Stéphane Diagana : « Le sport en entreprise doit profiter à ceux qui en ont le plus besoin »

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Sport et santé sont désormais souvent associés. Dans le monde de l’entreprise, le sport et l’activité physique se développent. Mais les freins sont encore nombreux. L’ancien champion du monde du 400 m haies, Stéphane Diagana, nous explique les raisons et les moyens à mettre en œuvre.

Stéphane Diagana

Champion du monde du 400 m haies en 1997, l’athlète Stéphane Diagana s’est reconverti dans le monde de l’entreprise. Toujours avec le sport en ligne de mire. En effet, il anime des conférences dans les entreprises pour « convertir » salariés et dirigeants au sport et à l’activité physique dans leur milieu professionnel. Il revient sur les freins à la mise en place du sport en entreprise, sur le public visé et sur les bienfaits de l’activité physique sur notre santé.

Selon une étude du Comité olympique, même si 87 % des chefs d’entreprise sont convaincus des bienfaits du sport, seulement 18 % proposent des solutions concrètes pour favoriser le sport au travail. Quels sont les principaux freins aujourd’hui au développement du sport en entreprise ?

Stéphane Diagana : Les freins à la pratique du sport en entreprise sont nombreux. Le premier étant lié à la taille des entreprises, la grande majorité d’entre elles sont petites ou moyennes. Des salariés ne peuvent donc pas être dédiés à la mise en œuvre de ces pratiques, ni même à la réflexion du sujet. Il y a une sensibilité mais ça passe après et c’est compréhensible ! La solution du développement du sport en entreprise passera sans doute par une mutualisation de services comme pour les crèches d’entreprise, restaurants d’entreprise

Là où la mise en œuvre est la plus avancée, ce sont dans les grandes sociétés où l’on trouve par exemple des « happiness officers » (NDLR : responsable du bonheur).

Au-delà de cette première explication, on constate une difficulté à appréhender la mise en place du sport en entreprise. Les dirigeants sont souvent mal informés et se posent de nombreuses questions comme : quels sont les risques ? S’il arrive un accident, que va-t-il se passer ? Est-ce que c’est couvert comme un risque professionnel ? Donc ne sachant pas, ils ne s’engagent pas. Et puis viennent d’autres questions : est-ce que je le mets en œuvre en dehors du temps de travail ? En l’imposant ? Le suggérant ? Quel est le coût pour déplacer un coach ? Pour avancer sur toutes ces questions, il faut partager les expériences et rendre visible ce qui se fait. Toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, doivent se sentir concernées. À terme, il faudrait pouvoir leur donner un référentiel d’expériences où serait répertorié tout ce qu’il faut pour mettre en place l’activité physique en milieu professionnel.

L’activité physique a des effets sur le bien-être psychologique

Même si les freins sont encore nombreux, la volonté de mettre en place de l’activité physique ou du sport en entreprise semble de plus en plus forte ?

Stéphane Diagana : En France, le sport en entreprise s’accélère car on le connecte plus facilement à des problématiques de bien-être, de prévention de certains risques comme les troubles musculosquelettiques ou les risques psychosociaux. On sait que l’activité physique joue un rôle dans la lutte contre la dépression et dans le bien-être psychologique. Il y a donc aujourd’hui une prise de conscience car les enjeux sont réels pour le bien-être du salarié mais également pour l’attractivité de l’entreprise sans oublier la réduction des coûts liés à l’absentéisme, au mal-être… De nombreux arguments jouent en faveur de l’activité physique.

Quels sont justement les avantages de l’activité physique au travail ?

Stéphane Diagana  : Quand on parle du stress, on ne peut pas tout résoudre grâce à l’activité physique. Il y a aussi une dimension organisationnelle qui peut être génératrice de stress. Mais l’activité physique peut apporter un plus en matière de cohésion d’équipes, de bien-être individuel. Et elle permet également de lutter contre la sédentarité, un fléau qui tue autant voire plus que le tabac.

Coconstruire le projet de sport en entreprise entre dirigeants et salariés

Comment mettre en place l’activité physique ou le sport en entreprise ?

Stéphane Diagana : Le mot d’ordre est la coconstruction entre dirigeants et salariés. Car il faut veiller à ce que ça profite à ceux qui en ont le plus besoin et qui n’osent pas. En effet, les représentations de l’activité physique, et encore plus du sport, sont un frein pour certains. Il faut donc accompagner les salariés et proposer des programmes adaptés.

Dans certaines entreprises, des personnes avaient envie de participer à un atelier mais elles n’osaient pas y aller car elles trouvaient que les autres étaient trop avancés. Il faut donc remettre en confiance ceux qui en ont besoin et repérer les motivations de chacun. Il faut faire attention aux horaires, les femmes sont souvent plus disponibles le midi qu’en fin de journée, en raison des inégalités liées à la charge de la famille.

La direction doit porter le projet avec beaucoup de force et d’exemplarité. J’ai l’exemple d’une entreprise qui a mis à disposition de ses salariés une belle salle de sport mais personne n’y venait car les dirigeants eux-mêmes n’y allaient pas, les salariés avaient peur des reproches comme « Tu as le temps de faire du sport entre midi et deux mais tu n’as pas rendu ton rapport ». Donc cela doit être cadré sans sujet de discussion implicite sur ce plan. On ne peut pas reprocher à un salarié de faire du sport pendant sa pause déjeuner, comme on ne reproche pas à quelqu’un quand il va fumer ou à la machine à café dans la journée. Mais ce réflexe peut exister vis-à-vis du sport car c’est étranger à l’univers de l’entreprise et c’est nouveau.

Petit à petit, l’activité physique va s’installer dans l’entreprise. Et cette coconstruction, est même l’opportunité d’un travail collaboratif et transversal. Dans la pratique, cela permet d’échanger plus avec ses collègues et cela crée du lien.

Marche nordique ou yoga pour commencer

Quel est l’activité physique ou le sport le plus simple à mettre en place pour les entreprises ?

Stéphane Diagana : Pour une entreprise qui veut démarrer, cela peut commencer par la marche nordique ou la marche active. Si l’entreprise peut mettre une salle à disposition, des cours de yoga, en général très demandés, peuvent être organisés. Concernant la marche nordique, il faut une initiation avec un coach, ensuite un salarié peut être formé et prendre le relais, cela limite les coûts.

Mais on n’est pas obligé de passer par le sport pour augmenter l’activité physique. Il faut imaginer des choses efficaces pour des gens qui ne font rien. Il faut encourager l’activité physique en mettant par exemple en place une réglementation sur l’usage de l’ascenseur avec une communication sympa : « On ne prend pas l’ascenseur pour moins de deux étages sauf si on est chargé ». Des outils existent aujourd’hui pour proposer des challenges de pas. Autre astuce : lorsqu’une réunion dure plus d’une heure, on peut proposer des pauses actives de trois minutes avec des flexions sur place qui ne vont faire transpirer personne mais qui seront de la prévention des risques cardiovasculaires. Des bureaux assis/debout peuvent être aménagés. Car quand on est debout, on renforce ses muscles paravertébraux peu sollicités lorsqu’on est assis. Même quand on est bien assis, on n’est pas soumis à la gravité de la même façon et ces muscles perdent leur tonicité. C’est ainsi que s’installent les hernies discales ou les douleurs de dos chroniques. On peut donc travailler 30 minutes assis, 10 minutes debout. Mais là encore, il faut que ce soit partagé, il ne faut pas être le seul à faire cela dans l’open space. Il y a un an une personne avec un masque dans la rue, on l’aurait regardée bizarrement, aujourd’hui, ça ne choque pas. Les bonnes habitudes peuvent donc se prendre rapidement. Il faut une volonté et dire que c’est pour le bien-être de tout le monde.

Des petites attentions, comme un parking couvert pour les vélos, une douche pour ceux qui veulent aller courir, peuvent avoir des effets et ne coûtent pas grand-chose. C’est important, tout le monde n’est pas obligé d’avoir une salle de sport à son travail.

L’activité physique a été divisée par 8 en 200 ans

Vous intervenez régulièrement dans les entreprises sur le sport santé. Quel message faites-vous passer aux salariés et aux dirigeants ?

Stéphane Diagana : Le premier message que je fais passer : « Pensez à votre corps avant qu’il ne se rappelle à vous par la maladie ». Le corps est souvent le grand oublié. Or il n’y a pas d’un côté la tête et de l’autre le corps, on n’est pas coupé en deux, c’est une parfaite harmonie. C’est un système écologique avec des coopérations. Notre corps, c’est une petite planète à part entière qui a énormément d’interactions et de régulations complexes. La santé passe par notre corps et la santé, c’est la base de tous nos projets. On est fait pour le mouvement. Si on le chasse de nos vies, c’est la vie que l’on chasse aussi. L’activité physique a été divisée par 8 en 200 ans et ce n’est pas sans conséquence. Au début du XIXe siècle, on avait le même niveau que les chasseurs-cueilleurs et puis ça s’est effondré avec la révolution industrielle puis digitale. C’est dangereux pour toutes les maladies métaboliques, inflammatoires… Un exemple : sous le pied, on a un plexus veineux, une pompe veineuse qui s’active quand on marche et permet le retour veineux. Si vous ne marchez pas, les risques de varices, de jambes lourdes augmentent, ce sont des maladies de civilisation liées à nos modes de vie. L’activité physique est obligatoire. Si le sport ne vous plaît pas mais que vous venez au travail à pied ou tous les deux jours, une demi-heure le matin et pareil le soir, c’est très bien !

Hélas, on considère souvent que l’activité physique est accessoire, dans ce cas-là, on se dit que sa santé est accessoire. Il faut prendre soin de soi. Il faut écouter son corps, c’est son capital santé et ça passe par l’activité physique.

C’est important pour vous de continuer à transmettre des valeurs du sport-santé qui vous sont chères ?

Stéphane Diagana : Oui, je connais tout le potentiel de l’activité physique dans le bien-être. Des études sur le marathon 2016-2017 ont été réalisées sur 140 personnes âgées de 21 à 60 ans. Leur tension artérielle et l’état de leurs artères ont été suivis. L’élasticité des artères est un facteur important à suivre pour les risques cardiovasculaires. La préparation du marathon et le marathon en lui-même ont induit un rajeunissement de quatre ans au niveau artériel. Donc il n’est jamais trop tard pour bien faire. Un conseil : mieux vaut faire peu et régulièrement que beaucoup et rarement. Et les bénéfices seront réels.

Stéphane Diagana, un ambassadeur Sport-santé

Désormais ambassadeur Sport-santé d’Harmonie Mutuelle, Stéphane Diagana va promouvoir les bénéfices du sport en entreprise et sensibiliser le grand public sur les bienfaits de l’activité physique. Depuis plusieurs mois déjà, Harmonie Mutuelle s’engage à développer la pratique d’activités physiques et sportives au sein des entreprises avec la fédération française de sport en entreprise (FFSE) L’objectif ? Favoriser la santé et le bien-être des collaborateurs, mais aussi la performance de l’entreprise.

H.C.

  • Crédit photo : Nicolas Gotz
Auteur article
Cécile Fratellini

rédactrice en chef adjointe d’Essentiel Santé Magazine, spécialisée dans les sujets relatifs à la santé (handicap, prévention, maladies…)

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