Bruit au travail : quel impact sur la santé et le bien-être des salariés ?

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Près d’un actif sur deux* se dit gêné par le bruit et les nuisances sonores sur son lieu de travail. Ce phénomène n’est pas sans conséquence sur la santé des salariés, mais aussi sur leur bien-être et leur productivité. Décryptage.

Bruit au travail

Méconnaissance du danger ou sentiment d’impuissance ? Le sujet du bruit au travail et des conséquences du bruit sur la santé est encore mal maîtrisé par le monde professionnel. L’association Journée nationale de l’audition (JNA) alerte d’ailleurs depuis plusieurs années sur l’insuffisante prise en compte des effets auditifs dans les politiques de bien-être développées en entreprise. Exemple : 60 %** des salariés n’ont jamais bénéficié d’un dépistage auditif.

Le Code du travail établit pourtant des règles claires en matière d’exposition au bruit. « On estime qu’un niveau d’exposition sonore de 80 décibels durant une période de huit heures doit déclencher des actions préventives, remarque Marielle Dumortier, médecin du travail. Ainsi, il revient à l’entreprise d’équiper ses salariés de bouchons d’oreille adaptés ou de casques antibruit. » À partir de 85 décibels, l’employeur est tenu de prendre des mesures correctives pour préserver la santé auditive de ses salariés : l’encoffrement et le capotage des machines, l’insonorisation des locaux par exemple.

Mais au-delà des seuils fixés par la loi, la question des nuisances sonores recouvre en réalité un phénomène plus large. « Le bruit au travail se définit par toute manifestation sonore désagréable, précise l’experte. À partir du moment où le salarié le vit comme une gêne et s’en plaint, on considère qu’il existe un risque pour sa santé mentale et un effet sur sa productivité. »

Quels sont les secteurs d’activité les plus touchés par le bruit au travail ?

Certains secteurs d’activité réputés bruyants les garages automobiles, le secteur industriel, par exemple ont fait des progrès considérables ces dernières années. Il existe néanmoins une marge de progression importante dans le tertiaire notamment : les open space, les commerces… « Certaines boutiques ou certains supermarchés diffusent, par exemple, de la musique à un niveau sonore élevé, remarque Marielle Dumortier. C’est une ambiance qui se veut festive, mais pour les salariés en poste, c’est éreintant. » De même, le travail en open space ces espaces ouverts où cohabitent plusieurs salariés s’accompagne bien souvent de nuisances incessantes : conversations entre collègues, sonneries de téléphone, etc.

Ces ambiances sonores sont génératrices de stress, de difficultés de concentration et peuvent entraîner des conflits entre les salariés. Dans la dernière enquête Ifop/Journée nationale de l’audition (JNA), menée en 2021, 43 % des salariés interrogés estiment que le bruit et les nuisances sonores peuvent être à l’origine d’agressivité dans les échanges. 44 % du panel évoquent des incompréhensions avec les personnes qui les encadrent et 43 % citent des tensions ou conflits au sein de leur équipe de travail.

Les télétravailleurs sont-ils moins gênés par le bruit au travail que les autres salariés ?

Contrairement aux idées reçues, le télétravail n’est pas forcément de nature à réduire le problème. Au contraire : les actifs en télétravail sont plus nombreux à souffrir du bruit au travail que les autres. Toujours selon l’enquête Ifop/JNA, 56 % des salariés en télétravail quotidien disent souffrir du bruit. Cette proportion s’élève même à 59 % pour les salariés en télétravail régulier (deux à trois jours par semaine).

« Au-delà des décibels quantifiables, le bruit est aussi affaire de représentation, rappelle Marielle Dumortier. À niveau sonore égal, le chant des oiseaux et le passage d’un avion dans le ciel n’engendrent pas le même ressenti. Or, certains bruits peuvent être très mal vécus par les salariés. » Les télétravailleurs peuvent être perturbés, par exemple, par les éclats de voix de leurs enfants présents au domicile ou par le bruit généré par le voisinage.

Toujours dans l’enquête Ifop/JNA 2021, 70 % des télétravailleurs avouent avoir rencontré « des difficultés auditives de compréhension de la parole » lors d’échanges au téléphone et lors d’échanges en visioconférence.

Quels sont les effets directs du bruit au travail sur la santé et la productivité des salariés ?

Outre le risque de surdité bien réel lorsqu’on est exposé à des niveaux sonores toxiques pour l’oreille, le stress généré par le bruit entraîne des dommages pour la santé mentale. 60 % des salariés interrogés par l’Ifop citent la fatigue, la lassitude et l’irritabilité parmi les impacts du bruit sur leur lieu de travail. Ils sont nombreux également à évoquer des troubles du sommeil, des sifflements, des bourdonnements d’oreille (acouphènes) et une souffrance psychologique. « Une situation de stress chronique causé par les nuisances sonores peut aboutir, dans certains cas, à une dépression », note Marielle Dumortier.

Ces troubles ont par ailleurs un effet direct sur la productivité des salariés. Une précédente enquête Ifop/JNA menée en octobre 2016 a permis d’estimer qu’environ 6 millions de Français en activité professionnelle perdent plus de 30 minutes de temps de travail par jour à cause du bruit et des nuisances sonores. Cela représente une perte de productivité d’environ 23 milliards d’euros par an***.

Que peuvent faire les entreprises pour mesurer les nuisances sonores et en réduire l’impact ?

La première étape est de mesurer l’ambiance sonore sur le lieu de travail, puis de prendre des dispositions le cas échéant : équiper les salariés d’une protection individuelle contre le bruit et repenser l’espace de travail pour une meilleure isolation acoustique.

« Les services de médecine du travail disposent de sonomètres qui permettent d’effectuer une mesure du bruit à un temps T, rappelle Marielle Dumortier. Nous suggérons également d’équiper les salariés d’un dosimètre de bruit, destiné à mesurer le niveau individuel d’exposition au bruit. Il s’agit d’un petit appareil portatif doté d’un micro à hauteur d’oreille, qui enregistre les niveaux de bruit sur une période donnée. » Il est également recommandé de soumettre les salariés à un examen audiométrique régulier pour évaluer l’état de leur santé auditive.

Mais il s’agit aussi de mener un travail de sensibilisation pour lutter contre certaines idées reçues. Dans l’enquête Ifop/JNA de septembre 2021, les principaux freins à la réduction du bruit au travail sont identifiés. Il s’agit, en premier lieu, du sentiment que le bruit fait partie de l’environnement de travail et du dynamisme collectif. Mais aussi un certain fatalisme l’idée qu’on ne peut pas y faire grand-chose et le manque d’informations sur les impacts du bruit sur la santé en général.

* Selon l’enquête Ifop pour l’association Journée nationale de l’audition « Bruit et santé auditive au travail : freins et idées reçues », menée auprès d’un échantillon de 1 663 personnes, par questionnaire auto-administré en ligne du 16 au 20 septembre 2021.

** Chiffre issu de l’enquête JNA Ipsos « Bruit au travail ».

*** Estimation sur un an sur la base des tableaux de l’économie française édités par l’Insee en 2014.

  • Émilie Gilmer
  • Crédit photo : Adobe stock

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