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L’économie sociale et solidaire dynamise nos campagnes

Grâce à l’économie sociale et solidaire, des habitants redonnent vie à leur village en créant emplois, commerces de proximité, loisirs et lien social.

L’ESS dynamise nos campagnes

Pas un jour sans qu’une école, un bureau de poste, une épicerie ou encore un café… ne ferme dans les territoires ruraux. Alors que, depuis les années 70, la population y augmente.

Face à ce recul des services publics et à la disparition des commerces de proximité, des habitants se refusent à la fatalité. Et décident d’agir collectivement en créant « des coopératives d’artisans, des épiceries associatives et autres commerces de proximité… », explique Bérengère Daviaud, chargée de mission à l’Avise, l’agence de développement de l’économie sociale et solidaire (ESS). « Cette économie se développe dans ces territoires quand d’autres structures s’en vont, souligne-t-elle.

Les premiers résultats de la consultation nationale ESS et ruralité* attestent de ce dynamisme, même s’il n’est pas homogène sur tous les territoires. L’économie sociale et solidaire apporte une réponse durable aux besoins d’activités culturelles, de liens sociaux, de services, de commerces de proximité et d’emploi. »

En chiffres

  • 2 millions de néoruraux se sont installés dans des communes de moins de 2000 âmes en 20 ans (source : Conseil économique, social et environnemental, CESE).
  • 14 %, c’est le taux d’emploi dans l’ESS en milieu rural contre 10,5 % à l’échelle nationale (source : Avise).
  • 25 % des maires affirment avoir vu disparaître le café de leur village (source : Ifop).

Un idéal de solidarité

Si l’ESS est adaptée aux projets collectifs d’habitants, elle présente d’autres atouts. En effet, les modalités juridiques de ces structures peuvent faciliter le démarrage d’une activité et la constitution d’un capital. Par exemple, la société coopérative d’intérêt collectif (Scic) permet à des habitants, une mairie et une association de se réunir dans un même projet.

« On observe également que ceux qui retournent vers la campagne sont dans une dynamique de changement de vie. Ils la vivent comme un espace où tout devient possible pour la mise en œuvre de projets conformes à leurs aspirations, nourries par des idéaux de solidarité, qui collent très bien avec l’économie sociale et solidaire », abonde Frédéric Richard, maître de conférences en géographie à l’Université de Limoges.

* La consultation nationale ESS et Ruralité s’est déroulée jusqu’au 1er mars 2019 dans le cadre du projet Tressons de l’Avise. Un projet qui vise à renforcer l’impact de l’ESS dans les territoires ruraux.

Exemple avec un village de la Creuse

Faux-la-Montagne, dans la Creuse, est un cas d’école en matière de revitalisation d’un territoire rural par l’ESS. Arrivée dans le village en 1984, une bande de copains a fondé la scierie coopérative Ambiance Bois. Cette activité a créé des emplois puis a attiré des familles dans le village. Ces dernières ont peu à peu monté des projets, avec l’aide du maire de l’époque.

Aujourd’hui, le village de 420 âmes compte une trentaine d’associations, des commerces, une télé locale, une crèche, un espace de coworking… Cette effervescence a fait tache d’huile. « Ça essaime sur le territoire, assure Catherine Moulin, maire du village depuis 2009. Pas loin de là, à Gentioux, les habitants ont créé un marché et racheté une maison qui accueille désormais une épicerie, une sorte de tiers-lieu, une naturopathe… C’est bouillonnant ! »

À lire aussi : L’interview de la maire de Faux-la-Montagne, dans la Creuse.

Depuis plus de 30 ans, une scierie coopérative contribue à redynamiser ce village.

DES INITIATIVES EN RÉGIONS

LE CHAMP COMMUN À AUGAN (MORBIHAN)

Tout-en-un pour tous

« Notre objectif est de créer des services et des emplois pour et par les habitants, même si c’est ouvert aux autres », explique Mathieu Bostyn, cofondateur de la coopérative bretonne. Huit ans après son lancement, Le Champ commun a créé un bar à la programmation éclectique, une épicerie, une brasserie, une auberge-restaurant. Avec la volonté d’accueillir et de faire se rencontrer des publics divers : jeunes, anciens, personnes à mobilité réduite. Un exemple qui inspire d’autres collectifs d’habitants que Le Champ commun accompagne dans leurs projets.

Pour aller plus loin, lire notre article : À Augan, en Bretagne, la coopérative Le Champ commun participe à la vie en communauté

COMPTOIR DE CAMPAGNE

Un nouveau modèle de boutiques rurales

Pour lutter contre la désertification des services publics et commerces de proximité dans les villages, pourquoi ne pas créer des boutiques qui rassemblent tous les services sous un même toit ? C’est tout le principe de Comptoir de Campagne, « une chaîne d’épiceries physiques et connectées, multiservice, où l’on trouve des produits d’alimentation mais aussi des services (cordonnerie, pressing, relais poste, guichet billets de train, point presse) et un espace petite restauration », explique Virginie Hils, la fondatrice. L’entreprise labellisée Esus (Entreprise solidaire d’utilité sociale) s’est déjà installée dans deux territoires ruraux de la région Auvergne-Rhône-Alpes et compte ouvrir d’autres boutiques ailleurs en France.

À lire aussi, notre article : Comptoir de Campagne : une chaîne de boutiques multiservices

RECYCLERIE DE BÉZENET (ALLIER)

Emploi, réemploi… et plus encore

« Effrayés par tout ce qui est jeté à la déchetterie », quatre habitants de Bézenet dans l’Allier décident de créer en 2016 l’association Relèves et sa recyclerie. Pari réussi : « Nous sommes submergés par les objets apportés par les habitants », explique Anne Moriou, présidente de l’association. À tel point que la recyclerie, qui compte aujourd’hui 14 bénévoles et deux employés, s’est installée dans un local trois fois plus grand. De quoi accueillir plus de visiteurs encore et organiser des ateliers. « La recyclerie est devenue un véritable lieu de rencontre. »

DORDOGNE

Une école associative se crée, un village s’anime

Cela faisait 25 ans que la sonnerie de l’école du village de Saint-Pantaly-d’Ans en Dordogne n’avait pas retenti. Jusqu’à cette rentrée scolaire 2013 où l’école La Marelle a rouvert ses portes avec un projet pédagogique innovant lancé par Géraldine Seignarbieux, auto-entrepreneuse locale. Plus que proposer une autre façon de faire l’école à 18 enfants, « La Marelle fait revenir des habitants dans le village et joue un peu le rôle du comité des fêtes qui n’existe plus », assure la fondatrice de l’association. Repas partagés, vidéo « Happy St-Pantaly », fête du hérisson, pôle formation… tous ces projets se font avec les habitants et « créent toute une dynamique autour de l’école ».

  • Alexandra Luthereau
  • Crédit photo : Getty

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