Sclérose en plaques : « Elle ne se guérit pas mais elle peut être stabilisée »

Chaque année, 5 000 nouveaux cas de sclérose en plaques sont diagnostiqués en France. Aujourd’hui, des traitements existent afin de ralentir la progression de la maladie. Le point avec le Pr Bruno Brochet, chef du service neurologie au CHU de Bordeaux.

Sclérose en plaques : « Elle ne se guérit pas mais elle peut être stabilisée »

Peut-on dire qu’il existe deux formes de sclérose en plaques, l’une par poussées et l’autre progressive ?

Pr BrochetBruno Brochet : Il y a à la fois des formes et des phases différentes dans la maladie. Au début, les symptômes peuvent se manifester sous forme de poussées c’est-à-dire des troubles neurologiques qui durent quelques semaines. On parle alors d’une phase ou d’une forme rémittente. Cette forme est la plus courante, elle concerne environ 85 % des personnes atteintes de la sclérose en plaques au début. Et pour 15 % des malades, cela commence par des troubles qui vont s’installer de manière insidieuse, on parle de forme progressive. À noter que des patients peuvent débuter leur maladie par des poussées et évoluer secondairement vers une forme progressive. D’après des études récentes, la proportion de patients qui passent de la forme rémittente à la forme progressive a diminué de façon importante ces dernières années grâce à l’arrivée des traitements.

Plus de 100 000 personnes touchées

La sclérose en plaques est une maladie auto-immune, c’est-à-dire que le système de défense (ou système immunitaire) attaque des éléments de l’organisme. Cette maladie touche le système nerveux central c’est-à-dire le cerveau, la moelle épinière et les nerfs optiques. Plus de 100 000 personnes* sont concernées en France.

* Source : Arsep fondation

Troubles de la sensibilité, fourmillements, névrite optique

Quels signes doivent alerter ?

B.B. : Pour la forme rémittente, les poussées les plus fréquentes sont les suivantes : la névrite optique avec l’inflammation du nerf de l’œil (baisse de la vision pendant plusieurs jours associée à des douleurs), l’inflammation de la moelle épinière qui donne des troubles de la sensibilité avec des picotements, des fourmillements… Il peut aussi y avoir des vertiges qui entraînent une sensation de rotation sur soi-même, des épisodes de troubles de la vision double. Ces poussées s’installent quelques jours puis régressent grâce aux corticoïdes. Pour cette forme de sclérose en plaques, le diagnostic aujourd’hui est rapide grâce notamment à l’IRM.

Dans les formes progressives, le diagnostic est parfois plus lent car les troubles arrivent de manière plus insidieuse. Les personnes vont décrire des difficultés pour marcher. Si elles ont l’habitude de faire de la randonnée par exemple, elles font 10 km sans difficulté et là elles se rendent compte qu’au bout de 4 ou 5 km, elles sont obligées de s’arrêter, puis au bout de 1 km. Elles sentent leurs jambes raides, faibles. Et souvent, elles sont envoyées à tort faire des bilans vasculaires ou rhumatologiques alors que c’est une atteinte neurologique.

Les femmes sont plus touchées par la sclérose en plaques que les hommes, pourquoi ?

B.B. : Dans les formes par poussées qui représentent 85 % des patients, la proportion est de trois femmes pour un homme. Dans les formes progressives, il y a autant d’hommes que de femmes. Dans la plupart des maladies auto-immunes, les femmes sont plus touchées. Plusieurs facteurs interviennent notamment des facteurs génétiques liés au chromosome sexuel. Ensuite, on sait que des facteurs environnementaux jouent un rôle et notamment le tabagisme. Et la proportion de femmes qui fument ne diminue pas contrairement aux hommes.

Peut-on être touché à tout âge par la sclérose en plaques ?

B.B. : Il existe des formes pédiatriques, des scléroses en plaques dites précoces peuvent commencer avant 10 ans. La fourchette la plus fréquente pour les formes par poussées se situe entre 15/16 ans et 35 ans avec une moyenne vers 30 ans. Pour la forme progressive, le début est souvent plus tardif, vers 40 ans voire plus. La maladie débute parfois après 50 ans, voire 60 ans.

Une vingtaine de centres de ressources et de compétences

Dans le cadre du plan de maladies neuro-dégénératives 2014-2019, une vingtaine de centres de ressources et de compétences pour la sclérose en plaques ont été créés au sein des CHU. Les professionnels de santé (neurologues, infirmiers, kinésithérapeutes…) sont ainsi regroupés dans un même lieu pour la prise en charge des patients mais également pour des travaux de recherche.

Des traitements de fond et une prise en charge symptomatique

Quels traitements existent aujourd’hui ?

B.B. : Le risque d’évolution vers un handicap sévère a beaucoup diminué depuis l’arrivée des traitements, il y a une vingtaine d’années. Ce n’est pas une maladie dont on guérit mais, dans bien des cas, elle peut être stabilisée et contrôlée par des traitements. Certains visent à empêcher les poussées et d’autres à empêcher la progression. Mais malgré ces traitements qui stabilisent la maladie, des symptômes comme les douleurs, la fatigue, les problèmes cognitifs, urinaires peuvent persister. Des traitements symptomatiques sont donc de plus en plus développés. Un certain nombre de critères (tolérance, contre-indications…) nous permet de choisir avec le patient le médicament qui lui correspond.

A noter que la prise en charge de cette maladie ne repose pas uniquement sur les traitements de fonds, il y a une prise en charge symptomatique avec les kinésithérapeutes, les orthophonistes, les psychologues, les infirmiers, les urologues…

Où en est la recherche concernant le traitement de cette maladie ?

B.B. : Actuellement beaucoup de recherches sont menées. Dans la sclérose en plaques, il y a une atteinte des fibres nerveuses et des gaines qui entourent la fibre nerveuse, ce que l’on appelle la myéline. Les recherches se portent aujourd’hui sur des traitements qui protègent ou réparent ces gaines de myéline. Plusieurs médicaments sont à l’essai. Si on arrive à combiner les traitements qui bloquent l’inflammation et à protéger le système nerveux avec des traitements réparateurs, cela permettra de diminuer le risque de handicap et peut-être même de permettre dans quelques années à certains patients de récupérer leur handicap.

Les recherches avancent vite dans ce sens plus que dans la recherche d’un traitement curatif qui nécessiterait une approche lourde du système immunitaire.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Cécile Fratellini

rédactrice en chef adjointe d’Essentiel Santé Magazine, spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (handicap, prévention, maladies…)

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