L’économie sociale et solidaire offre un accès aux soins bien plus égalitaire

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Les structures de santé de l’économie sociale et solidaire proposent des soins à la fois curatifs et préventifs, adaptés au parcours de vie de chacun. Souvent ancrées dans des territoires peu desservis, elles sont un rempart à la renonciation aux soins de certaines populations et ont fait l’objet d’une étude restituée par le Labo de l’ESS.

ESS et accès aux soins

Il y a un an, le Labo de l’ESS engageait une étude autour de la thématique « Un système de santé pour toutes et tous, ancré dans les territoires ». Le mardi 9 février 2021, Romain Guerry, directeur des relations institutionnelles et de la prospective du Groupe VYV, en faisait la restitution, après avoir chapeauté les visites sur le terrain de cinq structures de l’économie sociale et solidaire prises en exemple pour ce travail d’analyse.

L’étude s’est en effet concentrée sur l’Association communautaire santé bien-être (ACSBE) à Saint-Denis, le centre de santé polyvalent A vos soins de Saint-Nazaire, Soignons Humain à Lille et son agglomération, le Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) Pierre Nicole de la Croix Rouge et la coopérative de santé Richerand, tous deux situés à Paris.

Les difficultés d’accès aux soins n’ont cessé de croître au fil des années, creusées par la crise sanitaire du Covid-19. L’exemple des structures de l’économie sociale et solidaire, ancrées dans des territoires souvent mal desservis, est inspirant à plus d’un titre.

Les soins dispensés par les structures de l’ESS ne sont pas que curatifs

Les soins dispensés sont de qualité et pas seulement curatifs. Ils tiennent compte du parcours de vie du patient, de ses attentes, ce qui rend la prise en charge d’autant plus efficace. La part de prévention, l’écoute, l’interaction y sont très importantes. A l’ACSBE de Saint-Denis, l’équipe pluriprofessionnelle de soignants peut compter sur des médiateurs très investis et sur des patients concernés à la fois par leur santé, la gouvernance du centre et ses activités, dont les ateliers préventifs et collectifs.

Aller au contact des gens porte ses fruits. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 50 % des personnes montées à bord des MarSoins*, camions qui parcourent le Finistère et la Loire-Atlantique, ont consulté un docteur. Ce constat est encourageant pour l’association A vos soins qui œuvre pour un égal accès pour tous aux soins de premier recours**.

La structure s’articule autour d’un centre de santé infirmier et de deux camions qui sillonnent les quartiers populaires, ou encore les places de marché, pour y effectuer des actions préventives. « Les personnes repartent avec une feuille de préconisations de soins », commente Nicolas Blouin, son directeur.

Un accès aux soins inconditionnel, sans coût à avancer

Les structures de l’ESS offrent un accès aux soins « inconditionnel », comme le souligne Romain Guerry du Groupe VYV. Pas de carte vitale ni bancaire, de pièce d’identité à fournir au CSAPA Pierre Nicole. « Consulter est facile et sans coût pour le patient. On peut être enregistré sous X. Cet anonymat préserve, par exemple, d’un point de vue légal les usagers des substances illicites qui viennent se faire soigner », témoigne le docteur Laurent Michel qui dirige le centre.

Les soignants sont plutôt satisfaits de travailler au sein de ces établissements innovants et pluridisciplinaires. La présence d’autres praticiens et de non-professionnels de santé, comme les médiateurs, est rassurante. Leur statut de salariés est tout aussi sécurisant.

« Les jeunes médecins sont peu attirés par les territoires isolés. Et là, ils apprécient le travail collectif, la possibilité de solliciter d’autres professionnels en cas de difficultés. Cela a une répercussion positive sur leur façon d’exercer et par ricochet sur les patients », observe Emilie Henry directrice de l’ACSBE de Saint-Denis.

Une prise en charge du « hors-soins » souhaitée

Toutefois, l’étude pointe les limites de ces structures associatives et coopératives. Elles sont surtout d’ordre financier. Seuls les actes curatifs sont facturables à la Sécurité sociale. Le « hors-soins » n’est pas concerné. Il faut donc chercher d’autres financements, souvent privés. A vos soins y a eu recours pour son camion itinérant breton soutenu par le mécénat d’entreprises et des fondations.

Une prise en charge des activités globales des structures de l’ESS serait salutaire. « La nomenclature de l’acte est dépassé », note Alain Beaupin, président de la coopérative de santé Richerand, qui loue l’article 51 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. En effet, cet article permet d’explorer jusqu’en 2023 des expérimentations et de dégager d’autres modes de rémunération des soins.

« L’idéal serait qu’il devienne une mesure pérenne », estime Romain Guerry. L’association Soignons Humain a pu ainsi lancer sur les régions d’Ile-de-France, des Hauts-de-France et d’Occitanie le dispositif EQuilibres***. Les infirmières y sont rémunérées non pas à l’acte mais au temps passé aux soins. Ce sont elles qui l’estiment. « Et elles sont soucieuses des deniers publics », tient à préciser Guillaume Alsac, le directeur de la structure.

* MarSoins pour Mobilité, Accessibilité et Réduction des inégalités de soins.

** On entend par soins de premier recours ceux de premier contact entre la population et le système de santé (ex : infirmier, médecin traitant).

*** Equipes d’infirmières libres et solidaires.

  • Patricia Guipponi
  • Crédit photo : DR

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