Troubles bipolaires : quels sont les traitements ?

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Avec les bons interlocuteurs et les traitements adaptés – médicaments, psychoéducation et psychothérapie – il est possible de réguler les troubles bipolaires et surtout de mieux vivre avec.

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Les traitements médicamenteux

Les troubles bipolaires sont des troubles de l’humeur, caractérisés dans la plupart des cas par une alternance de phases dites maniaque ou hypomaniaque (de grande excitation), et de phases dépressives. Le rôle des médicaments est de soigner les phases aiguës et surtout de protéger contre des rechutes.

« Pour la majorité des troubles bipolaires de type 1 (caractérisés par la présence d’un épisode maniaque), il est essentiel d’en prescrire » explique le Dr Elie Hantouche, psychiatre à la tête du Centre des troubles anxieux et de l’humeur (CTAH).

Le traitement de référence est le lithium qui agit comme un régulateur de l’humeur. Cependant, « certains patients ne supportent pas ses effets secondaires : perte de cheveux, prise de poids, perte de libido, tremblements, dérèglements de la thyroïde ou de la fonction rénale », poursuit-il. De plus, le lithium prescrit seul ne peut pas soigner l’ensemble des symptômes bipolaires. Ainsi la plupart des patients prennent des combinaisons de psychotropes. Parmi elles, les anti-maniaques, qui sont des antipsychotiques prescrits notamment durant la phase aiguë de manie et certains antiépileptiques, qui ont aussi des effets de régulation de l’humeur.

« Le vrai défi actuel est de soigner les phases dépressives chez les personnes bipolaires. Avec les antidépresseurs, il existe un risque majeur de provoquer ce qu’on appelle un « virage maniaque », une déstabilisation du trouble avec plus de cycles, et induire des tentatives de suicide », explique le psychiatre. L’usage des antidépresseurs est autorisé mais avec beaucoup de précautions.

Des recherches récentes ont révélé que la kétamine (un médicament vétérinaire, également détourné comme drogue « récréative ») possède un effet positif sur la phase dépressive. Elle est actuellement commercialisée sous forme de spray nasal et son utilisation est limitée en France aux cas de dépressions résistantes – « mais curieusement pas chez les bipolaires ! » regrette le Dr Hantouche- et uniquement utilisée à l’hôpital.

Psychothérapie et psychoéducation contre les troubles bipolaires

Les médicaments ne sont qu’un des trois piliers du traitement. La psychothérapie aide la personne à connaître la nature de son trouble et à mieux réguler ses émotions et agir sur les facteurs susceptibles de déclencher des rechutes.

Depuis dix ans, on assiste aussi en France à un essor de la psychoéducation. « Son but est de rendre les patients plus lucides de leur trouble et devenir des acteurs de leurs soins », explique le psychiatre. Ils sont aussi invités à respecter l’ensemble des règles d’hygiène de vie très importantes comme la régularité du sommeil, le contrôle de la consommation de l’alcool et des stimulants, le rythme d’activités… Enfin, ils apprennent à mieux reconnaître les signes d’alerte afin de prévenir une rechute. La psychoéducation passe par des entretiens individuels ou en groupes de parole entre pairs avec un médecin, psychologue et/ou un pair-aidant.

De nombreuses études prouvent la diminution du taux de rechutes dépressives et maniaques, la diminution de la durée des hospitalisations et une meilleure adhésion au traitement médicamenteux grâce à la psychoéducation, selon la fondation FondaMental.

À quoi servent les questionnaires sur les troubles bipolaires ?

Les tests et questionnaires spécifiques, dont certains sont disponibles en ligne, sont un outil de dépistage pour le psychiatre. Ils ne permettent en aucun cas de s’autodiagnostiquer mais peuvent donner de premières indications. Le Dr Hantouche explique avoir travaillé à partir des réponses de 10 000 patients pour valider deux questionnaires, « l’un pour dépister l’hypomanie, ces phases « légères » de manie qui passent souvent inaperçues, et l’autre la cyclothymie (un tempérament de hauts et bas continuels, forme distincte et spécifique de bipolarité) ». Cette étape de dépistage est nécessaire pour éviter que les patients soient reconnus et traités comme ayant une « simple » dépression.

À quoi servent les centres experts des troubles bipolaires ?

Il existe en France des centres de référence qui proposent un suivi global avec des soignants spécialistes de cette pathologie. On peut citer :

L’avantage de ces centres est de proposer au patient, dans un même lieu, des premiers entretiens et questionnaires avec un psychologue, des pistes de diagnostic avec un psychiatre qui propose ensuite un plan d’action. L’errance diagnostique est un problème avec les troubles bipolaires – il faut compter en moyenne dix ans actuellement avant d’établir un diagnostic. Ces centres permettent de gagner énormément de temps et de prendre en charge les troubles au plus tôt, quel que soit l’âge.

Les troubles bipolaires peuvent en effet apparaître chez les jeunes, le pic moyen est entre 15 et 25 ans et parfois avant la puberté. « Plus la maladie est décelée tôt dans la vie, plus il sera facile d’éviter les complications psychosociales et la récurrence élevée des épisodes, et éventuellement éviter les hospitalisations et les traitements lourds à vie », indique le Dr Hantouche.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Pauline Hervé

journaliste spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (prévention, innovation et recherche, soins...)

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