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Médiation familiale : pour les personnes âgées aussi

La médiation familiale offre la possibilité à des personnes âgées et à leur entourage de prendre des décisions pour l’avenir, dans un cadre apaisé.

« Cela peut être très dur moralement pour une personne âgée de voir ses proches se déchirer sur des questions relatives à sa perte d’autonomie et à sa fin de vie. La médiation familiale peut apaiser les conflits », explique Marie-Odile Redouin, administratrice de la Fédération nationale de la médiation et des espaces familiaux (Fenamef), avant d’insister : « Elle n’est pas réservée aux couples séparés ! »

La pratique, encore confidentielle, séduit des fratries qui s’interrogent sur l’entrée de leur père ou leur mère en maison de retraite ou sur les moyens à mettre en œuvre pour qu’il ou elle reste à son domicile, par exemple. Le médiateur agit comme un tiers impartial, susceptible de recréer du lien au sein de familles qui n’arrivent pas à échanger sereinement. Il peut aussi être directement sollicité par le parent âgé, pour anticiper ses obsèques, sa propre mise sous protection juridique…

L’objectif est de trouver une solution acceptable par l’ensemble des participants ou, au moins, de calmer des tensions. « Il s’agit aussi de redonner sa place à la personne dépendante, qui ne se considère parfois elle-même plus comme un sujet, mais délègue tout à ses enfants », souligne Florence Daugey, déléguée régionale Bourgogne Franche-Comté à l’Association pour la médiation familiale (APMF).

 

Trouver un terrain d’entente

Après un ou plusieurs entretiens d’information, une médiation s’étale en moyenne sur trois séances d’1 h 30 à 2 heures chacune*, dont le contenu est confidentiel. « Nous cherchons à faire émerger des solutions pratiques aux difficultés vécues », résume Cendrine Boulanger, médiatrice familiale à l’association Famille toujours, à Saint-Quentin (Aisne). Le processus préalable est complexe.

« Souvent, le problème invoqué n’est qu’un prétexte que la fratrie utilise pour régler ses comptes, constate Pierre Galimont, responsable de l’Action familiale à l’Union départementale des associations familiales (Udaf) de la Sarthe. Le but est alors aussi de redéfinir le rôle de chacun vis-à-vis du parent. » On « flirte » ainsi avec la thérapie : il s’agit de plonger aux racines de l’histoire du groupe, qui peut révéler des rivalités anciennes.

« Quelques fois, les personnes intéressées viennent se renseigner et semblent tentées par la démarche, mais elles ne donnent pas suite à la rencontre, car elles appréhendent de réunir l’ensemble de la famille », note Marie-Odile Redouin. Les thématiques relatives à la fin de vie, empreintes de tabous, ne sont en outre pas faciles à aborder.

* Selon L’E-ssentiel, publication électronique de la Cnaf, n° 143, février 2014.

 

Une pratique en développement

Même quand un parent âgé ou un de ses proches décide de sauter le pas, encore faut-il convaincre toutes les parties (enfants, frères et sœurs, conjoints…) de s’engager à leur tour. Si nécessaire, le médiateur joue l’entremetteur et les contacte lui-même. « Le travail préparatoire peut durer longtemps, car on doit expliquer les ressorts de la médiation à tous », relève Cendrine Boulanger.

La logistique s’avère parfois très compliquée, quand la famille est nombreuse et éclatée aux quatre coins de la France. Il faut aussi réussir à impliquer la personne vieillissante dans les meilleures conditions possibles (séances à domicile par exemple). « Elle ne participe pas toujours, relève Florence Daugey. On nous sollicite malheureusement la plupart du temps dans l’urgence, quand elle est déjà affaiblie, qu’elle présente des troubles psychiques… »

Mal connue, la pratique se développe peu à peu. Des formations et des groupes de réflexion s’organisent, des initiatives spécifiques voient le jour : comme la permanence d’information sur le sujet ouverte en 2013 au pôle Gériatrie du centre hospitalier universitaire (CHU) de Poitiers ou le dispositif de médiation familiale intergénérationnelle, lancé en 2011 à l’Udaf de la Sarthe, par Pierre Galimont : « Nous communiquons sur cette activité auprès des juges des tutelles, des services d’aide à domicile…, pour que les professionnels comprennent que nous pouvons agir en complémentarité. » Faire parler de leurs pratiques… pour faire parler les familles.

 

Pour en savoir plus

  • Aurélia Descamps
  • Crédit photo : Jodi Jacobson / iStockphoto

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