Reconnaître, prévenir, soigner la dépression saisonnière

Fatigué, sans entrain, déprimé, chaque année à partir de l'automne ? Il s'agit peut-être de dépression saisonnière. Une personne sur dix en serait atteinte en France.

dépression saisonnière

Quels sont les signes d’une dépression saisonnière ?

La dépression saisonnière présente en partie les mêmes symptômes qu’une dépression « classique » : tristesse sans raison, ralentissement, perte d’envie, manque de dynamisme, idées noires…  S’y ajoutent des symptômes plus spécifiques : augmentation de l’appétit, surtout pour les aliments sucrés, prise de poids, tendance à passer plus de temps dans son lit, à dormir davantage que le reste de l’année. Si ces symptômes apparaissent de manière cyclique avec l’arrivée de l’automne et disparaissent spontanément au retour du printemps, il est bon de consulter un médecin.

« Il faut cependant distinguer la dépression saisonnière de ce que j’appelle le blues de l’hiver », souligne le Dr Eric Charles, psychiatre et auteur d’un livre sur le sujet*. « Tout le monde ou presque ressent un coup de fatigue à l’arrivée de l’automne, précise-t-il, et c’est normal. La dépression saisonnière, elle, installe les symptômes sur plusieurs mois », précise le médecin.

Quelle est la cause de la dépression saisonnière ?

On parle d’un « désordre circadien » : l’horloge biologique est déréglée. « Dans le cerveau, une petite zone de l’hypothalamus joue le rôle de tour de contrôle de notre horloge biologique qui nous recadre avec le monde extérieur, grâce à l’alternance jour/nuit et à nos rythmes sociaux, explique le Dr Charles. Quand la durée des journées diminue, certaines personnes n’arrivent pas à bien se resynchroniser. » Cette fragilité de l’horloge biologique concernerait une personne sur dix en France. La prévalence augmente avec la latitude : dans certaines régions (nord du Canada, pays scandinaves), on cite une personne sur deux à une personne sur cinq sujette à cette dépression saisonnière.

Comment soigner la dépression saisonnière ?

La luminothérapie, soit l’exposition chaque matin tôt à une lumière intense, proche de la lumière naturelle, est le meilleur traitement à ce jour. Les antidépresseurs fonctionnent également, mais moins rapidement et de façon moins ciblée.  « La luminothérapie s’attaque directement à la cause du problème : le manque de lumière naturelle pour réguler le rythme biologique », explique le Dr Charles.

En s’exposant à une lumière très puissante, tôt le matin, on envoie un signal à l’horloge biologique qui va modifier la sécrétion de plusieurs hormones, dont la mélatonine, la sérotonine, le cortisol, qui régulent le sommeil et l’éveil. « La luminothérapie est très bien tolérée et efficace en quelques jours, contre plusieurs semaines pour un antidépresseur », précise Eric Charles, qui prescrit régulièrement des cures de quinze jours.

Comment prévenir la dépression saisonnière ?

Dès que les jours raccourcissent, il faut essayer de s’exposer au maximum à la lumière naturelle, le plus tôt possible le matin. Si ce n’est pas possible, vous pouvez opter pour une lampe de luminothérapie. Attention ! S’exposer à un éclairage classique n’a aucune efficacité. « Pour donner un exemple, une ampoule traditionnelle a une intensité de 100 ou 200 lux, une lampe de luminothérapie de 10 000 lux, et le soleil en été de 100 000 lux », précise le Dr Charles. N’hésitez pas à demander conseil à un médecin avant l’achat d’un dispositif de luminothérapie, afin de vérifier si celui-ci est aux normes et efficace.

« L’exercice physique est très important aussi. L’idéal est d’en faire le matin pour resynchroniser au maximum nos rythmes biologiques », conseille le Dr Eric Charles. Le psychiatre ajoute qu’avoir des horaires de repas, de coucher et surtout de lever réguliers a aussi son importance pour recaler naturellement son horloge biologique.

L’hiver 2020 et la crise du coronavirus risquent-ils de provoquer davantage de dépressions saisonnières ?

Nombreux sont les professionnels de la psychiatrie qui s’inquiètent des conséquences de cette crise sur la santé mentale des Français. Les contacts sociaux plus réduits (avec les restrictions et les gestes barrières) peuvent poser un problème, car « ils constituent un facteur très important de synchronisation des rythmes biologiques », précise le Dr Charles.  De même, avec la généralisation du télétravail, certains Français peuvent être amenés à être moins exposés à la lumière du jour et à faire moins d’activité physique. Il est donc d’autant plus important cet hiver de prendre ces bonnes habitudes de prévention.

 * A chacun son rythme ! Vivre en harmonie avec son horloge biologique, Ed. First.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Pauline Hervé

journaliste spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (prévention, innovation et recherche, soins...)

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