Entreprises : avec le déconfinement, le pari difficile du bien-être des collaborateurs

Depuis le 11 mai, les chefs d’entreprise doivent relever un nouveau défi : assurer dans les meilleures conditions le retour des salariés sur leur lieu de travail. Le déconfinement pousse les entrepreneurs à repenser leur organisation et à bousculer leurs habitudes de travail. Témoignages.

Entreprises : avec le déconfinement, le pari difficile du bien-être des collaborateurs

Alors qu’avec l’annonce du confinement, ateliers, entrepôts, usines, bureaux et établissements divers s’étaient vidés d’un jour à l’autre, il a fallu gérer le retour du personnel depuis le 11 mai. Le retour, oui. Mais dans quelles conditions ? La publication par le ministère du Travail, le 3 mai, du protocole national de déconfinement, détaillant l’ensemble des mesures de prévention à respecter, a apporté des réponses sur les modalités de la reprise… mais aussi de nouvelles questions.

Mesures d’hygiène de base, distanciation physique, flux de circulation, équipements de protection, port de masques… L’application de ces recommandations pousse les entrepreneurs à repenser les façons d’organiser le travail et de manager leurs équipes. Comment vivent-ils ce retour sur le lieu de travail ? Comment organisent-ils la reprise des activités tout en respectant la sécurité et le bien-être de leurs salariés ?

Le télétravail souvent maintenu à court terme

Nous l’avons tous constaté depuis le 11 mai : les entreprises du secteur tertiaire privilégient pour la plupart la continuité du télétravail. Ainsi, pour Jérémy Dousson, directeur général du magazine Alternatives Économiques, il n’y a pas d’urgence à rouvrir les bureaux de la rédaction. « 95 % de nos salariés sont en télétravail obligatoire, affirme-t-il. Nous maintenons cette organisation au moins jusqu’au 2 juin. Ensuite, nous devrions continuer d’encourager le télétravail et limiter à une personne par bureau le nombre de salariés qui peuvent venir dans les locaux. »

Même son de cloche chez Julie Verdeau. Cette directrice des Talents chez Lonsdale, une agence de communication parisienne, ne souhaite pas précipiter le retour de ses salariés vers la machine à café. « Nous avons très vite pris la décision de différer ce retour et de maintenir le télétravail, le temps d’y voir plus clair sur les zones d’ombres persistantes », confie-t-elle.

La rotation des effectifs : une solution

D’autres acteurs économiques ont privilégié d’emblée un système de rotation de leurs collaborateurs. C’est le cas d’Emmanuel Plassard, directeur du Théâtre du Vésinet (Yvelines). Afin de garantir la sécurité de ses employés, il a appliqué plusieurs mesures. Parmi elles : semaine réduite à trois jours sur place avec rotation des présences deux demi-journées avec tout le personnel. « Nous avons également mis en place une facilité de télétravail au moins une journée pour les jeunes parents mais aussi pour celles et ceux qui doivent prendre les transports en commun », explique le dirigeant. Sans oublier cette idée assez inédite : la remise d’un document d’autocontrôle pour que chacun puisse s’assurer qu’il a respecté les consignes minimales de la journée. Pour les collaborateurs présents, la mise à disposition de masques et de gel est venue s’ajouter à ces mesures.

C’est aussi sur ce principe de rotation que Julie Verdeau compte s’appuyer pour organiser les retours à compter du 2 juin. « Nous envisageons un roulement d’équipe, avec environ 40 % en présentiel, 60 % en télétravail, explique-t-elle. C’est ce qui nous permettra de garantir la distanciation sociale. »

Entre sécurité et convivialité

Pour certaines sociétés, en particulier dans le domaine industriel ou semi-industriel, il n’y avait pas le choix. Le retour sur le lieu de travail s’est avéré inévitable pour faire tourner les équipements et honorer les commandes. Il a fallu désamorcer la crainte légitime des salariés d’être infectés par le virus du Covid-19 du fait d’un retour physique, au contact des collègues. Comment ces employeurs ont-ils procédé ?

« L’après confinement, ce fut d’abord sécuriser les locaux et suivre les instructions sanitaires du ministère du Travail, souligne Philippe Lachaze, imprimeur à la tête d’un pôle industriel graphique dans l’ouest de la France. Ensuite, dans cet environnement sécurisé, il s’est agi de remotiver le personnel en associant ce retour avec un surcroît de convivialité et de bonne humeur, malgré le contexte et les incertitudes professionnelles qu’il génère. Enfin, l’après-confinement, c’est resserrer les liens internes, offrir des perspectives, faire montre d’une tranquille persévérance pour limiter la casse et appréhender la fin d’année avec un maximum d’énergie… et ce avant les vacances d’été ! ».

Un défi nouveau pour le management

Quelles que soient les solutions choisies pour le déconfinement, cette période très particulière met à l’épreuve les capacités managériales. « Elle arrive dans un contexte déjà altéré, en ce sens que nous voyons depuis plusieurs années une progression des arrêts de travail en France, fait remarquer Lionel Fournier, directeur de la région Atlantique d’Harmonie Mutuelle (groupe VYV) et cofondateur de l’association 1nspire, créée pour favoriser le bien-être des dirigeants. Pour beaucoup de collaborateurs, il y a une imbrication forte entre vie professionnelle et vie personnelle. Le télétravail renforce ce phénomène. Touchant au plus profond la personnalité des gens, il peut être vécu comme une intrusion au domicile de leur univers professionnel, voire de leur employeur. »

Quant au retour au bureau, il questionne le sujet des espaces de travail et des open spaces, ce qui peut aussi être anxiogène pour les collaborateurs car il faut réinventer ce « vivre ensemble ». « Tous ces facteurs vont exacerber les divergences de personnalité d’un collaborateur à l’autre, prévient Lionel Fournier. Le manager va devoir gérer des salariés qui se retrouvent dans un état psychologique différent. C’est là que le management retrouve ses lettres de noblesse. »

Le déconfinement et les défis qu’il engendre en matière de bien-être des collaborateurs devient ainsi un révélateur de la qualité managériale des dirigeants.

Pour aller plus loin :

Association 1nspire

Créée en 2017 par Harmonie Mutuelle, TGS France, 60 000 Rebonds, le Centre des jeunes dirigeants (CJD) Nantes Atlantique et l’Université de Nantes, cette association souhaite replacer la santé du dirigeant au cœur des priorités de l’entreprise. Elle propose plusieurs outils et dispositifs de soutien.

Protocole national de déconfinement pour les entreprises

Publié par le ministère du Travail, ce protocole est destiné à accompagner les entreprises et les associations à reprendre leur activité tout en assurant la protection de la santé de leurs salariés. Et ce, quelles que soient leur taille, leur activité et leur situation géographique.

APESA

L’association « Aide Psychologique pour les Entrepreneurs en Souffrance Aiguë » vise à soutenir les dirigeants en détresse.

  • Félix Maréchal
  • Crédit photo : Getty Images

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