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La déconnexion : indispensable pour mieux se retrouver

Face à ce monde de stress où l’hyperconnexion est légion, il est vital de créer des bulles de respiration pour éviter l’explosion.

La déconnexion : indispensable pour mieux se retrouver

Loin d’elle l’intention de priver ses filles de leurs écrans numériques. Barbara Pastre est simplement soucieuse du temps que consacre sa progéniture aux réseaux sociaux. « Ça nous sclérose. On en oublie l’essentiel : le partage, la vraie communication, prendre l’air », estime celle qui a lancé, à Montpellier, le festival Abracadabra, bulle de déconnexion à l’adresse des enfants et de leurs parents. « J’ai lu dans le très sérieux The Independent que les trois-quarts des petits Britanniques passaient moins de temps au grand air que les prisonniers de droit commun ! », poursuit la dynamique maman. La deuxième édition de la manifestation, qu’elle a initiée, a eu lieu en mai dernier, avec comme mot d’ordre : laisser les smartphones et autres écrans portatifs à la maison. Le temps d’un week-end de jeux de société, d’ateliers culturels, médicoéducatifs amusants, petits et grands retrouvent le plaisir de se reconnecter les uns aux autres.

La méditation lui a sauvé la vie

Daphné Kaufmann, elle, a eu besoin de se relier à elle-même. De se protéger du rythme effréné auquel elle s’était enchaînée. Il en allait de sa survie. Professeur d’anglais en Gironde, soumise à un stress qui aggravait ses problèmes de santé, elle s’est tournée vers la méditation, le yoga, le reiki*. Une révélation. Les effets sur son corps et son mental ont été immédiats. Si bien qu’elle s’est progressivement formée aux disciplines qui l’ont sauvée. Elle est devenue une référence en la matière. « Lorsque j’étais en pleine transition, j’ai même proposé des ateliers de yoga à mes élèves pour qu’ils puissent déconnecter ». Aujourd’hui, elle s’est installée à la campagne, entre l’Aveyron et le Lot. Tient avant tout à s’écouter, se respecter. A témoigner que le bien-être, dans ce monde hyperconnecté, n’est pas une donnée virtuelle. Chacun peut y prétendre.

Un dispositif pour maîtriser le digital

Le bonheur est également une valeur essentielle aux yeux d’Aude Nguyen Van Phu. La jeune Parisienne a pensé Le mode avion, un dispositif pour un usage du digital mesuré. Tout est parti de la disparition prématurée de sa mère. « Elle était hypersensible aux ondes électromagnétiques émises par le wifi et autre Bluetooth ». Aude Nguyen Van Phu s’est alors interrogée sur la place des nouvelles technologies, leur impact dans le monde du travail. Elle entend apporter des solutions aux entreprises, et à leurs employés, pour les amener à un autre usage du numérique. Cette sensibilisation se fait par des formations, des séminaires, des ateliers adaptés. « Je propose des bulles de décélération, une utilisation du digital plus éclairée. Ainsi, on va vers plus d’écoute, de relations apaisées, de performance ». Concentration et attention, perdues ou diffuses, redeviennent vives. Cette approche innovante peut se matérialiser par des journées de travail hors du cadre quotidien, « en totale déconnexion, dans un espace inspirant, atypique, où la créativité reprend le dessus ». Avec l’objectif de se repositionner soi-même et parmi les autres. Une nécessité que beaucoup de dirigeants d’entreprises auraient compris. « Il y a une prise de conscience. On le voit avec le nouveau métier de responsable du bonheur qui fleurit dans certaines sociétés ».

Perte de contrôle, comportement compulsif

L’hyperconnexion peut emmurer, rendre fortement dépendant. « Pour parler d’addiction, il faut se référer au moyen mnémotechnique des 5 C, à savoir une perte de Contrôle, un Craving (une envie à crever de consommer), un Comportement compulsif, un usage Continu et des Conséquences sur la santé sociale, physique, psychologique », indique Laurent Karila**, psychiatre au centre d’enseignement, de recherche et de traitements des addictions de l’hôpital universitaire Paul-Brousse à Villejuif, porte-parole de SOS Addictions. Outre les facteurs développementaux, génétiques, environnementaux, l’addiction suppose une désynchronisation des quatre circuits cérébraux que sont la récompense, la mémoire/apprentissage, la motivation, le contrôle. « Chez l’addict, seules les deux premières fonctionnent ensemble. La motivation est isolée, le contrôle aussi. L’addict ne veut que de la récompense, n’a plus de motivation pour changer de comportement. Je me connecte, je suis hyperconnecté, je ne contrôle plus ».

*D’origine japonaise, le reiki est une technique de soins, dits énergétiques, par imposition des mains.

** Laurent Karila, ‘’25 idées reçues sur les addictions’’, aux Éditions Le Cavalier Bleu.

Se déconnecter est un droit

Avec le numérique, les repères temps et espace ont été bouleversés. Il est à présent possible de travailler n’importe où et à tout moment, d’être joignable en continue. Sans cadre, cela peut induire une augmentation du temps et de charge de travail. Introduit par la loi Travail du 8 août 2016, le droit à la déconnexion vise à respecter les temps de repos et de congés des salariés, et par là même leur vie personnelle et familiale. Il appartient à l’employeur de prendre les mesures nécessaires pour y veiller. Il peut, par exemple, imposer un usage raisonnable et efficient des outils numériques, ne pas obliger ou ne pas faire en sorte que les employés se sentent obligés de répondre aux courriels hors du temps de travail.

  • Patricia Guipponi
  • Crédit photo : Getty Images

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