Troubles psychiatriques : la prise en charge des ados en question ?

Détectés tardivement et mal diagnostiqués, les troubles psychologiques à l’adolescence peuvent avoir de lourdes conséquences pour le développement du jeune adulte. La sensibilisation du grand public et les nouvelles pistes de prise en charge pourraient changer la donne.

Troubles psychiatriques : la prise en charge des ados en question ?

C’est principalement à l’adolescence qu’émergent les troubles schizophréniques et les troubles bipolaires. Près de la moitié des problèmes de santé mentale (anorexie mentale, boulimie, dépression, névrose obsessionnelle, troubles obsessionnels compulsifs (TOC), autisme…) commenceraient même avant l’âge de 14 ans. Ce qui ne signifie pas qu’ils sont immédiatement détectés, loin s’en faut.

Une détection tardive et un diagnostic délicat

La détection des affections psychiatriques à cet âge souffre en effet d’un retard conséquent. « Actuellement, explique Maurice Corcos, chef de service du département de psychiatrie de l’adolescent et de l’adulte jeune à l’Institut mutualiste Montsouris (Paris), les adolescents nous arrivent en consultation en moyenne 2 à 3 ans après les premiers symptômes inquiétants déjà en eux-mêmes suffisamment inquiétants. »

Par la suite, il n’est, en outre, pas facile de poser un diagnostic. Pour le psychiatre, les symptômes initiaux lors de cette phase de croissance et de développement sont, en effet, moins spécifiques et consistants que chez les adultes. Le risque est grand alors de poser un diagnostic flou qui pourrait « enfermer » les jeunes dans une pathologie.

Des délais lourds de conséquences

Ces délais sont d’autant plus problématiques que c’est aux premiers temps de l’affection que les réponses aux traitements sont meilleures et les chances de rémission plus élevées. « Ce temps perdu est parfois suffisant pour que les troubles s’installent, s’organisent et se renforcent », confirme Maurice Corcos. Avec le risque d’une bascule dans la perte de contact avec la réalité et le rythme social.

Ces enjeux d’une détection précoce sont encore plus lourds aujourd’hui car les troubles apparaissent chez des individus de plus en plus jeunes. « Cliniquement, confirme Maurice Corcos, nous observons davantage qu’auparavant de passages à l’acte suicidaire et d’auto-agressions (anorexie, automutilation, scarifications) chez des patients bien avant leur puberté. »

Mieux connaître la maladie mentale

La méconnaissance de l’affection mentale est la cause principale de ces retards dommageables. Pour Maurice Corcos, « les jeunes, mais aussi les proches et les enseignants qui constatent leurs difficultés, sont souvent dans le déni, par peur de la « maladie mentale ». Les médecins généralistes eux-mêmes n’ont pas été formés pour en identifier les signes avant-coureurs et manquent de temps pour une bonne évaluation. » Aujourd’hui encore, la psychiatrie fait l’objet de fantasmes et les malades mentaux sont toujours stigmatisés. Auprès des jeunes, leurs parents et les enseignants, qui tous se disent mal informés et démunis, c’est donc un important travail d’information et de sensibilisation qui doit être engagé.

Une approche collaborative et évolutive

Face au risque d’errance diagnostique, c’est la prise en charge pluridisciplinaire au sein de structures dédiées (Maisons des Adolescents, Centre Médico-Psychologiques, Centres Médico-Psycho-Pédagogiques…) qui est désormais privilégiée. Dans ce cadre, psychiatres, psychologues cliniciens mais aussi infirmiers, orthophonistes, psychomotriciens et éducateurs échangent régulièrement. Ce qui permet d’ajuster la prise en charge à la réalité complexe, polymorphe et volatile de ces patients jeunes.

« Dans cette démarche, les parents ont un rôle important à jouer au travers des thérapies familiales indispensables. Et un travail capital doit être conduit sur le corps que ces adolescents agressent par l’usage des médiations corporelles (massages relaxation, psychomotricité, socio-esthétique…) », conseille le Pr Corcos.

Mais la prise en charge s’enrichira encore à l’avenir au gré des observations cliniques. C’est ainsi que l’Institut Montsouris a récemment mis en place un dispositif (ÉTAPE) dans lequel un binôme psychiatre-éducateur se rend aux devants de jeunes à qui s’est imposé de vivre reclus. Un phénomène de retrait importé du Japon (avec les hikikomoris) et qui semble devoir s’implanter aussi en France…

Pour aller plus loin :

Le suicide : 2e cause de décès chez les 15-19 ans

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé, 10 à 20 % des adolescents dans le monde seraient concernés par les troubles mentaux. Ils représentent 16 % de la charge mondiale de morbidité et de blessures chez les personnes âgées de 10 à 19 ans. Le suicide est désormais la deuxième cause de décès chez les 15-19 ans.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Yann Cabaret

journaliste spécialisé dans les sujets de société et de protection sociale (solidarité, environnement, retraite, chômage, assurances...).

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