Harcèlement de rue : les clés pour en venir à bout

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Le harcèlement de rue constitue une violence quotidienne pour des millions de femmes. Il reste pourtant mal connu et souvent banalisé. Seules parades efficaces : une prise de conscience collective et un travail d’éducation à grande échelle.

Harcèlement de rue

« Psst, mademoiselle ? ». Amusant ? Charmant ? Pas vraiment ! Surtout lorsqu’il s’ensuit une cascade d’insultes et de menaces parce que l’interpellation est restée sans réponse. Cette violence – sifflements, regards insistants, remarques irrespectueuses ou humiliantes – est pourtant subie chaque jour par des millions de personnes (principalement des femmes).

« Ces comportements se déroulent dans l’espace public (la rue, les transports en commun) ou semi-public (les bars, les restaurants, les magasins), précise Valentine Millet, membre de l’antenne parisienne de l’association Stop harcèlement de rue. Et d’après les témoignages que l’on reçoit, ils s’observent dans toutes les villes (petites ou grandes), de jour comme de nuit, et dans tous les milieux. Vous avez autant de harcèlement dans l’enceinte d’un ministère, que dans une université ou un quartier populaire. »

Cesser de minimiser le harcèlement de rue

Toujours selon l’association Stop harcèlement de rue, la banalisation du problème est le premier obstacle à une prise de conscience. « Il est important de comprendre que l’outrage sexiste s’inscrit dans un continuum de violences », explique Valentine Millet. Autrement dit : lutter contre le harcèlement de rue aide à combattre les violences plus graves.

« Un regard insistant à un arrêt de bus peut paraître dérisoire comparé à un viol ou à une agression sexuelle, mais si on le banalise, le harceleur ne se sent pas freiné pour passer à « l’étape d’après », remarque la militante. En réalité, se faire observer longuement à un arrêt de bus, c’est très dérangeant. Et lorsque ça arrive plusieurs fois par jour, ça peut avoir un effet traumatique. »

Comprendre le phénomène

Le sexisme ordinaire n’est pourtant pas le seul moteur du harcèlement de rue. Ce type de harcèlement s’appuie également sur deux autres phénomènes : le racisme et l’homophobie. Exemple : recevoir des commentaires quotidiens sur sa coupe « afro » peut être vécu comme une stigmatisation.

« Ces remarques – sexistes ou racistes – créent un environnement hostile pour les personnes qui en sont victimes et portent atteinte à leur dignité et à leur liberté », souligne Valentine Millet. Les témoignages qui parviennent auprès des militants de l’association en attestent : nombre de femmes se sentent mal à l’aise dans l’espace public. Certaines cessent même de prendre les transports en commun, modifient leur itinéraire pour éviter certains endroits, etc.

Intervenir pour protéger les victimes

Reste que chacun a un rôle à jouer pour lutter contre ce fléau. En réagissant, d’abord, lorsqu’on assiste à une scène de harcèlement. Les conseils de l’association Stop harcèlement de rue sont simples : interpeller directement le harceleur (« Laissez la tranquille ! ») ou la victime (« Est-ce que cette personne vous importune ? »).

S’il y a un risque que la situation dégénère parce que le harceleur se montre virulent ou agressif, il est possible d’interrompre de manière indirecte la scène de harcèlement en faisant diversion (renverser bruyamment une boisson par exemple, faire mine d’être perdu ou d’avoir besoin d’aide, etc.). Autre idée à ne pas négliger : solliciter les passants autour de soi pour intervenir collectivement.

Dernier conseil « post-harcèlement » : aller voir la victime pour savoir si elle va bien et lui proposer un témoignage si elle souhaite se rendre au commissariat pour porter plainte. « De même, si vous avez filmé ou photographié la scène, n’hésitez pas à lui proposer de lui fournir les photos ou la vidéo », indique la militante.

Éduquer « près de soi »

Mais au-delà de la scène vécue, un bon moyen de lutter contre le harcèlement de rue est aussi d’en parler avec ses proches, ses amis, sa famille pour que chacun se pose la question : est-ce que je fais bien la distinction entre la drague et le harcèlement ? « La différence, c’est le consentement ! », précise Valentine Millet.

La drague est un échange, une relation à laquelle deux individus consentent, quand le harcèlement relève d’une seule personne qui impose à l’autre son comportement. « Si vous abordez une personne dans l’espace public et qu’elle ne répond pas à votre interpellation, qu’elle accélère le pas ou qu’elle vous signale « non, je ne suis pas intéressé(e) », il n’est pas opportun d’insister », conclut Valentine Millet.

Quelles sont les sanctions prévues par la loi en cas de harcèlement de rue ?

La loi Schiappa du 3 août 2018 instaure une nouvelle infraction : l’outrage sexiste. Il consiste à imposer à une personne un propos ou un comportement à connotation sexuelle ou sexiste, qui porte atteinte à sa dignité ou l’expose à une situation pénible. L’outrage sexiste est puni d’une amende pouvant aller jusqu’à 750 €. Elle peut être portée à 1 500 € en cas de circonstances aggravantes (s’il est commis, par exemple, sur mineur de moins de 15 ans, par plusieurs personnes ou en raison de l’orientation sexuelle de la victime).

L’outrage sexiste peut faire l’objet d’un flagrant délit, si un agent de police ou de gendarmerie est témoin des faits. Sinon, la victime peut porter plainte en s’adressant à un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie. La réception de cette plainte ne peut être refusée.

  • Émilie Gilmer
  • Crédit photo : iStock

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