente mais qui se soigne bien, à condition d’être identifiée le plus tôt possible. Ce trouble musculo-squelettique (TMS), qui peut être reconnu, dans certains cas, comme une maladie professionnelle, est également devenu un sujet de préoccupation important en entreprise.

Quels sont les signes du syndrome du canal carpien ?

Cette pathologie se caractérise tout d’abord par des paresthésies, autrement dit des sensations de fourmillement et d’engourdissement dans la main, qui peuvent parfois remonter jusqu’au niveau de l’épaule. « Souvent, le syndrome du canal carpien commence par des douleurs nocturnes qui obligent le patient à secouer la main, décrit le Dr Jean-Michel Cognet, chirurgien orthopédiste et secrétaire général adjoint de la Société française de chirurgie de la main (SFCM). Dans la journée, il ne cesse de chercher une position confortable, que ce soit pour téléphoner, lire ou conduire. »

Dans les stades les plus avancés, les engourdissements laissent souvent place à une perte de sensibilité dans les trois premiers doigts de la main et les patients ressentent un manque de force et de dextérité dans la réalisation des gestes du quotidien (boutonner une chemise, ramasser une pièce de monnaie…).

« Dès les premiers symptômes, il faut consulter son médecin traitant pour les soins et le médecin du travail pour un éventuel aménagement de son poste de travail et/ou des activités professionnelles, car un syndrome du canal carpien non traité peut laisser des séquelles », insiste le Dr Emmanuelle Peris, conseiller médical en santé au travail à l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS).

Comment le syndrome du canal carpien s’explique-t-il ?

Cette affection résulte de la compression du nerf médian lors de son passage dans le canal carpien, un tunnel étroit et inextensible situé à la face antérieure du poignet. « Dans ce tunnel passent à la fois le nerf médian — qui va donner la sensibilité aux trois premiers doigts de la main et à la moitié de l’annulaire — ainsi que les neuf tendons fléchisseurs des doigts qui servent à les plier et à fermer la main, précise le Dr Cognet. Le syndrome du canal carpien repose sur un conflit entre le contenant (le canal carpien) et le contenu (nerf médian et tendons). Car si, pour diverses raisons, vos tendons s’épaississent, le manque d’espace dans le canal carpien va entraîner une compression du nerf médian. »

Qui sont les personnes les plus touchées ?

Dans la majorité des cas, ce trouble survient à partir de la cinquantaine — les tendons grossissent avec l’âge — et touche un peu plus les femmes, notamment du fait des changements hormonaux liés à la ménopause. De la même manière, ce syndrome peut apparaître pendant la grossesse, même s’il est rare que les patientes développent des formes très douloureuses. En règle générale, les symptômes se résorbent d’ailleurs durant les semaines suivant l’accouchement.

Le syndrome du canal carpien peut également être secondaire à des maladies telles que le diabète, l’hypothyroïdie ou encore la polyarthrite rhumatoïde.

Quels sont les facteurs déclencheurs ?

Les causes du syndrome du canal carpien sont multifactorielles, mais une chose est sûre : la dimension génétique joue incontestablement un rôle. « Nous avons tous des canaux carpiens plus ou moins larges, et il y a des familles dans lesquelles on opère la grand-mère, la mère et la fille », signale Jean-Michel Cognet.

Cette pathologie, qui est « un mélange d’inné et d’acquis », résume le spécialiste, peut également être favorisée par certains gestes répétitifs : ceux demandant une force importante dans la main (utilisation de pinces ou de sécateurs, pression soutenue sur le manche d’une raquette de tennis, par exemple), ceux impliquant une torsion du poignet ou encore ceux requérant un usage répété ou en force de la pince pouce-index (comme le tricot, par exemple). L’exposition aux vibrations et les environnements froids (moins de 10 °C) constituent aussi des situations potentiellement propices à l’apparition de ce syndrome.

Quel rôle le travail joue-t-il dans le syndrome du canal carpien ?

Le syndrome du canal carpien est considéré comme une maladie professionnelle depuis 1982 et, en 2018, 12 580 cas ont été reconnus comme tels. « Comme pour les autres troubles musculo-squelettiques, il n’y a pas de relation cause/conséquence systématique entre le syndrome du canal carpien et le travail, souligne le Dr Peris, de l’INRS. Deux personnes exposées de la même façon ne développeront pas forcément toutes les deux la maladie, car il faut une combinaison de facteurs. Il n’en reste pas moins que les travailleurs qui vont beaucoup solliciter leurs mains et faire des gestes répétitifs (agriculteurs, coiffeurs, mécaniciens, ouvriers…) constituent un public à risque. Qui plus est, on sait que les TMS sont également favorisés par certaines organisations du travail (cadences imposées, fortes exigences de quantité et de qualité, impossibilité de changer de position…). »

Comment le soigner ?

Dans un premier temps, le repos, l’aménagement des activités et le port d’une attelle du poignet la nuit peuvent contribuer à réduire les douleurs, voire faire régresser les symptômes. « Un tiers des patients guérit spontanément », rappelle le Dr Peris. Dans les formes peu sévères, des infiltrations peuvent également être proposées. « On injecte un anti-inflammatoire à l’intérieur du canal carpien et cela va permettre de faire dégonfler un peu les tendons, détaille le Dr Cognet. Le soulagement peut durer six mois ou deux ans, il n’y a pas de règle. Certaines personnes peuvent même être tranquilles pendant dix ans. »

Par contre, si la compression est importante (celle-ci s’évalue en fonction de la vitesse de conduction du nerf, visible grâce à un examen appelé électromyogramme), une intervention chirurgicale s’impose pour élargir le canal carpien. Cette opération est rapide (une vingtaine de minutes) et réalisée en général sous anesthésie locorégionale (celle-ci permet de n’endormir que la partie du corps concernée par l’intervention). La rééducation post-opératoire n’est pas nécessaire et le patient est encouragé à utiliser sa main dans les activités de la vie quotidienne, tout en étant raisonnable (le bowling est à éviter dans les jours suivant l’acte chirurgical !). « Les réveils nocturnes et les douleurs disparaissent très rapidement après l’intervention, ajoute le Dr Cognet. Mais, si la compression était importante, il faudra plusieurs mois pour récupérer la sensibilité des doigts. »

Peut-on prévenir ce syndrome ?

Afin de limiter les risques d’apparition d’un syndrome du canal carpien, il est recommandé d’adopter certaines postures, notamment quand on pratique des gestes répétitifs. « Idéalement il faut essayer de garder le plus possible sa main dans le prolongement de l’avant-bras, de ne pas casser le poignet », indique Emmanuelle Peris. Grâce à un matériel adapté, certains mouvements potentiellement néfastes peuvent également être évités. « Par exemple, pour une femme de ménage qui est amenée à tordre fermement une serpillière plusieurs fois par jour, un balai-essoreur constitue un meilleur outil », fait remarquer le Dr Peris.

Dans le monde de l’entreprise, où l’impact socio-économique des TMS (absentéisme, pertes de capacité de production, difficultés à recruter…) est devenu un enjeu important, « la prise de conscience doit être générale car il est possible d’agir en prévention pour réduire la fréquence et la gravité de ces maladies », assure l’experte de l’INRS. Les principaux leviers d’action ? Repenser l’organisation du travail (diversification des tâches, possibilité de faire des pauses…) et aménager le poste et les outils professionnels en concertation avec les salariés et en lien avec les instances de représentation du personnel. En complément, des programmes de sensibilisation et de formation à destination de l’employeur et des salariés peuvent également être utiles. Car, dit Emmanuelle Peris, « dans le syndrome du canal carpien, comme dans les autres TMS, le geste n’est pas le seul en cause. Les contraintes psycho-sociales (mauvaises relations de travail, défaut d’entraide entre collègues, manque de reconnaissance…) peuvent en effet devenir sources de stress et renforcer les risques ».

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Natacha Czerwinski

journaliste spécialisée dans les sujets de société (éducation, famille, environnement, initiatives positives...)

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