Variole du singe : quels sont les symptômes et les traitements ?

mis en ligne le :

La variole du singe est un virus contagieux. Elle se caractérise par des éruptions cutanées. Apparue en Europe en mai 2022, l’épidémie gagne progressivement le monde. Elle est considérée par l’OMS comme une urgence de santé publique internationale.

variole du singe

Depuis mai 2022, l’épidémie de la variole du singe a fait son apparition en Europe. D’abord localisée au Royaume-Uni, en Espagne et au Portugal, elle s’est ensuite propagée aux pays voisins. Un premier cas a été signalé en France le 19 mai dernier. Le 28 juillet 2022, Santé publique France comptabilisait plus de 1 900 patients atteints de cette maladie infectieuse dans l’Hexagone.

La variole du singe gagne du terrain de jour en jour. Contagieuse, elle constitue une urgence de santé publique internationale. L’Organisation mondiale de la santé a déclenché depuis le 23 juillet le plus haut niveau d’alerte de surveillance.

« On dénombre peu de formes graves de variole du singe. Ça reste une pathologie assez bénigne », confie le docteur Hélène Coignard, urgentiste-infectiologue aux Hospices civils de Lyon, membre du groupe Emergences de la SPILF *et de la mission nationale Coreb **.

La vigilance est cependant de mise. « La variole du singe est une infection virale et le propre d’un virus est de muter. On l’a vu avec le coronavirus et les grippes. Il ne faut pas s’alarmer mais il faut considérer cette infection avec sérieux. »

Pourquoi le nom de « variole du singe » ?

La variole du singe est une zoonose. Cela signifie qu’elle est d’origine animale. Sa transmission à l’humain se produit par le contact direct avec des fluides biologiques provenant d’animaux morts ou vivants, infectés. Et il ne s’agit pas en l’espèce de primates, comme l’indique son nom, mais plutôt de rongeurs.

« On penche pour des déjections de rongeurs. C’est en tout cas l’origine probable des cas humains de variole du singe en Afrique dans les années 70 », explique le docteur Hélène Coignard, urgentiste-infectiologue aux Hospices civils de Lyon. Le singe est le premier animal chez qui le virus a été identifié, en 1958. Ce qui a donné le dénominatif de la maladie.

Le virus est une variole. Il vient de la même famille que la variole classique, celle des orthopoxvirus. Les lésions cutanées qui les caractérisent sont assez similaires et se transmettent de la même façon. La variole, fléau qui a sévi jusqu’au XXe siècle, a été éradiquée en 1980 après une longue campagne mondiale de vaccination. « Elle présentait une mortalité conséquente et des formes malignes ou hémorragiques importantes. La variole du singe a une très faible mortalité et son évolution reste en général bénigne », conclut le médecin.

Lésions cutanées, muqueuses, gouttelettes respiratoires

La variole du singe se transmet par contact direct avec les lésions cutanées ou avec les muqueuses (génitales, buccales), gouttelettes respiratoires d’une personne contaminée, lors d’un contact prolongé, de rapports sexuels non protégés, ou du partage par exemple de vaisselle, de linge…

L’infection se présente sous forme d’éruptions sur la peau. « Ce sont initialement de petites papules qui évoluent en vésicules. La lésion prend alors plus de relief avec du liquide à l’intérieur, comme ce peut être le cas avec la varicelle », indique l’urgentiste-infectiologue. Les pustules formées vont se percer et donner des croûtes avant de cicatriser « lorsqu’il n’y a pas de surinfection et que l’on ne se gratte pas trop ». Les signes généraux d’accompagnement de ces éruptions cutanées peuvent être la fièvre, des courbatures, des ganglions.

Et le docteur Hélène Coignard de préciser : « Quand il ne s’agit que de boutons sur la peau, comme dans la plupart des cas, ce n’est pas trop grave. Mais quand ça touche les muqueuses et que cela gêne la prise alimentaire ou provoque des douleurs intenses au moment d’aller à la selle, c’est plus compliqué et peut nécessiter d’être hospitalisé ». Certains patients peuvent développer des rectites (inflammation du rectum) ou encore des pharyngites. Certains patients développent également des surinfections bactériennes nécessitant une prise en charge spécialisée.

La variole du singe moins virulente que celle d’Afrique des années 70

La plupart des cas de variole du singe identifiés touchent majoritairement, mais pas exclusivement, les hommes homosexuels multipartenaires non protégés. « Les lésions se développent beaucoup dans les régions ano-génitales, la bouche, puis le torse, le visage…, poursuit le médecin. Les rapports non protégés sont à l’origine de multiples contaminations. »

En Afrique, où la maladie sévit régulièrement depuis les années 70 et a pour la première fois été recensée, les populations les plus impactées ont été les enfants, les femmes enceintes, probablement en raison d’une absence de protection vaccinale par le vaccin historique anti-variole. Aux Etats-Unis, en 2003, le virus n’a fait aucune distinction. « La variole du singe y est apparue après l’introduction d’animaux contaminés auprès des humains ».

La variole du singe, qui s’étend actuellement dans le monde, est moins virulente que celle des années 70. « On n’a pas suffisamment de données car peu d’études ont été conduites à l’époque mais on estime que la mortalité était entre 3 à 10 % de la population infectée selon la souche (ou clade) incriminé. Les complications étaient respiratoires ou neurologiques ou dues à des surinfections bactériennes graves difficilement prises en charge », témoigne le docteur Hélène Coignard. « Nous n’avons pas eu à déplorer ces cas sérieux vus en Afrique. Nous ne sommes pas face au même contexte et à la même gravité de maladie aujourd’hui. »

Les patients infectés par la variole du singe doivent s’isoler

Les personnes infectées sont contagieuses dès l’apparition des symptômes et ce jusqu’à la cicatrisation complète des lésions cutanées et la chute des croûtes. L’incubation de la maladie dure de 5 à 21 jours, « avec une moyenne en général de 7 jours ».

La guérison se constate au bout de deux à quatre semaines. « On ne sait toutefois pas combien de temps le virus reste dans les sécrétions sexuelles, notamment. De ce fait, il est recommandé le port du préservatif encore 8 semaines après la guérison… comme pour tout rapport sexuel à risque », insiste l’infectiologue.

Les patients qui ont contracté la variole du singe doivent s’isoler pour éviter toute contamination d’autrui. « La transmission cutanée est assez importante. Il faut désinfecter les surfaces utilisées, ramasser les croûtes qui tombent et les mettre dans des sacs dédiés, couvrir ses lésions avec des compresses, des gants… », reprend le docteur Coignard. Masques et gestes barrières sont de rigueur.

Un vaccin préventif contre la variole du singe

En cas de complications de la maladie, la variole du singe peut se traiter avec un médicament antiviral, le Técovirimat, autorisé en France depuis le 28 juin 2022. « On soigne les douleurs avec des antalgiques, les surinfections antibactériennes avec des antibiotiques. Des antihistaminiques peuvent être administrés pour éviter le grattage de la peau. »

Un vaccin existe également. C’est celui qui a permis d’éradiquer la variole. « Il s’agit plus précisément de la 3e génération de ce vaccin, mieux toléré, avec moins d’effets secondaires. » Il était jusqu’alors réservé aux cas contact. « Mais la Haute Autorité de santé recommande de l’administrer aussi en prévention pour certaines populations à risque bien précises. »

Depuis le 13 juillet, Santé publique France et SIS-Association subventionnent un dispositif d’écoute pour répondre aux questions sur la variole du singe. La ligne est ouverte de 8 heures à 23 heures, tous les jours de la semaine au 0 801 90 80 69. Le service est gratuit et les appels restent anonymes et confidentiels.

Les tests de détection, réservés aux cas de doute diagnostique, sont remboursés à 100 % par la Sécurité sociale.

*SPILF Émergences est un groupe de travail de la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF) dédié à la thématique « Maladies Infectieuses émergentes » (MIE).

**La mission nationale Coordination opérationnelle risque épidémique et biologique (COREB) a été créée en 2015 pour animer le réseau des établissements de santé de référence pour la prise en charge des patients à risque épidémique et biologique. Son objectif est de préparer et d’accompagner les acteurs de la prise en charge clinique à chaque étape du parcours du patient.

  • Crédit photo : Getty Images
Auteur article
Patricia Guipponi

journaliste généraliste spécialisée notamment en social et santé.

Un commentaire pour cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.