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Le sport, un médicament (pas) comme les autres

Des médicaments contre la tension, contre le diabète… Ce sont les prescriptions habituelles des médecins. Pourtant, dans certaines villes comme Blagnac en Haute-Garonne, le sport est devenu un médicament comme les autres… ou presque.

La pause déjeuner à peine terminée, Tina, 51 ans, Christine, 34 ans ou encore Stéphane, 49 ans, ont chaussé leurs baskets pour une séance de marche avec Philippe, « leur » éducateur sportif. Ce petit groupe fait partie de la quarantaine de patients blagnacais qui bénéficient de deux séances d’une heure d’activité physique par semaine, encadrées par un éducateur sportif.

En effet, après Strasbourg en 2012, la ville de Blagnac en Haute-Garonne a décidé, en 2013, de mettre en place le dispositif « sport sur ordonnance ». Il s’adresse aux habitants de la ville atteints d’une pathologie chronique comme le surpoids, le diabète, les cancers du sein et du côlon ainsi que les pathologies cardiovasculaires et pulmonaires. Leur médecin, qui a signé une convention avec la ville, leur prescrit des séances d’activité physique.

« La nouveauté n’est pas la prescription de l’activité physique mais bien qu’elle soit encadrée. On a toujours dit à nos patients d’être plus actifs, moins sédentaires mais ces conseils n’étaient pas souvent suivis d’effet », explique le Dr François Lafon, médecin généraliste coordonnateur du dispositif. Affirmation que ne contestera pas Christine qui a commencé il y a trois mois. « C’est plus facile de se motiver et de se stimuler en groupe. On discute, on apprend à se connaître tout en travaillant le cardio grâce à la marche. » Et l’encadrement professionnel rassure les patients. « On ne fait pas n’importe quoi. J’ai appris à mieux respirer », précise Tina.

 

Moins de médicaments

L’objectif pour tous est le même : remettre le pied à l’étrier et devenir autonome. Stéphane, lui, termine son année de « sport sur ordonnance » et est justement, à la recherche d’une association pour continuer. « Grâce à ces séances, j’ai retrouvé de la mobilité et pris conscience de mon corps. Je prends désormais plaisir à marcher. » Trois éducateurs sportifs de la ville sont mis à disposition 20 heures par semaine. Toutes ces séances de marche, de renforcement musculaire ou encore d’aquagym se font dans une bonne ambiance. « La bonne humeur prime car le mental commande beaucoup de choses. Et les patients reviennent plus facilement », explique Gilles, éducateur sportif en plein cours de renforcement musculaire dans un gymnase. « Vous avez votre permis ? Alors, marchez ! », dit-il aux patients en plaisantant.

Très à l’écoute, il prend le pouls de l’un d’entre eux puis aide une autre à travailler ses abdos. Les exercices sont simples et imagés afin de pouvoir les refaire seul à la maison. Trois fois dans l’année, un bilan est réalisé par le médecin. « Le bénéfice est médical. Certains ont pu diminuer leurs médicaments contre le diabète ou l’hypertension. Les doses tenaient compte de leur sédentarité. Grâce à leur mobilisation, leur métabolisme change. Ils sont rassurés car ils se rendent compte qu’ils peuvent faire de l’exercice. Et puis ça crée du lien social aussi », rappelle le Dr François Lafon. Des bénéfices indéniables qui devraient motiver de nombreux « sédentaires » à se (re)mettre à l’activité physique.

 

Le « sport sur ordonnance » adopté

L’amendement sur la prescription médicale du sport dans le projet de loi de santé a été adopté à l’unanimité par les députés en fin d’année dernière. Certaines villes comme Strasbourg, Blagnac, Rennes, Chambéry ou bien encore Biarritz ont déjà mis en place ce dispositif depuis plusieurs années. En l’inscrivant dans la loi, cela lui donne un cadre et devrait permettre de le généraliser. En octobre dernier, les premières assises européennes du sport santé sur ordonnance se sont même déroulées à Strasbourg. Elles ont réuni de nombreuses villes qui ont pu faire part de leurs expériences.

 

« C’est une mesure de bon sens »

Valérie Fourneyron* – Député

Valérie Fourneyron« L’activité physique est une thérapeutique complémentaire à la thérapeutique médicale. De nombreuses études scientifiques le montrent. En adoptant cet amendement du sport sur ordonnance, on met l’activité physique à sa juste place. C’est une mesure de bon sens. Aujourd’hui, cela ne concerne que les patients en ALD (Affection de longue durée) mais, à terme, pourquoi ne pas l’ouvrir à l’ensemble de la population ? Prescrire du sport est une véritable évolution dans la prise en charge du patient. On l’oriente vers des professionnels du sport qualifiés, avec l’objectif qu’il rejoigne ensuite un club sportif. Il faut faciliter l’accès à l’activité physique et rappeler que le sport est indiqué avant d’être contre-indiqué. »

* Députée de la 1ère circonscription de Seine-Maritime, ancienne ministre en charge des Sports, qui a déposé l’amendement « sport sur ordonnance ».

Le chiffre

9 millions : c’est le nombre de patients atteints d’une affection de longue durée en France. Grâce à l’amendement « sport sur ordonnance », les médecins traitants pourront leur prescrire des activités physiques adaptées.

  • Cécile Fratellini
  • Crédit photo : Daniel Vijorovic / DR

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